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Un islam de France ? Le nouveau défi d’Emmanuel Macron

Référence de l'article : MC6663
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écrit par Claude SICARD,Auteur de « Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe », et de « L’islam au risque de la démocratie », préface de Malek Chebel (Ed. F.X de Guibert),(17 Février 2018)

 

Emmanuel Macron entame une  réflexion sur l’islam. Le JDD du 11 février titre : « Islam de France : les pistes du Président ». Notre Président consulte, et il souhaite poser les jalons de toute l’organisation de l’islam de France au premier semestre 2018.  Il est très conscient  du besoin de  réformer  cette religion  pour qu’elle s’adapte au monde moderne. A plusieurs reprises, déjà, il  s’est exprimé sur l’islam. Par exemple, au dîner de rupture du jeûne du ramadan auquel il s’est trouvé invité à Paris, en juin dernier,  puis à l’occasion de la présentation des vœux aux représentants des religions, début janvier, à l’Elysée. Mais c’est surtout  à l’occasion de l’inauguration du nouveau musée du Louvre, à Abou Dhabi, qu’il a été le plus explicite.
 
Il a dit au président du  CFCM, le Conseil français du Culte Musulman, dans son allocution à l’occasion des  vœux : « Une religion ne doit pas colorer la vie politique de la nation », et il a ajouté : « La foi religieuse relève de l’intime : pour faire nation, il faut savoir dépasser ses différences ». Dans son discours d’Abou Dhabi, mais la presse en a trop peu parlé, sous des considérations censées relever de propos sur  l’art et le beau, il a très habilement  incité les musulmans à se dégager  du carcan que constituent  pour eux  les prescriptions coraniques. Il  leur a  dit :   « La beauté est une éducation, elle nous incite à sortir de nous mêmes. Elle nous apprend que nous sommes au monde pour réfléchir, pour dialoguer ».
 
Et, sommet de l’habileté, il a engagé les musulmans à prendre exemple sur les artistes qui, toujours, leur a-t- il, « ont eu le courage de bousculer le monde ». Il  a expliqué, en fait, à son auditoire, que la fonction de ce musée va être de les aider à tourner la page sur leur islam figé depuis des siècles. Grâce à ce musée,  a-t-il dit : « Nous allons attraper toute la bêtise du monde, et la détruire ». Ce musée, a-t-il expliqué, est « un piège à bêtise, et ceux qui viendront ici découvriront des esprits rebelles ». Les artistes, a-t-i poursuivi, « ont défié l’ordre établi. Ils ont aimé la liberté. Ils ont cru dans la raison contre l’obscurantisme ». Et, s’adressant au prince héritier Mohamed ben Zayed al Nahyan, qui est actuellement l’homme fort du monde arabe, il a conclu en disant : « C’est cet esprit de conquête que nous allons ensemble porter pour les prochaines années. Ici commence le combat d’une génération pour votre jeunesse ».
 
Notre Président est donc convaincu de cette nécessité de réformer l’islam pour qu’il s’adapte au monde actuel, un monde censé fonctionner selon les valeurs que, nous, Occidentaux, avons  proclamées  comme universelles. Mais les prescriptions coraniques sont en totale opposition avec nos valeurs, et avec les principes démocratiques sur lesquels sont fondées nos sociétés. Le CFCM, créé par Nicolas Sarkozy pour représenter les musulmans de France, a  déjà  commencé à poser quelques jalons dans ce sens, en adoptant  la voie que les réformateurs de l’islam nomment « la contextualisation du Coran ». Elle consiste à tenter de dégager du message délivré par le Prophète  Mahomet au VIIème  siècle de notre ère le sens universel qui y est contenu, en faisant abstraction du cadre géographique dans lequel il a été délivré, et de l’époque.
 
Mais le CFCM n’est guère écouté lorsqu’il aborde des problèmes religieux car ses membres ne sont pas des autorités religieuses. Il n’existe pas, dans cette religion,  une structure hiérarchique qui aurait pour mission de guider les croyants : chacun est donc seul face à Dieu. C’est bien, là,  la difficulté sur laquelle butent les réformateurs de l’islam : les courants de pensée dans le monde des croyants sont multiples et variés, et personne n’a autorité pour dire comment interpréter le livre saint. Tous les réformateurs de l’islam échouent donc,  et il va continuer à  en être ainsi, indéfiniment. Le Coran est la parole de Dieu : il est donc  irréformable. Le Prophète a dit aux musulmans qu’ils constituent la meilleure des communautés que Dieu ait jamais créée, et que la mission de chaque musulman est de contribuer à étendre le règne de l’islam sur la terre. Islam signifie « obéissance », et les musulmans doivent se conformer à la manière dont Allah leur a ordonné de se comporter et d’organiser la société des hommes.
 
Hakim el Karaoui, qui est l’un des experts consultés régulièrement par Emanuel Macron, nous dit dans « L’islam, une religion française », paru en 2018, que les jeunes musulmans français sont face à un vide identitaire, et que ce vide est tout naturellement rempli par l’islam. Il faut prendre conscience, comme nous le dit cet expert, que « l’islam est à présent « la première religion pratiquée en France ». Et  la démographe Michèle Tribalat nous avertit, sur le site Atlantico, que « Rien n’interdit de penser qu’à l’horizon 2025 la France compte une population musulmane proche de 15 à 17 millions de personnes ».
 
Que convient-il donc de faire ?  L’espoir étant vain de voir émerger réellement un «  islam de France », c'est-à-dire un islam qui soit compatible avec nos valeurs et le mode de fonctionnement de notre société, notre gouvernement ne peut agir qu’autoritairement,  par des dispositions législatives qui interdiraient la mise en application, dans notre pays, des modes d’organisation et de fonctionnement de la société tels qu’ils  sont prévus par la loi coranique.
 
On devra expliquer, liminairement,  au monde des musulmans, que nous avons fait au XVIIIème  siècle une révolution  pour modifier le mode de fonctionnement de notre société. Et, par la loi de 1905, nous avons exclu que des considérations d’ordre religieux  puissent être invoquées  pour modifier  le mode de  fonctionnement de notre société, ou bien la  manière dont elle organise la vie en commun. Nous avons mis beaucoup de temps pour parvenir à bâtir une société qui puisse fonctionner harmonieusement. Nous nous sommes dégagés, en 1789, de la tutelle d’un pouvoir royal puissant, dit de « droit divin », et nous tenons à  conserver  le bénéfice des luttes de nos aînés.
 
Nous respectons la civilisation musulmane, qui est l’une des plus grandes du monde, mais nous ne souhaitons nullement  changer le mode de fonctionnement de notre société.
 
 
(Mis en ligne le 17 Février 2018)


                                                                           
     


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