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Pour la promulgation d’une Charte de l’Islam en Europe

Référence de l'article : MC4307
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écrit par Claude SICARD,Ingénieur Agronome et Docteur en Economie,Auteur de deux livres sur l'Islam



 

L’arrivée et le développement de nombreuses communautés musulmanes qui viennent depuis la fin de la période coloniale s’installer en Europe, en quête de conditions de vie meilleures pour elles mêmes et leurs enfants que celles que leur offrent leurs pays d’origine, posent à nos sociétés des problèmes de cohésion sociale et de risque de rupture de l’harmonie que ces sociétés étaient finalement parvenues à trouver après bien des épisodes douloureux, tels que les guerres de religions ou les affrontements entre les classes sociales.
 
Ces flux d’immigration qui ont commencé à se manifester dans le dernier quart du dernier siècle sont appelés à se développer considérablement dans les prochaines décennies du fait de la croissance démographique fulgurante que connaissent les pays du sud de la méditerranée, ainsi que les pays africains, des pays qui ne parviennent pas réaliser un développement économique suffisant pour fournir de l’emploi à toute leur population. Cette croissance démographique exponentielle se produit dans ces pays au moment où les pays de la vieille Europe entrent dans leur phase de déclin démographique, avec une très forte tendance au vieillissement de leur population. Aussi les experts internationaux prévoient-ils que l’Europe va avoir besoin dans les prochaines décennies d’importer un nombre considérable de travailleurs immigrés : les chiffres avancés par exemple dans une étude des Nations Unies[1] datant de 1995 sont stupéfiants. Les démographes de l’ONU ont calculé, par exemple, que les pays européens auront à importer 165 millions de travailleurs étrangers d’ici à 2025 s’ils veulent maintenir à leur niveau actuel l’effectif de leur population active ! Tous ces travailleurs viendront essentiellement des pays du Sud. L’Algérie, par exemple, comptait 9 millions d’habitants en 1962, au moment de son accès à l’indépendance, et elle en a aujourd’hui 35,5 millions. La croissance a été la même dans les deux pays voisins. Quant à l’Afrique noire, les démographes estiment que la population de ce continent va passer de 1 milliard de personnes aujourd’hui à 2 milliards d’ici à 2050, voire 3 milliards si le taux de fécondité actuel des femmes devait se maintenir constant d’ici 2050.
 
On voit donc que ces flux migratoires vont vraisemblablement être très importants dans les années à venir, et ces immigrants viendront principalement de pays musulmans. Et les événements qui se produisent actuellement tant au Maghreb qu’au Machrek ne semblent pas de nature à freiner ces flux migratoires, puisque au lendemain même de la révolution du jasmin en Tunisie on a vu  se produire un nouvel exode : sur les cotes italiennes on a vu soudain affluer de très nombreux immigrants fuyant leur pays.
 
1-L’atteinte à la cohésion sociale des sociétés de la vieille Europe
 
La cohésion sociale est la nature et l’intensité des relations sociales qui existent entre les membres d’une société. Ce concept a été forgé par le grand sociologue Emile Durkheim dans son fameux ouvrage « De la division du travail » paru en 1893. La cohésion sociale  implique le partage de valeurs et de normes communes, ainsi que le respect de règles de vie acceptées par tous. Un bon niveau de cohésion sociale favorise les synergies des organisations et garantit la qualité de vie des membres d’une société. Tout gouvernement moderne a normalement pour objectif d’assurer la cohésion sociale : la politique de cohésion sociale a un rôle de pacification et de contrôle social, la cohésion sociale ayant pour effet de contribuer à l’équilibre et au bon fonctionnement d’une société. Les dirigeants européens s’en préoccupent activement, d’ailleurs, tant au niveau de la Commission Européenne que du Conseil de l’Europe. Depuis 2010, cette préoccupation est même inscrite dans les objectifs de Lisbonne pour la période 2000-2010.
 
L’arrivée massive de nombreuses communautés qui viennent s’installer en Europe et qui relèvent d’une civilisation différente de la civilisation qui est celle des pays qui les accueillent pose nécessairement à ces sociétés des problèmes en matière de cohésion sociale. Comment ces nouveaux arrivants vont-ils s’intégrer dans les sociétés qui les accueillent ? Ces « nouveaux européens » vont-ils vouloir s’intégrer dans la civilisation occidentale, civilisation qui n’est pas la leur, et perdre donc ainsi leur identité, ou bien vont-ils vouloir conserver leur culture et pour grand nombre d’entre eux leur religion,  l’islam, une religion qui ne fait pas de séparation entre l’ «Eglise» et l’Etat ? La religion musulmane est une religion englobante, en ce sens qu’elle régit d’une manière précise tous les aspects de la vie des individus, leur vie privée ainsi que leur vie en société. De surcroît, l’islam est une religion conquérante qui se propose d’absorber les deux autres religions monothéistes qui l’ont précédé, le judaïsme et le christianisme, le Prophète Mahomet ayant dit qu’il était venu corriger et parfaire les messages imparfaits  que les prophètes envoyés par Dieu avant lui avaient délivrés aux hommes. Un hadith bien connu nous enseigne d’ailleurs que le Prophète Mahomet a dit : « Sachez que la terre appartient à Allah et à son envoyé ».
 
Donc pour tous ces nouveaux arrivants qui viennent s’installer durablement dans les pays européens, et pour leurs enfants, se pose le problème de la définition de leur identité, même lorsqu’ils se trouvent dotés de la nationalité de leur pays d’accueil. Les sociologues nous apprennent que les individus ont un besoin vital de s’identifier, et l’identité qu’ils vont choisir déterminera la façon dont ils vont se comporter socialement. Dans un ouvrage[2] rédigé en commun, « Identité(s) : l’individu, le groupe, la société », divers sociologues nous livrent leurs analyses des problèmes posés aujourd’hui par le besoin d’identification des individus. Catherine Halpen, l’une d’eux, nous dit que l’identité est devenue en quelques années un concept majeur des sciences humaines. Ce problème de l’importance capitale de l’identité, pour tout homme, avait d’ailleurs été vu par Platon, qui distinguait dans l’homme trois grandes composantes : une partie désirante, une partie raisonnante et une partie, plus mystérieuse, qu’il a appelée le « thymos », ou encore l’ « esprit de vie ».En plus de la couverture de ses besoins élémentaires, l’homme cherche la reconnaissance de sa propre dignité afin de satisfaire les exigences de son « thymos » :il est capable de sacrifier sa vie pour défendre son besoin de dignité. Et la défense de son identité fait partie de sa dignité.
 
Le problème de l’identité est donc un problème majeur pour tous ces immigrés qui s’installent en Europe, et qui appartiennent à une autre civilisation.
 
2- Deux civilisations différentes
 
Selon les auteurs, le monde actuel se répartirait en 5 ou 7 civilisations différentes. Matthews Melko, dans son ouvrage[3] « The nature of civilizations » en distingue cinq : Chine, Japon, Inde, Islam et Occident, et Samuel Huntington, dans « Le choc des civilisations », rajoute à cette liste l’Amérique latine et l’Afrique.
La civilisation occidentale concerne actuellement environ 1,5 milliard de personnes et la civilisation musulmane 1,3 milliard.
 
Les anthropologues, unanimement, nous enseignent  que chaque civilisation est fondée, à l’origine, sur une religion. Le grand historien des civilisations, Christophe Dawson, nous dit[4] : « Les grandes religions sont les fondements des grandes civilisations ».La civilisation occidentale a pour fondement la religion chrétienne et la civilisation musulmane, l’islam.
 
A l’intérieur de chaque civilisation il se produit, dans le temps, des évolutions. Auguste Comte, le fondateur du positivisme, a montré au début du XIXe siècle, que l’évolution des civilisations s’effectue en trois phases, selon, dit-il, une loi universelle de développement : on a une première phase théologique, une seconde ensuite métaphysique et légiste, et l’on en arrive enfin à une troisième phase, scientifique celle là, que ce philosophe a qualifiée de « positive ».
 
