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Semaines Sociales de France : les catholiques sociaux en quête de la génération Erasmus ?

Référence de l'article : MC6489
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écrit par Jérôme DUMONT,Expert près la cour d’appel de Paris,(26 Novembre 2017)

 
 

Le thème de l’Europe a toujours su fédérer l’aile sociale de l’Eglise. Institution séculaire des catholiques sociaux, les Semaines sociales de France ont prouvé une fois encore, à Paris, ce mois-ci, leur attachement aux pères fondateurs du vieux continent.
 
Gardiennes de la pensée sociale de l’Eglise, créées au début du XXème siècle dans la foulée de l’encyclique Rerum Novarum, les Semaines sociales avaient suscité un certain engouement, telle une université populaire dans l’Entre-deux-guerres à Lille (Adéodat Boissard), Lyon (Marius Gonin, Emmanuel Gounot), avant d’être présidées après-guerre par des personnalités comme Charles Flory, Alain Barrère, puis Jean Gelamur, Jean Boissonnat, et Michel Camdessus.
 
Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique, a interpellé les pouvoirs publics sur l’accueil dû aux migrants, les plus jeunes en particulier. Gaël Giraud, économiste de l’Agence Française de Développement, tout à la fois jésuite et quelque peu « insoumis » en matière économique, rappelait la nécessité d’une coordination des politiques budgétaires et monétaires, soulignant par exemple, que certains pays de la zone euro « siphonnent sa base fiscale, alors que, pourtant, dans la nouvelle liste noire des pays non coopératifs de l’OCDE, il n’y aura pas un seul pays de la zone euro ». La forte augmentation de la dette privée peut-elle annoncer une crise financière imminente ?
 
Le rapport Stern-Stiglitz de mai 2017 ouvre des perspectives sur la tarification du carbone et la réduction des gaz à effet de serre, travaux qui seront relayés par la COMECE (commission des épiscopats de la communauté européenne). Avec un appel à l’Europe des biens communs, G. Giraud s’est interrogé sur la pertinence du PIB comme indicateur de richesse : la disparition des abeilles ne va-t-elle pas inciter à créer des robots pour polliniser, et donc augmenter le PIB ?
 
Alors qu’Enrico Letta, l’ancien premier ministre italien et actuel président de l’Institut Jacques Delors avait appelé à « débruxelliser » l’Europe, Michel Barnier a lancé « Ce n’est pas simple Bruxelles ! ».
 
L’ancien commissaire européen et actuel négociateur du Brexit appelle à un retour à l’économie sociale de marché. Il a souligné combien le vote des Britanniques avait été en corrélation avec le chômage et, dans les campagnes, avec les distances qui séparent chacun d’une gare ou de son médecin…Il a repris les termes de Benoît XVI lors de sa messe d’intronisation : « Chaque citoyen est nécessaire ; chaque territoire… chaque entreprise… chaque nation est nécessaire ». Très applaudi, Michel Barnier a conclu que le choix n’était pas entre la France et l’Europe, mais entre une Europe souveraine et indépendante ou une Europe sous-traitante.
 
Pourtant, l’interrogation était davantage dans la salle, avec ses milliers de participants, principalement sexagénaires, voire septuagénaires. Comme si cette génération avait hérité des enthousiasmes des mouvements de la JOC d’avant-guerre, des grands combats idéologiques entre les totalitarismes, entre Sartre et Camus, des solidarités des Trente glorieuses nées dans les clubs deloriens comme Echange et projet, ou des amitiés mendésistes ou rocardiennes. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Leurs enfants ont bénéficié d’Erasmus et ont l’âge du jeune président de la République, mais ne sont pas dans la salle. Comme s’ils ne se reconnaissaient pas dans le christianisme social de leurs parents.
 
C’est la question que se poseront les Semaines sociales dans un an.

(Mis en ligne le 26 Novembre 2017)

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