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Grèce : cession d'actifs réels ou sortie de l'étalon-euro ?

Référence de l'article : MG247
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écrit par Olivier DYER,CEO,99-Partners Advisory

La situation de la Grèce s’aggrave chaque jour un peu plus et menace de se transformer en véritable tsunami financier. Cela fait d’ailleurs dire à certains observateurs qu’une partie de la solution se trouve, pour les Grecs d’abord, et indirectement pour la Planète entière, sans doute dans la vente pure et simple de territoires, c'est-à-dire en l’occurrence d’iles,  ce qu’a fait Napoléon avec la Louisiane en 1803 pour rétablir les finances d’une France mise à mal par la Révolution.
 
De façon moins radicale, et dans la recherche de solutions pour sortir de situations d’endettement excessif, l’exemple passé et présent des Etats-Unis est à cet égard plein d’enseignement.
Il convient tout d’abord de souligner, comme l’illustre le graphique ci-dessous, que l’augmentation de la dette américaine ces 40 dernières années semble avoir servi essentiellement à nourrir la hausse des prix des actifs financier et immobilier.  Ce qui nous renvoie aujourd’hui à la question suivante: le remboursement de cette dette passera-t-elle par une baisse équivalente du prix de ces actifs ?


Si l’on se réfère aux éléments qui ont précipité le monde dans la situation qui est la sienne aujourd’hui, force est de reconnaitre que la crise des subprime a bel et bien été déclenchée par des liquidations forcées, et c’est bien pour rembourser les prêts hypothécaires que les ménages américains ont vendu leur maison, faisant reculer par là même fortement la valeur de celle-ci. Depuis le début de l’année 2007, le prix moyen des maisons nouvelles vendues aux Etats-Unis a ainsi reculé de 19,7% ; dans le même temps, l’endettement des ménages américains passait de 95,8 à 86,3% du PNB du pays.
 
Dans le même ordre d’idées, ce sont bien les liquidations des établissements financiers ayant culminé avec la faillite de Lehman Brothers qui ont fait reculer la valeur des sociétés du secteur financier et par là même les indices boursiers. Et donc, sur les mêmes bases de comparaison que précédemment,  nous avons assisté à une baisse du S&P de -6% tandis que  l’encours de l’endettement des institutions financières passait de 112 à 88,6% du PNB.

Irving FISHER a très bien théorisé ce phénomène dans les études qu’il a conduites sur la grande dépression. Un graphique en résume d’ailleurs les conclusions :



Lorsque des évènements économiques conduisent à une accumulation trop importante de dettes, la nécessaire liquidation de celles-ci débouche sur des baisses de prix qui peuvent être plus rapides que la réduction des montants dûs. Dans un tel cas, la liquidation peut tout à fait ne pas résoudre le problème de dettes,  mais l’aggraver et la situation économique peut continuer à se détériorer encore plus. La solution selon Fisher ne peut être que la relance, et c’est donc très logiquement que, lorsque l’endettement privé se réduisait outre-Atlantique, la dette publique passait quant à elle de 55,8 à 87,9% du PNB.

Mais lorsque Mr Fisher parlait de relance, il pensait aussi création monétaire en prônant à l’époque l’abandon de l’étalon or. Et la Réserve Fédérale a bien emprunté cette voie en se portant acquéreur de titres de dette privée et publique et en injectant ainsi et de façon permanente des montants très importants de liquidités.

Toute la question à propos de la Grèce est donc : l’Euro est-il aujourd’hui l’étalon or d’Irving Fisher ? La sortie de la crise pour la  Grèce passe-t-elle donc par la sortie de l’Euro ?

(Mis en ligne le 18 Mai 2012)