La civilisation occidentale, ainsi, au cours du temps, a évoluée. Elle a été dominée pendant des siècles par l’autorité de l’Eglise de Rome : l’Eglise a très  longtemps fait corps en effet avec les monarchies, en Europe. Puis, au début du XVIe siècle, avec le moine allemand Luther, s’est opérée la naissance du protestantisme : ce fut un grand mouvement de libération que l’on a appelé « La Réforme ». Ce mouvement qui s’est vite répandu  dans toute l’Europe du nord  a rejeté l’autorité de Rome. Ensuite, deux siècles plus tard, avec les apports des philosophes des Lumières, au XVIIIe siècle, il s’est opéré dans cette civilisation une « sortie de religion », selon l’excellente expression du philosophe Marcel Gauchet. On a alors, dans tout l’Occident, remplacé Dieu par la raison, et la religion par la morale .On est passé dans l’organisation de la société d’un système hétéronome à un système autonome : les hommes se sont donnés à eux mêmes les lois auxquelles ils allaient obéir, alors que précédemment ces lois leur étaient dictées de l’extérieur, par l’Eglise,  et/ou par les royautés de droit divin qui existaient un peu partout. Ainsi, en se libérant de la tutelle des pouvoirs religieux, les hommes se sont emparés du pouvoir prométhéen de fixer les lois : ils ont établi et proclamé ce qu’ils ont appelé « Les droits de l’Homme ». Il y eut en 1776 la fameuse proclamation des Droits de l’Homme des jeunes Etats américains, puis en 1789 la proclamation française des « Droits de l’homme » ; et en 1948, la proclamation universelle des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies, à Paris. Avec donc l’accès à l’indépendance des Etats américains et la Révolution française de 1789, les Etats européens sont devenus progressivement des démocraties, c’est à dire des régimes politiques où les hommes se gouvernent eux-mêmes. La démocratie, selon sa définition, c’est le gouvernement des hommes par les hommes. Dans ce type de régime, on exige des citoyens qu’ils rangent leurs préoccupations religieuses dans leur sphère personnelle : les préoccupations religieuses  n’interfèrent plus avec les modes d’organisation de la vie de la société. Dans un tel système politique, l’Etat est neutre, et laïc.
 
La civilisation musulmane, elle, n’a pas connue la même évolution. Elle n’a pas fait jusqu’ici de « sortie de religion ». Certes, il y eut aux IXème et Xème siècles le mouvement des Mutazilites, des penseurs qui pétris de la pensée des philosophes grecs voulurent introduire la raison dans l’islam. Ils donnèrent  du Coran une nouvelle lecture, prétendant même que le Coran n’était pas incréé, mais avait été créée par Mahomet, un prophète qui, en somme,  avait comme tous les prophètes qui l’ont précédé simplement été « inspiré » par Dieu. Le mutazilisme était une doctrine éminemment rationaliste qui affirmait la capacité de l’homme à se libérer et à progresser. Cette doctrine eut beaucoup de mal à s’imposer, les partisans de l’islam traditionnel opposant à ces philosophes un hadith qui fait dire au Prophète Mahomet : « Celui qui emploie sa raison pour interpréter le Coran ira en enfer ».Cette école eut son heure de gloire, néanmoins, avec le califat d’Al Mamoun et le mutazilisme  devint même la doctrine officielle sous les deux califats suivants, c’est à dire de 811 à 847 de notre ère. Cette école autorisait donc les croyants à procéder à une interprétation des Révélations faites par le Prophète, cette pratique ayant pour nom, en arabe « l’ijtihad ». Mais, très vite, un théologien de talent  se dressa contre cette pratique : Ibn Hanbal, le fondateur du quatrième rite sunnite. Ce théologien fit que l’on en revint à la doctrine orthodoxe, et le traditionalisme retrouva alors toutes ses lettres de noblesse. Depuis lors, les califes ne s’en écartèrent plus jamais, et Ibn Hanbal est le symbole même de l’orthodoxie sunnite, une doctrine qui porte d’ailleurs son nom : le hanbalisme. Un peu plus tard, au XIème siècle, l’imam Abû Hamid  al Ghazali, un iranien, soutint dans un ouvrage qu’il intitula « La réfutation des philosophes » la thèse selon laquelle la raison humaine est par nature incapable de cerner l’absolu et l’infini. Il montra que la religion, par le biais de la foi, permet d’accéder aux sphères transcendantes de l’absolu, alors que la raison humaine ne le permet pas. A partir de là, donc, l’islam se ferma et les musulmans en restèrent à une interprétation littérale de leur Livre saint. Et les intellectuels musulmans modernes parlent donc d’ « un islam rétrograde symbolisé par l ‘école hanbalite ».
 
Un réformateur moderne comme Rachid Benzine, nous dit[5] : « A partir du XIIIème siècle, les portes de l’ijtihad, c’est à dire de l’effort personnel d’interprétation des textes sacrés, ont été déclarées fermées par les pouvoirs politiques et religieux, à l’exception de l’ijtihad juridique laissé aux canonistes et de l’ijtihad dit des consensus confié aux savants traditionalistes, lesquels ne se sont guère risqués à proposer des solutions innovantes ». L’islam n’a donc pas pu, jusqu’ici, subir la moindre réforme et les musulmans en sont restés à une lecture littérale du Coran. Certes, dans le monde moderne il existe un bon nombre d’intellectuels qui cherchent à avoir une lecture moderne du Coran : ils  proposent soit de « contextualiser » le Coran, soit à la manière des mutazilites de considérer que le Coran n’est pas incréé, mais bien créé. Ces intellectuels sont très vivement combattus par les savants religieux qui considèrent facilement que ce sont, là, des apostats, et qu’il s’agit de personnes vivant en Europe ou aux Etats-Unis dont l’esprit se trouve pollué par la pensée occidentale. En pays musulmans tous ces réformateurs modernes n’ont guère d’audience.
 
L’islam est donc resté figé dans sa forme initiale. Aussi les pays musulmans, face aux déclarations des « Droits de l’homme » proclamées par les Occidentaux, ont-ils cru nécessaire d’élaborer leur propre doctrine des droits de l’homme. Plusieurs organismes se sont attelés à cette tâche. Chronologiquement, il y eut d’abord la « Déclaration islamique universelle des droits de l’homme», proclamée à Paris le 19 septembre 1981, puis la « Déclaration du Caire sur les droits de l’homme » faite par l’OCI le 5 Août 1990, et ensuite la « Charte arabe des droits de l’homme » publiée par la Ligue des Etats arabes le 14 septembre 1994. Ces proclamations des droits de l’homme se démarquent de la déclaration de droits de l’homme de l’ONU en ce sens qu’elles s’en référent au droit musulman. La déclaration universelle des droits de l’homme du Conseil Islamique pour l’Europe, par exemple, dit : « Les droits de l’homme dans l’islam sont fortement enracinés dans la conviction que Dieu seul est l’auteur de la loi et la source de tous les droits de l’homme. Etant donnée leur origine divine, aucun dirigeant ni gouvernement, aucune assemblée ni autorité, ne peut restreindre, abroger, ni violer en aucune manière les droits de l’homme conférés par Dieu. De même, nul ne peut transiger avec eux ».Et cette déclaration indique plus loin : «Nous, musulmans, qui croyons dans l’invitation de toute l’humanité à partager le message de l’islam, nous qui croyons en le devoir sacré de diffuser les enseignements de l’islam par la parole, par les actes et tous moyens pacifiques,…..affirmons par les présentes, en tant que serviteurs d’Allah, au commencement de ce quinzième siècle de l’ère islamique, nous engager à promouvoir les droits inviolables et inaliénables de l’homme définis ci-après, dont nous considérons qu’ils sont prescrits par l’islam ». 
 
On se doit donc de constater que chacune de ces deux civilisations a sa propre conception des « Droits de l’homme ».    
 
3- Le choc des civilisations
 
            La civilisation occidentale, que l’on a longtemps appelée « la chrétienté », et la civilisation musulmane sont deux mondes qui sont en opposition depuis l’apparition de l’islam, voilà maintenant un peu plus de treize siècles. Le sociologue Malek Chebel, qui est l’un des intellectuels musulmans les plus connus, de par ses nombreux écrits, en Europe, directeur de recherches au CNRS à la Sorbonne, évoque l’image de deux plaques tectoniques qui sont en frottement permanent.
 
Il est nécessaire d’analyser les raisons de cette opposition. Elles sont de trois ordres :
                       
                        -Doctrinales
                        -Historiques
                        -Psychologiques.
 
31  Les raisons doctrinales :
 
            Le Prophète Mahomet a déclaré aux chrétiens qu’ils étaient totalement dans l’erreur. Il leur a dit que Jésus, contrairement à leur croyance, n’était pas le fils de Dieu, qu’il n’est pas mort sur la croix, et qu’il n’a pas ressuscité. Quant à la Trinité, c’est une croyance absurde. Dieu n’a pas d’associés, et c’est un blasphème que de proclamer qu’il y a trois personnes en Lui : il s’agit, là, de polythéisme, et l’islam est férocement hostile au polythéisme. Le Prophète Mahomet a donc vivement engagé les chrétiens à rejoindre le message qu’il avait reçu lui même directement de Dieu, et il les a incités à  cesser de demeurer dans l’erreur, ce qui ne peut que les conduire à l’enfer. Le Prophète Mahomet a donc détruit tous les fondements de la foi des chrétiens, en prétendant que seul le message qu’il a reçu par l’intermédiaire de l’ange Gabriel est le vrai message divin, et il n’y en aura point d’autre, lui même se proclamant le « sceau des prophètes ». Il est même allé plus loin encore, en accusant les chrétiens d’avoir falsifié le message délivré par Jésus : selon Mahomet, Jésus aurait annoncé de son vivant sa venue, et les chrétiens auraient caché cette annonce. Il s’agit là du Paraclet : pour les chrétiens, Jésus a annoncé la venue du Saint Esprit (le paraclet), alors que selon le prophète de l’islam il s’agissait de la venue de Mahomet. Les uns et les autres ne s’entendent pas sur la signification du mot paraclet. L’islam considérera alors que les chrétiens sont des dhimmis : des êtres que l’on tolère dans la société musulmane mais en les considérant comme des individus de classe inférieure : dans un Etat moderne, des citoyens de second rang, qui ne bénéficient pas des mêmes droits que les musulmans et que l’on accable de très lourds impôts, la jizya (la capitation), et le kharadj (impôt foncier).Dans les pays conquis par les cavaliers d’Allah, aux VIIe et VIIIe siècle, qui étaient peuplés de chrétiens, la plupart de ceux ci durent finalement renoncer à leur foi pour pouvoir cesser d’être complètement marginalisés dans la société et être délivrés du très lourd fardeau des impôts qu’ils avaient à payer ; et, actuellement, dans la plupart des pays musulmans les chrétiens sont soumis à des brimades constantes qui rendent généralement leur vie dans ces pays extrêmement difficile, comme on l’a vu encore récemment en Irak et en Egypte par exemple.
 
32-Les raisons historiques :
 
            Depuis le septième siècle, le monde de l’islam et celui de la chrétienté n’ont pas cessé de se trouver en conflit.
 
Dés la mort du Prophète, les cavaliers d’Allah se sont précipités, en effet, à la conquête du monde, galvanisés par leur nouvelle foi pour mener le djihad. Le Prophète leur avait donné pour mission d’étendre le règne d’Allah sur la terre, en leur accordant les 4/5ème de tous les butins pris aux mécréants, et en leur garantissant, au cas où ils périraient dans ces nobles aventures d’être accueillis au paradis d’Allah. Ils s’élancèrent avec fougue, guidés par des généraux de talent, et les historiens rapportent que le calife Omar qui avait été le successeur de Mahomet leur aurait déclaré : « Il nous appartient de dévorer les chrétiens et à nos fils de dévorer leurs descendants ».Le monde était constitué alors, pour eux, de l’empire romain, à l’ouest, et de l’empire des Sassanides, à l’Est. Les musulmans allèrent envahir ces deux empires et en une centaine d’années ils se constituèrent un empire immense allant de l’Atlantique à l’Indus. L’empire romain était devenu chrétien au IVe siècle : l’empereur Constantin avait mis fin à la persécution des chrétiens en 313 par l ‘édit de Milan, et un peu plus tard, Théodose, en 380, fit de la religion chrétienne la religion officielle de l’empire romain.
 
Toutes les terres chrétiennes du Moyen orient furent conquises, puis l’Egypte, la Libye et l’Afrique du nord. Ensuite le général Tarik fit franchir à ses troupes le détroit de Gibraltar et toute l’Espagne wisigothique fut envahie. Finalement ces conquérants se trouvèrent arrêtés à Poitiers, en 732, par le fameux Charles Martel.
 
An XIe siècle, les combats reprirent : il s’est agi, alors, des Seldjoukides, des tribus musulmanes descendant des hauts plateaux asiatiques qui s’étaient installées à Bagdad et avaient pris le calife sous leur protection. Les Seldjoukides  s’avancèrent et prirent Antioche. Devant cette menace, le Basileus Alexis Comnème, voyant les envahisseurs se rapprocher de Constantinople, envoya une délégation à Rome pour demander le secours de ses frères chrétiens d’Occident. C’est ainsi que le pape Urbain II lança son appel aux Croisades, en 1095, à Clermont. Urbain II décrivit, devant une foule immense,  la situation catastrophique dans laquelle se trouvaient les chrétiens au Moyen Orient, et il exhorta les fidèles à effectuer un pèlerinage armé à Jérusalem afin de délivrer la terre sainte de Palestine, libérer Jérusalem  où se trouve le tombeau du Christ, et soustraire les chrétiens d’Orient au joug des musulmans. Le Pape mit dans les objectifs des Croisades la reconquête également de l’Espagne, qu’on a appelée la «Reconquista ». Tous les princes de la chrétienté se lancèrent alors dans l’aventure des Croisades, au cri de « Dieu le volt ».Les combats en cours de route furent extrêmement meurtriers, et les Croisés eurent à souffrir de la faim et de nombreuses maladies : finalement, épuisés et sans l’aide des Byzantins qui les avaient lâchés en cours de route, ils parvinrent à prendre Jérusalem, faisant sur place un massacre que les musulmans ne leur pardonneront jamais par la suite, pas plus qu’ils ne leur pardonneront de s’être livrés à des actes de cannibalisme, notamment à Maarat. Cette occupation de la Terre Sainte allait durer environ deux siècles, Saladin parvenant à prendre Jérusalem en 1187, et les derniers bastions des Hospitaliers tombant en 1289. Acre fut prise et tous ceux qui résistaient furent décapités.
 
Au XIIIème siècle, apparut en Anatolie la dynastie turque des Ottomans, fondée par un chef guerrier, Osman. L’un de ses successeurs, Mourad 1er, entreprit de se lancer à la conquête de ce qui restait de l’empire byzantin, et de pénétrer en Europe. Toute la péninsule balkanique fut conquise et les Turcs s’avancèrent jusqu'au cœur de l’Europe. Les papes lancèrent des Croisades pour les contenir, des Croisades « contra turcos », mais en vain : ces coalitions de princes européens furent vaincues successivement à la bataille de la Maritza, à Nicopolis où Bajazet passa au fil de l’épée tous ses prisonniers, à Varna, à Mohacs où le sultan fit dresser devant sa tente une pyramide faite de 2.000 têtes…..Finalement Constantinople tomba en 1453, et Vienne se trouva assiégée en1529.Miraculeusement, les Autrichiens parvinrent à défendre leur ville et les Turcs furent repoussés. Mais on les vit à nouveau assiéger Vienne en 1683, et cette fois la ville fut sauvée par l’arrivée des troupes polonaises commandées par le roi très catholique Jean Sobiesky. Par la suite, les Turcs vont être progressivement repoussés : ils vont perdre peu à peu tous les territoires qu’ils avaient conquis en Europe orientale, et cela s’achèvera par le démantèlement de l’Empire ottoman à l’issue de la première guerre mondiale.
 
Entre temps, la reconquête de l’Espagne s’était poursuivie. Elle fut très laborieuse. Elle s’acheva seulement au XVème siècle,  Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon entrant triomphalement dans Grenade en 1490. 
 
Au XVIIIème siècle, le mouvement repartit dans l’autre sens : ce furent alors les Etats européens, devenus puissants grâce aux immenses progrès des sciences et des technologies qu’ils avaient su développer, avec notamment la révolution industrielle, qui s’élancèrent à la conquête des pays musulmans pour y installer leur domination. Ce fut la période de la « colonisation ». Toutes ces conquêtes se firent alors, non plus au nom de Dieu, comme de part et d’autre cela s’était fait au cours des siècles précédents, mais, la Révolution française étant passée par là à la fin du siècle des « Lumières », au nom de la mission civilisatrice de l’Occident. Jules Ferry, par exemple, fit de vibrants discours à l’Assemblée nationale à ce sujet. Dans l’un d’eux, par exemple, il dit : « Un devoir supérieur de civilisation légitime seul le droit d’aller chez les barbares. La race supérieure ne conquiert pas pour le plaisir  dans le but d’exploiter le plus faible, mais bien de civiliser et de l’élever jusqu’à elle ».Et Victor Hugo lui même ne manquait pas de rendre hommage à cette entreprise civilisatrice. Dans un discours qu'il fit à l’occasion d’un banquet, l’Histoire retient qu’il dit avec fougue : «Allez, faites des routes, faites des ports, faites des villes, croissez, cultivez, colonisez, multipliez…. ». Ce grand mouvement démarra avec l’expédition de Bonaparte en Egypte en 1798 ; puis ce fut la conquête par la France de l’Algérie en 1830, l’installation des Pays Bas en Indonésie en 1833, l’installation du Protectorat de la France sur la Tunisie en 1881, le Protectorat anglais sur l’Egypte en 1882, la conquête de la Libye par les Italiens en 1911, le Protectorat français sur le Maroc en 1912…….Et, avec la défaite de la Turquie dans la guerre de 1914-18, les mandats accordés par la SDN en 1920 à la France sur le Liban et la Syrie, et à l’Angleterre sur l’Irak et la Palestine. Toutes ces conquêtes furent difficiles. L’aventure militaire de Bonaparte en Egypte fut un échec, la conquête de l’Algérie demanda 27 ans, celle du Maroc 20 ans, celle de la Libye par les Italiens 20 ans aussi malgré les armes modernes employées et l’aviation…..
 
Au siècle suivant, on vit tous ces pays qui étaient passés sous l’autorité des puissances européennes entamer des luttes pour acquérir leur indépendance. Ces luttes furent soutenues par les mouvements pan arabes  et panislamiques. En 1931, le mouvement panislamique proclama au Caire « l’unicité de la race arabe, et de la oumma ». Et l’Union soviétique ne manqua pas de voler très vite au secours de tous ces mouvements pour affaiblir l’Occident : la troisième Internationale donna à tout le monde communiste en 1919 des instructions très précises en ce domaine. Les luttes pour l’indépendance se développèrent donc un peu partout, et les puissances occidentales, fortement affaiblies par les deux guerres dévastatrices qu’elles se sont livrées au XXème siècle, guerres qui ont fait des ravages considérables au plan humain et au plan économique, ont du accorder progressivement à toutes ces colonies leur indépendance, le dernier épisode étant celui de la guerre d’Algérie qui s’est achevée par l’accession de ce pays à l’indépendance, en 1962.Et dans un élan de panique toute la population européenne de l’Algérie, abandonnant tout sur place, vint rejoindre la métropole, refusant de tomber sous la domination des musulmans.
 
33-Les raisons psychologiques :
 
            Toutes ces luttes, toutes ces oppositions ont profondément marqué les esprits, elles ont gravé dans l’inconscient collectif des peuples musulmans, et principalement des Arabes, des sentiments pas très amènes à l’égard de l’Occident : dans bien des cas, d’ailleurs, les musulmans appellent encore les Occidentaux des « Croisés ».
 
Dans son ouvrage[6] « Que veulent les Arabes ? », Fereydoun Hoveyda, un Syrien qui a été pendant plusieurs années ambassadeur d’Iran aux Nations Unies, et qui connaît parfaitement le monde arabe, nous révèle ce que sont réellement les rancœurs et les revendications des Arabes. Il nous rappelle tout d’abord combien sont importantes dans tout ce monde les notions d’honneur, de dignité, de respect et de justice. Il nous dit : « Dans ce monde, il faut à tout prix éviter la honte et l’humiliation ». Puis il insiste sur le très puissant sentiment d’appartenance de ces personnes à la « oumma ». Il nous dit : « Les Arabes se sentent unis entre eux par la Umma, et par une unité de civilisation, en gardant le souvenir que, un temps, leur civilisation fut supérieure à la civilisation occidentale….Ils voudraient rétablir  la splendeur passée de l’islam ».Le Prophète avait d’ailleurs dit aux croyants : « Vous êtes la meilleure communauté qui soit jamais apparue parmi les hommes » (3,110-12).
 
Les musulmans  gardent, en leur inconscient collectif, de tous les affrontements qu’ils ont eus avec l’Occident le sentiment d’avoir été dominés et vaincus. Ils se sentent, nous dit Hoveyda, humiliés, soumis à l’hégémonie de l’Occident, victimes d’injustices et en proie à un séculaire complot judéo-chrétien. Ils nourrissent, nous dit encore cet auteur « une psychologie victimaire ».Et Hoveyda va encore plus loin, en nous disant : « La majorité des Arabes ne portent pas l’Occident dans leur cœur. Ils veulent sinon son humiliation, son affaiblissement, sa décadence. Pourquoi cacher la haine croissante de « l’infidèle » qui bouillonne en terre d’islam ? ».
 
Ce que l’ensemble du monde Arabe reproche aux Occidentaux, ce sont :
 
                                   -Les Croisades
                                   -L’expulsion des Morisques d’Espagne, en 1502
                                   -Le pillage des richesses du monde arabe
                                   -Les promesses non tenues au lendemain de la première guerre
 mondiale (les fameux accords Sykes-Picot)
                                   -La non reconnaissance par les Occidentaux des apports  à leur
                      civilisation de la civilisation musulmane dans les siècles passés.
 
Par ailleurs les musulmans portent, en fait, sur la civilisation occidentale actuelle un jugement moral très sévère : une civilisation sans Dieu, arrogante, immorale, une civilisation de l’objet. Ils reprochent à cette civilisation la débauche sexuelle, la marchan disation du corps de la femme, l’homosexualité, l’alcoolisme…. On se souvient qu’après les attentats du 11 septembre, Ben Laden avait envoyé une lettre à un journal américain, The Observer, dans laquelle il disait au peuple américain : « Il est triste de vous dire que vous êtes la pire des civilisations de l’Histoire de l’humanité ».Le docteur Othman Altwaijri, Directeur de l’ISESCO[7], dit dans un de ses écrits : « La civilisation occidentale est matérialiste. Elle se montre incapable de déceler dans le monde créé par Dieu l’omnipotence divine : ce faisant, elle le déstabilise et finit par en rompre l’équilibre ».Et le philosophe Hani Ramadan (le frère de Tariq Ramadan) nous dit dans son ouvrage « L’islam et la dérive de l’Occident » : « La laïcité ne donne pas sens à la vie : elle s’affirme comme une structure creuse ! ».Mais les musulmans ne comprennent pas pourquoi et comment cette civilisation sans dieu a pu réussir à devenir aussi puissante : ils voudraient avoir la même réussite que les Occidentaux en conservant leur attachement à l’islam. Si certains d’entre eux cherchent à moderniser l’islam, beaucoup voudraient parvenir à islamiser la modernisation. 
 
4- L’absence d’une volonté d’assimilation et la disparition des instruments d’intégration
 
            L’Europe se trouve incontestablement avoir amorcé sa phase de déclin, et elle semble ne plus guère avoir foi dans sa civilisation : elle s’auto-flagelle facilement et fait de la repentance. Elle s’accuse de s’être enthousiasmée pour diverses grandes idéologies, sans succès chaque fois : les Croisades, la colonisation, le nazisme, le communisme….Elle s’en remet à présent à la religion des droits de l’homme. Dans la déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU, il est dit : « Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration » (Article 7).Et il est précisé plus loin dans cette déclaration : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion : ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté  de manifester sa religion ou sa conviction seul, ou en commun, tant en public qu’en privé par l’enseignement, les pratiques, le culte  et l’accomplissement des rites ».
 
Les peuples européens, fatigués par leurs échecs, et ayant constaté trop souvent que les enthousiasmes qu'ils avaient manifestés pour lutter au nom de vérités absolues, se sont trouvés, chaque fois, par la suite, déçus, aspirent avant tout à jouir en paix des bienfaits de la civilisation matérielle qui est la leur. Dans une tribune du journal[8] Le Monde, le philosophe Marcel Gauchet dit des Européens : «Ils n’ont plus de prétention impériale : ils sont partisans de la coexistence des cultures ».
 
Sur ce fond de tableau, les divers pays européens ont adopté des politiques différentes en matière d’intégration de ces nouvelles populations qui viennent s’installer en Europe. Dans certains pays, et c’est le cas tout spécialement des Pays Bas, on a affaire à un système de multiculturalisme : on a parlé du « jardin hollandais multiculturel où les diverses communautés cohabitent en liberté ».Le système des Pays Bas a pour nom « la pilarisation » : à l’origine, le protestantisme, le catholicisme et le judaïsme constituaient les 3 piliers de l’organisation de la société dans ce pays, chaque confession s’organisant selon ses usages et coutumes. Peu à peu cette structure s’est modifiée, et l’on a aujourd’hui 4 piliers : chrétien catholique, chrétien protestant, libéral, socialiste. L’Etat ventile ses crédits en matière d’éducation,  de santé,  et d’action sociale entre ces divers piliers. A présent, avec le développement de l’islam dans ce pays, la communauté des musulmans a tout naturellement vocation à  s’inscrire dans ce mode d’organisation de la société.
 
Dans d’autres pays, et c’est le cas plus spécialement pour la France, on s’en tient à une intégration républicaine. La  France avait été jusqu’ici un pays pratiquant une politique d’assimilation, dans le cadre d’une République « une et indivisible » : mais avec l’arrivée et le développement de fortes communautés musulmanes qui représentent aujourd’hui au moins 10% de la population, le communautarisme s’est installé. Nicolas Sarkozy, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur et des cultes, avait publié un ouvrage « La République, les religions, l’espérance » dans lequel il disait : « La France est devenue multiethnique multi religieuse et multiculturelle, et on ne lui a pas dit ! ».En fait, la Convention des droits de l’homme interdit que l’on contraigne des communautés à renoncer à leur propre culture. Le Conseil de l’Europe, installé à Strasbourg,  veille à l’application scrupuleuse dans les pays membres de la Convention des droits de l’homme. Il s’agit d’une organisation intergouvernementale fondée en 1949 qui rassemble 47 Etats : la convention européenne des droits de l’homme et la Cour européenne des droits de l’homme en constituent la cheville ouvrière. Cet organisme produit des « Recommandations  à l’adresse des gouvernements membres dans lesquelles il donne des orientations précises qui sont à respecter. A cet égard il est intéressant de mentionner la Recommandation 1162, de 1991, intitulée : « Recommandation relative à la contribution de la civilisation islamique à la culture européenne ». Dans ce texte il est affirmé que « l’Europe est multiculturelle » et que « l’islam a eu pendant des siècles, sous ses différents formes, une influence sur la civilisation européenne ».   Au paragraphe 6, cette recommandation plaide en faveur de l’islam : « L’islam a souffert et continue de souffrir de l’image déformée que l’on donne à travers les stéréotypes hostiles, et les européens sont peu conscients tant de la valeur de sa contribution passée que du rôle positif qu’il peut jouer aujourd’hui dans notre société ».Au paragraphe suivant, cette Recommandation déplore qu’une image déformée de l’islam soit répandue en Europe ce qui a pour conséquence de « donner trop souvent aux européens l’impression que l’islam est incompatible avec les principes sur lesquels se fonde la société européenne moderne ».En conséquence de quoi cette Recommandation incite vivement tous les gouvernements européens à avoir une attitude positive à l’égard des communautés musulmanes installées en Europe, afin que les dites communautés trouvent rapidement toute leur place dans nos sociétés.   
                                     
Ainsi, dans cette optique, n’y a-t-il pas lieu de mettre en place des politiques d’assimilation qui auraient pour effet d’éradiquer la culture des communautés musulmanes installées dans les divers pays européens. La Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales, telle qu’amendée par les Protocoles n°11 et 14, qui est entrée en vigueur le 1er juin 2010 dit donc, dans son article 10 intitulé « Liberté d’expression » : « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière. ….L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, restrictions ou sanctions prévues par la loi ». A l’article 16, il est dit plus loin, à propos des activités politiques des étrangers : « Aucune des dispositions des articles 10,11 et 14 ne peut être considérée comme interdisant aux Hautes Parties contractantes d’imposer des restrictions à l’activité politique des étrangers ».  
 
En conséquence de quoi les communautés musulmanes installées en Europe sont parfaitement autorisées à conserver leur culture, leurs traditions, voire leur langue, et bien évidemment leur religion .Aussi, dans toute l’Europe voit on se développer la construction de mosquées qui sont à la fois des lieux de culte et de diffusion de l’islam. En France la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, connue sous le nom de « loi de 1905 », est à présent contournée : les municipalité accordent des permis de construire et mettent gratuitement à la disposition des associations musulmanes , sous la forme de baux emphytéotiques, des terrains, souvent situées en pleine ville, pour leur permettre d’édifier des mosquées, ces associations présentant leur dossier sous forme de projet « culturel » et non pas « cultuel ».C’est, là, une habileté qui permet de respecter les textes de loi en vigueur.  
 
Il reste pour bien intégrer ces populations l’école de la République et les entreprises. On sait qu’en raison des flux importants d’immigration les maîtres d’écoles se trouvent aujourd’hui débordés, en sorte que l’Education nationale ne joue plus comme autrefois son rôle en matière d’intégration des jeunes. Quant aux entreprises qui peuvent fournir du travail à ces nouvelles populations, elles sont habituellement dans le secteur secondaire, celui de l’industrie. Mais leur nombre est de plus en plus limité aujourd’hui, la France étant un pays qui souffre d’une très forte désindustrialisation. L’industrie dans notre pays ne représente plus que 12% du PIB, contre 26 % dans le cas de la Suisse, 23 % dans celui de l’Allemagne et 20% dans celui de la Suède….. Il y avait, autrefois, pour fournir de l’emploi aux nouveaux arrivants d’énormes besoins de main d’œuvre dans les mines de charbon, dans la sidérurgie, dans la construction navale, dans l’industrie automobile…...Autant d’activités qui ont disparues sur le  territoire national,  ou bien sont en forte régression. Les jeunes, dans les banlieues des grandes villes, sont donc désœuvrés et se voient sans avenir, notamment lorsqu’ils sont en échec scolaire ce qui est très souvent le cas. Dounia Bouzar, une anthropologue chargée de recherches à la Protection Judiciaire de la jeunesse à Paris, a publié en 2006 un ouvrage[9] dans lequel elle analyse le malaise des jeunes des banlieues issus de l’immigration. Elle explique qu’ils sont déracinés et ne se sentent de nulle part. Elle dit : « Ni Marseillais, ni Arabes, ni Kabyles….Ce qu’ils vivaient comme une errance est soudain valorisé par le discours de Ben Laden. Ils ne sont plus des êtres sans racines, mais des soldats de la révolution mondiale : ils trouvent une place , et une fonction, et ils consomment alors de l’islam comme de la drogue ».
 
5-Le besoin d’un islam réformé
 
            Le livre saint de l’islam livre aux croyants la parole de Dieu. Il indique d’une façon très précise quelles doivent être les relations de l’homme avec Dieu, et comment la vie en société doit être organisée. Bernard Lewis qui a été au siècle dernier le plus grand islamologue américain nous dit[10] : « Dans l’islam la religion intéresse la vie toute entière, exerçant une juridiction non point limitée, mais entière ».
 
Nous allons donc indiquer quelles sont dans le Coran les principales dispositions qui sont contraires aux principes démocratiques des sociétés qui optent pour ce système d’organisation politique.
 
51-La société idéale dans l’islam:
           
            Dans une société telle que la conçoit l’islam, il n’y aura que des croyants en Dieu, Dieu l’unique, Allah. Il y aura donc essentiellement des musulmans et l’on tolérera les « dhimmis », c’est à dire les chrétiens et les juifs qui ont déjà le mérite d’avoir une foi ; mais on les traitera comme des citoyens de second rang, grevés de très lourds impôts au prétexte que ce sont des personnes « protégées », en ce sens elles n’ont pas le droit de prendre les armes pour défendre la nation. Plusieurs sourates du Coran sont très claires à cet égard. Citons par exemple[11] l’une d’elles :
 
            « Voici quelle sera la rétribution de ceux qui combattent Dieu et son Prophète, et
qui s’emploient à semer le désordre sur la terre : ils seront tués ou crucifiés, ou on leur coupera une main et le pied opposé » (3,33).
 
A propos des dhimmis (que le Coran nomme « les Gens du Livre »), le Coran dit :
 
« Combattez ceux qui parmi les Gens du Livre ne professent pas la vraie religion : combattez les jusqu’à ce qu’ils paient le tribut et se soumettent » (9,29).
 
Une telle société serait fondamentalement juste, les individus seraient vertueux et pratiqueraient obligatoirement le bien selon les principes coraniques : seraient éliminés le vice, l’injustice, le diable, la corruption, et d’une façon générale le mal, tout ce que le Coran désigne par le terme d’el Muncar.
           
52-Le mode d’organisation de la société :
 
Dieu, dans le Coran, dit aux hommes qu’ils sont imparfaits, et, en conséquence, c’est Lui qui leur dicte la façon dont ils doivent s’organiser. Citons par exemple les sourates suivantes :
 
            « L’homme appelle le mal comme il appelle le bien :il est trop précipité » (17,11)
 
            « Il nous incombe de guider les hommes : nous appartiennent la vie future et celle
  d’ici-bas » (92,12-13)
 
La direction des hommes (c’est à dire la fonction de chef de l’Etat) doit être confiée à une personne croyante :
 
« N’obéis point à celui dont nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, quelqu’un qui suit sa passion » (18,28)
 
L’accession au pouvoir d’un dirigeant résulte nécessairement de l’intervention plus ou moins directe de Dieu. C’est ce que disent d’une façon allégorique un certain nombre de sourates du Coran. Par exemple, il est dit dans la sourate 2,247, à propos de Saül :
            « Dieu l’a choisi pour vous commander. Il lui a donné plus de force physique et de
science  qu’à vous. Dieu donne le pouvoir à qui Il veut. Il possède la grâce infinie et Il est omniscient » (2,247)
 
Le Coran indique que la loi du plus grand nombre n’est pas nécessairement la meilleure :
 
            « Si tu suis le plus grand nombre de ceux qui habitent la terre, ils t’égareront hors
du sentier de Dieu : ils ne suivent que des conjectures et des suppositions » (6,116).
 
Il n’y a pas égalité entre les hommes et les femmes. Citons à cet égard, parmi diverses autres, les deux sourates suivantes :
 
            « Les hommes ont autorité sur les femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu
les a élevés au dessus d’elles….Réprimandez celles dont vous craignez la désobéissance, reléguez les dans des lits à part, battez les. Mais ne leur cherchez pas querelle si elles vous obéissent. Dieu est Elevé et Grand » (4,34).
 
            « Elles sont votre champ de labour. Allez à votre champ comme vous l’entendez,
mais accomplissez auparavant quelque acte de piété » (2,223).
 
Et une sourate dit d’une façon non ambiguë qu’il faut le témoignage de deux femmes pour contrebalancer celui d’un homme :
 
            « Appelez deux témoins choisis parmi vos hommes : si vous ne trouvez pas deux
hommes, prenez un homme et deux femmes » (2,282)
 
En matière d’héritage, il est dit que « l’on donne à un homme la part de deux filles », ce qui confirme l’inégalité homme/femme.
 
En matière de mariage, un homme peut avoir jusqu’à 4 épouses. Il peut les répudier très facilement : mais seulement deux fois. Et une musulmane ne peut épouser qu’un musulman. An delà de 4 épouses, un musulman peut prendre des concubines en s’adressant à des esclaves. D’une façon générale, d’ailleurs, le Coran admet qu ‘il puisse y avoir des esclaves dans la société, de très nombreuses sourates y faisant référence :
           
« Il ne t’est plus permis de prendre d’autres femmes (au delà de 4), ni de changer d’épouses même si leur beauté te charmait, exception faite de tes esclaves. Dieu observe tout ! » (33,52).
           
            « Celui qui ne sera pas assez riche pour épouser des femmes libres et croyantes
prendra des esclaves croyantes » (4,25).
 
En matière de droit pénal, l’homicide est interdit, sauf « à bon droit ». Et un homicide peut être vengé par un parent :
 
            « Sauf à bon droit, ne tuez point l’homme dont Dieu a rendu la vie sacrée : nous
avons donné pouvoir au proche parent de venger celui qui aurait été tué injustement » (17,33).
 
            « Ô croyants, la peine du talion vous est prescrite en cas de meurtre : l’homme
libre pour l’homme libre, l’esclave pour l’esclave, la femme pour la femme » (2,178).
 
Pour ce qui est du vol, les peines sont très précises :
 
« Vous couperez les mains du voleur et de la voleuse en punition de leur crime.
 C’est la peine que Dieu leur a réservée. Il est puissant et sage » (5,38).
 
L’homosexualité est interdite, de même que les relations sexuelles hors mariage :
 
            « Evitez la fornication, car c’est une turpitude. Quel détestable chemin » (17,32)
 
            « Infligez 100 coups de fouet à chacun, fornicateur et fornicatrice. N’ayez aucune
compassion pour eux dans l’accomplissement  de ce précepte divin si vous croyez en Dieu et au Jour dernier. Un groupe de croyants assistera à leur punition » (24,2)
 
« Appelez 4 témoins contre vos femmes qui auraient commis l’adultère. S’ils témoignent que l’acte a été commis, enfermez les coupables dans les maisons jusqu’à ce que la mort les saisisse » (4,15).
 
Quant à la liberté de conscience, elle n’existe pas : l’apostasie est habituellement punie de la peine de mort.
 
Et il existe un bon nombre d’autres interdits :
 
            - interdits alimentaires
            -interdiction de l’usure (et des prêts à intérêt)
            -interdiction des jeux de hasard
            -voile obligatoire pour les femmes
 
La question du voile a été longuement débattue dans notre société ces dernières années : le Coran demande aux femmes de « rabattre leur voile sur leur poitrine » (24,31) ; et une sourate prescrit aux femmes du Prophète de « ramener leur voile sur elles ». Dans la mesure où le Prophète est le modèle parfait qu’il convient d’imiter la prescription est donc claire, d’autant que cette sourate mentionne également « les femmes des croyants » :
 
            « Ô Prophète, prescris à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de
ramener leur voile sur elles » (35,59).  
 
Le Coran, au delà de ces diverses prescriptions, incite les hommes à être justes et généreux. Mais la fraternité ne se conçoit que seulement entre musulmans :
           
« Ô croyants, ne prenez point pour amis les juifs et les chrétiens » (5,51)
 
« O croyants, ne vous liez d’amitié qu’entre vous » (3,118)
 
«  Que les croyants ne prennent pas leurs amis parmi les infidèles, au lieu des croyants. Ceux qui feraient ainsi n’auraient rien à attendre de Dieu » (3,28)
 
Un hadith dit d’ailleurs: « Soutiens ton frère en islam, qu’il soit victime ou coupable ».
 
Les juifs sont vilipendés. On trouve  dans le Coran de très nombreuses sourates qui jettent l’opprobre sur eux:
 
« Parce qu’ils pratiquent l’usure qui leur a été interdite, parce qu’ils acceptent les biens d’autrui, Nous avons préparé à ces impies un douloureux châtiment » (62,8)
 
« Dieu n’a pas voulu purifier leur cœur. A eux la honte dans cette vie : à eux le tourment sans borne dans l’autre. Ils n’écoutent que le mensonge, ils sont gourmands de vénalités » (5,41).
 
On voit donc que toutes ces dispositions que tout musulman a le devoir de respecter (islam signifie, rappelons-le « obéissance ») sont évidemment en totale opposition avec les règles de fonctionnement d’une société démocratique, puisque en démocratie les valeurs clés sont l’égalité, la tolérance et la justice. En démocratie, ce sont les hommes qui se fixent à eux mêmes les lois auxquelles ils vont obéir, alors que les musulmans se doivent obligatoirement de se conformer aux lois fixées par Dieu dans le Coran.
 
6-Comment un Etat musulman peut s’acheminer sur la voie de la démocratie ?
 
 
Pour examiner à l’épreuve des faits la compatibilité existant entre islam et démocratie, il est intéressant d’examiner quelle est la situation politique, aujourd’hui, des pays musulmans. L’expérience montre que la quasi totalité des Etats musulmans ne sont pas démocratiques, et l’islam est même dans beaucoup de cas proclamé être la religion officielle de l’Etat. Certes, actuellement, avec la « Révolution de jasmin » qui s’est produite en Tunisie et qui a diffusé dans plusieurs pays musulmans, un vent de liberté s’est mis à souffler : mais nul ne peut dire encore quelles tournures vont prendre les évènements dans les divers pays où des révoltes populaires se sont produites. Ces révoltes semblent être plutôt le résultat de phénomènes démographiques et de la provocation que crée la manière éhontée dont les dirigeants s’enrichissent dans des pays où les gens sont majoritairement misérables.
 
On peut considérer aujourd’hui que deux pays musulmans sont réellement en démocratie et qu’un troisième, la Tunisie est sans doute en passe de le devenir.
 
Ce que l’on constate à l’analyse de la façon dont ces pays musulmans ont accédé à la démocratie, c’est qu’il existe pour les pays musulmans  trois voies pour y parvenir :
 
61-Une réforme de l’islam venant de l’intérieur même de la société
 
C’est la voie qu’a suivie l’Indonésie, un pays musulman de 250 millions d’habitants qui est devenue une démocratie par l’action d’un leader de grand talent, Sukarno, qui a proclamé « La République des Etats Unis d’Indonésie » en 1949, suite à l’éviction de la tutelle exercée par les Pays Bas sur ce grand pays. Sukarno a eu l’habileté de définir une charte libérale[12], la « Pancasila », qui lui a permis de marginaliser l’influence des partis musulmans qui voulaient établir la loi musulmane, la « charia ».
 
L’Indonésie est parvenue à vivre en démocratie du fait que ce soit un pays qui, de très longue date, se trouve doté d’un islam réformé : et cela n’est jamais dit.
 
 L’islam, en effet, s’est installé dans ce pays sous l’action des marchands au XIIIème siècle, sur un terrain fortement marqué par un indo-bouddhisme. Des spécialistes de l’islam indonésien comme Greg Fealy et Sally White parlent[13] alors d’un « islam indigénisé ».Et une étude du Hudson Institute[14] publiée en 2007, ayant pour auteur Giora Eliraz, explique en quoi consiste cet islam réformé, un islam assez  éloigné de ce qu’il est au Moyen-Orient. C’est cet islam qu’ont adopté les deux grands partis musulmans, et le docteur Saïd Agiel Siradj, conseiller du chef de l’un d’eux nous dit : « Nous adhérons à deux systèmes de valeurs : nous avons une culture islamique et une culture locale, des valeurs islamiques et des valeurs indigènes ».Les partis islamistes qui revendiquent leur appartenance à un islam traditionnel ne représentent que 20% environ de la population, et ce sont eux qui s’activent, en permanence, et parfois par des voies violentes, pour que dans ce pays l’islam regagne le terrain perdu.
 
62-Une réforme de l’islam imposée du haut :
 
 Cette voie est beaucoup plus difficile, car il s’agit alors de vaincre les oppositions des autorités religieuses qui encadrent la population. Elle n’est possible que s’il apparaît un leader ayant un très grand charisme et dont l’autorité s’impose à toute la société du fait d’un parcours exceptionnel. Ce fut le cas de Habib Bourguiba, en Tunisie. Bourguiba était  de formation occidentale (études de droit à la Sorbonne, et Sciences-Po), et il a été avec son parti, le néo-destour, l’artisan de l’accès en 1956 de la Tunisie à l’indépendance. Les Tunisiens l’ont d’ailleurs appelé « Le Combattant suprême », et l’ont élu Président à vie. C’était le père de la nation tunisienne.
 
Bourguiba s’est attaqué à l’islam en faisant de la Tunisie un pays où il y a séparation de l’ « Eglise »  et de « l’Etat », en réformant le statut de la femme à qui il a donnée les mêmes droits qu’aux hommes, et en s’attaquant au jeûne du Ramadan qui est pourtant l’un des 5 piliers de l’islam. Dés sa prise de pouvoir, il a totalement réformé le statut de la femme en créant le Code du Statut Personnel (le CSP), en 1956 ; et l’on peut lire l’inscription suivante sur la pierre de son mausolée : « Ci-Gît Habib Bourguiba, libérateur de la femme ».Le droit de vote a été donné aux femmes en 1972, l’avortement fut autorisé  en 1981, et les mères furent autorisées un peu plus tard à être tutrices de leurs enfants en cas de décès du mari. La très célèbre université religieuse  qu’est La Zitouna, très connue dans tout le monde musulman, a été placée sous le contrôle du Ministère de l’Education nationale. Bourguiba s’autorisait à avoir sa propre lecture du Coran. Il ne manquait pas de dire à son entourage : « De par mes fonctions de responsabilité de chef de l’Etat, je suis qualifié pour interpréter la loi religieuse ».
 
 
63-Un « encasernement » de l’islam » par un leader au passé prestigieux
 
            On se trouve, là, dans le cas de la Turquie, avec Mustapha Kemal. Il s’agit d’un cas rarissime, car il faut un leader de dimension hors pair, et que celui-ci puisse bénéficier pour agir de circonstances tout à fait  particulières qui se trouvent rarement réunies.
 
L’histoire de Mustapha Kémal est tout à fait exceptionnelle, car il s’agit de l’un des hommes politiques les plus extraordinaires de toute l’histoire. Elle est très instructive, et les commentateurs politiques qui citent aujourd’hui le cas de la Turquie avec son parti islamique, l’AKP, au pouvoir, pour nous donner l’exemple d’un pays musulman parfaitement démocratique oublient de mentionner qu’ Atatürk a tout simplement « encaserné » l’islam.
 
Il s’agissait d’un général, un militaire donc, athée de surcroît,  vainqueur des Français et des Anglais aux Dardanelles,  et auréolé de gloire pour avoir, malgré la défaite de son pays dans la première guerre mondiale, été capable de libérer la Turquie de son occupation par des troupes étrangères, grecques en l’occurrence. Mustapha Kémal, le père de la Turquie moderne, considérait que l’islam était la cause même du déclin de son pays, et il a voulu, dans toute la mesure du possible, éradiquer l’islam de la société turque. Il tenait sur le Prophète Mahomet des propos d’une sévérité extrême.  Benoist Méchin dans son fameux livre sur la Turquie rapporte que Mustapha Kémal s’en prenait souvent au prophète Mahomet, en disant : « Depuis des siècles les règles et les théories d’un vieux cheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares, ont fixé à la Turquie tous les détails de la loi civile et criminelle. L’islam, cette théologie absurde d’un bédouin immoral est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies ».[15]Aux yeux de celui que les Turcs ont appelé « le Ghazi », l’islam paralysait la Turquie et l’empêchait d’entrer dans le monde moderne. Mustapha Kémal a renversé le califat par un coup de force et installé la République : il a aussitôt imposé à son pays le code civil suisse, le code commercial allemand et le code civil italien. Il a changé l’écriture, remplaçant les caractères arabes par les caractères latins, il a changé la façon de s’habiller des habitants les faisant opter pour des vêtements à la mode occidentale, il a remplacé le fez par des chapeaux, à la mode occidentale aussi (le port du fez  a été assimilé à un attentat contre la sûreté de l’Etat !).
 
Mustapha Kémal a aussi supprimé les écoles religieuses et donc toutes les écoles coraniques furent fermées. Il a imposé un enseignement laïc en s’inspirant des méthodes pédagogiques de l’Institut Jean Jacques Rousseau de Genève. A propos du voile des femmes, qui fut interdit, il déclara publiquement : « Pourquoi s’affublent–elles encore d’un voile pour masquer le visage ? Et pourquoi se détournent–elles à la vue d’un homme ? Cela est-il digne d’un peuple civilisé ? Qu’elles montrent leur face sans crainte, et que leurs yeux n’aient pas peur de regarder le monde ! ».
 
Au plan de la religion, l’Etat fonctionnarisa les imams, et c’est donc lui qui paye leur salaire. Même, actuellement, les prêches ne sont pas libres : ils sont rédigés chaque semaine par des fonctionnaires du Ministère  des affaires Religieuses.
 
Néanmoins un certain nombre d’opposants considèrent qu’il ne s’agit pas d’une véritable démocratie. Fikret Baskaya, par exemple, un éminent professeur de l’université d’Ankara, a publié en 1991 un ouvrage intitulé « La faillite du paradigme turc » : cela lui valut vingt mois de prison et la perte de son poste à l’université. Interrogé en juin 2010 par un journaliste suisse il a qualifié le système actuel de « démocratie de basse intensité ».Et les rapports d’évaluation établis par les experts de Bruxelles dans le cadre des négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne indiquent qu’en matière de démocratie il reste à ce pays encore un assez long chemin à parcourir.
 
7- La nécessité de doter l’Union Européenne d’une « Charte de l’islam en Europe »
 
Les développements que nous avons présentés dans les paragraphes précédents montrent qu’il n’est pas aisé pour des musulmans établis en Europe d’adopter les principes de fonctionnement de nos sociétés d’autant que la longue histoire des affrontements qui ont eu lieu entre leur monde et le nôtre exigent qu’ils n’en conservent pas la mémoire. Or, « identité » implique nécessairement « mémoire » : une personne qui subitement perd la mémoire se trouve dépourvue d’identité. Si ou lui demande « qui es-tu ? » elle répondra « je ne sais pas ! ».
 
L’histoire ne peut pas être effacée : pour faciliter l’adaptation des jeunes musulmans à leur vie en Europe, un certain nombre de sociologues préconisent d’enseigner l’histoire autrement qu’on le fait habituellement dans l’école de la République : il faudrait passer sous silence certains passages de l’histoire de France et ne plus trop montrer qu’historiquement le monde de l’islam et celui de la chrétienté ont sans cesse été en conflit. Aux Etats-Unis, dans certains Etats, les manuels d’histoire ont été amputés de certains passages afin de ne pas choquer les bonnes consciences musulmanes.
 
Pour ce qui est de la religion islamique, des solutions peuvent être trouvées, soit en élaborant une « Charte de l’islam en Europe », soit en indiquant aux musulmans, comme s’efforce de le faire actuellement ce grand expert de l’islam et de la société musulmane qu’est Malek Chebel, comment il y a lieu de lire, aujourd’hui, le Coran. Il faut « interpréter le livre saint de l’islam autrement qu’on ne l’a fait jusqu’ici », nous dit ce chercheur.
 
Les musulmans vivant en Europe constituent une diaspora qui est aujourd’hui d’importance encore limitée, le nombre des musulmans installés en Europe pouvant s’évaluer à environ 25 millions de personnes. Mais cette diaspora est appelée à très fortement croître en effectifs.
 
Cette diaspora reste et continuera à rester en étroite communication avec l’ensemble du monde musulman, un monde  dont l’effectif est évalué à 1,3 milliard de personnes aujourd’hui. A l’horizon 2050, le monde musulman comptera sans doute plus de 1,5 milliard de personnes, et il est évident que les musulmans européens ne peuvent manquer de se sentir solidaires de l’ensemble du monde de l’islam, même les personnes ayant abandonné toute croyance religieuse. L’appartenance à l’islam est pour tous les membres de cette diaspora une affaire d’identité. Un musulman est avant tout musulman, et il décline ensuite son appartenance à tel ou tel pays : il s’agit de ce que dans l’islam on nomme la « oumma », c’est à dire l’ensemble de la communauté des croyants, une communauté dont le Prophète Mahomet a dit, il ne faut jamais l’oublier, qu’elle était la meilleure du genre humain.
 
Compte tenu des moyens de communication et d’information existant aujourd’hui, la diaspora musulmane européenne va rester extrêmement sensible aux évènements affectant l’ensemble du monde musulman, et son comportement vis à vis des pays occidentaux dans lesquels elle est installée se ressentira de la manière dont vont évoluer les rapports entre le monde musulman, dans son ensemble, et le monde occidental. Et nul ne peut dire aujourd’hui comment ces rapports vont évoluer. Les pays européens ont donc intérêt d’une part à ce que les musulmans d’Europe en arrivent à se détacher le plus possible de l’ensemble du monde musulman et d’autre part cessent de se trouver écartelés entre les règles de fonctionnement de la société musulmane et celles de leur pays d’adoption.  
 
Déjà, un bon nombre de musulmans vivant en Europe trouvent quelques accommodements avec l’islam. Dans un article publié dans Le Figaro du 3 mars 2010, Olivier Roy et Justin Vaisse respectivement directeur du programme méditerranéen de l’Institut universitaire de Florence et directeur de recherche à la Brookings Institution, veulent démontrer que les musulmans vivant en Europe s’adaptent fort bien aux modes de fonctionnement des sociétés européens : ils ont intitulé à tort leur article : « Islam et laïcité sont compatibles ».Ils disent : « Ce qui choquait naguère relevait des cultures d’origine, lesquelles s’effacent parmi les seconde et troisième générations en faveur d’une relecture purement religieuse de l’islam dans un contexte français ».Ces auteurs disent tout simplement qu’en deuxième et plus encore en troisième génération les musulmans tendent à avoir une lecture moins littérale du livre saint de l’islam. Cela ne signifie nullement que islam et démocratie soient compatibles comme semble l’indiquer le titre de leur article. Cela signifie que ces nouveaux musulmans tendent à adopter ce que l’on ne peut manquer d’appeler un « islam réformé » : il est regrettable qu’ils ne le disent pas clairement, car c’est tout le sens de leur article, un article dont le titre est tout à fait trompeur
 
Dans un autre article paru, lui, dan le journal Le Monde du 5  mars 2011, toujours sur le même sujet, et intitulé correctement, cette fois : « L’islam est compatible avec la République, à condition que les musulmans le veuillent », le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, qui est engagé dans le dialogue avec les juifs et les musulmans, nous  dit : « L’islam est compatible avec la République, à condition que les musulmans le veuillent. Beaucoup s’inscrivent dans cette ligne de loyauté et veulent voir naître un islam de France ». La restriction « à condition qu’ils le veulent » signifie, en clair,  en adoptant, en pratique un «islam réformé », c’est à dire en prenant avec le texte du Coran  un certain nombre de libertés.
 
Il paraîtrait donc indispensable que puisse être élaborée au niveau de l’Union Européenne ce que l’on pourrait appeler une « Charte de l’islam en Europe ». Dans une telle charte seraient indiqués d’une façon formelle quelles sont les préceptes du Coran qui ne s’appliquent pas aux musulmans installés en Europe et quelles sont les obligations coraniques que les musulmans européens sont autorisés à ne pas respecter.
 
Pourquoi la promulgation d’une telle charte paraît-elle possible ? Simplement parce que, au plan théologique, des musulmans contraints de vivre dans des pays où ils sont  minoritaires se trouvent autorisés (parce qu’ils sont minoritaires) à ne pas respecter la totalité de la loi islamique, pour autant que les pays d’accueil leur permettent de pratiquer librement leur religion, ce qui est évidemment le cas de tous les pays européens.
 
 
71-Le point de vue des juristes musulmans :
 
            En principe un musulman ne doit pas s’installer dans un pays de « mécréance ». Nous nous référerons ici à l’ouvrage[16] très bien documenté de Sami Aldeeb Abu-Sahlieh qui comporte un chapitre très intéressant intitulé : « L’application du droit musulman hors des pays musulmans ».Les juristes musulmans classiques estiment que la migration vers la « Terre d’islam » doit continuer tant que persistera la division du monde entre « Terre d’islam » (dar al islam)  et la « Terre de mécréance » (dar al harb).Tout musulman qui se trouve en terre de mécréance doit émigrer.
 
Il ne peut y rester que seulement s’il est en mesure  de vivre selon les normes religieuses musulmanes, ou s’il n’est pas en mesure d’émigrer pour cause de maladie, de faiblesse, ou de contrainte. Aujourd’ hui, compte tenu de la façon dont le monde est organisé, il est permis à un musulman de vivre en terre de mécréance que l’on va appeler non plus « dar al harb », c’est à dire « maison de la guerre », mais « dar’ahd », c’est à dire « Terre de traité ».Mais « Le guide du musulman à l’étranger » publié en 1990 par une maison d’édition chiite libanaise rappelle l’interdiction de principe d’aller en « Terre de mécréance »,et il cite plusieurs versets du Coran à cet égard. Cet ouvrage dit que le musulman « doit toujours sentir une barrière entre lui et la société mécréante impure ».Cet ouvrage se défend néanmoins de vouloir couper le musulman du reste du monde : il ne cherche qu’à le vacciner contre les défauts des pays mécréants ; et le musulman a le choix entre l’abandon de la Terre de  mécréance ou le « vaccin spirituel ». Le but de l’ouvrage, nous dit Abu Shalieh, est d’aider le musulman à garder son identité et sa pureté dans les pays étrangers.
 
Beaucoup de musulmans se trouvant maintenant contraints de vivre dans des pays de mécréance faute de disposer de moyens d’existence décents dans leur propre pays, divers juristes musulmans ont tenté d’établir quelles sont alors les règles à suivre ? Ils cherchent à déterminer comment ces musulmans doivent vivre leur islam en s’adaptant aux conditions de vie des pays d’accueil, sans toutefois devoir se dissoudre dans les sociétés mécréantes occidentales. Fouad Riad, un professeur égyptien, souhaite la création d’un code musulman de la famille, nous dit Abu Shalieh, applicable aux musulmans vivant dans des pays non musulmans, établis en Europe, et dont les liens avec le pays d’origine sont rompus qui. viserait à « éviter les principales discriminations dont on accuse le droit musulman, à savoir à cause du sexe ou de la religion ».De la sorte, dit ce professeur égyptien, « on peut élaborer sur la base du droit musulman un système personnel musulman qui permettra aux musulmans vivant en Occident de réaliser leur but principal qui est d’établir leur identité sans vivre en dysharmonie avec la société à laquelle ils sont appelés à s’intégrer ».
 
Notons qu’en ce qui concerne l’interdiction du voile, en France, à l’occasion de la visite que Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur avait rendue au Caire au cheikh Muhammad Sayyid Tantawi d’El Azhar, celui-ci a déclaré que l’obligation du port du voile n’était obligatoire pour une femme que seulement si elle vit dans un pays musulman. Il aurait donc admis que « Si elle vit dans un pays non musulman, comme la France, dont les responsables veulent adopter des lois  opposées au voile, c’est leur droit. Je répète : c’est leur droit, je ne peux pas m’y opposer ».Versets coraniques à l’appui, il a affirmé qu’une musulmane qui se conforme à la loi d’un pays non musulman n’a pas à craindre le châtiment divin. Et il a ajouté : « Je ne permettrais pas à un non-musulman d’intervenir dans les affaires musulmanes, mais de la même façon je ne me permettrais pas d’intervenir dans les affaires non-musulmanes ».Cette déclaration qui a pleinement satisfait Nicolas Sarkozy a suscité une vive réaction en Egypte. Mais Muhammad Al-Sammak, membre du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien, a défendu la position du cheikh d’el Azahr, au nom de la théorie de la « pesée des intérêts », et des « priorités ».
 
A propos du fameux principe dit de « La pesée des intérêts et choix des priorités », Abu Sahlieh nous dit pour ce qui est des obligations coraniques : « Ces obligations ne sont cependant pas toutes mises sur un pied d’égalité, et le musulman doit savoir en fonction du lieu et du temps laquelle de ces normes a la priorité. ». Il nous apprend que les savants religieux musulmans ont développé deux branches du droit appelées fiqh al muwazanat (science de la pesée) et fiqh al awlawiyyat (science des priorités).Et cet auteur nous dit qu’en matière de choix des priorités, Dieu n’est pas exigeant. Il cite à ce propos deux versets du Coran :
 
            -« Allah veut pour vous la facilité. Il ne veut pas la difficulté pour vous » (47,19)
-« Allah veut vous alléger les obligations, car l’homme a été créé faible » (4,28).
 
Abu Sahlieh indique que le Coran prévoit des dispenses pour les malades, pour les voyageurs…Et il ajoute : « Dans la même perspective, il faudrait reconnaître que les normes changent selon  le temps,  et le lieu ».
 
72- Le rôle du Conseil de l’Europe
 
            Manifestement, l’élaboration et la promulgation d’une « Charte de l’islam en Europe » est une tâche qui incomberait normalement au Conseil de l’Europe et à la Cour européenne des Droits de l’Homme.
 
Le Conseil de l’Europe est la plus ancienne organisation intergouvernementale européenne. Il est totalement indépendant de l’Union Européenne, mais collabore avec elle dans un certain nombre de domaines. Le but statutaire du Conseil de l’Europe est de sauvegarder et promouvoir les valeurs spirituelles et morales qui sont le patrimoine commun de ses Etats membres, et l’article 9 de la Convention européenne des Droits de l’Homme consacre le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion.
 
Le Conseil de l’Europe est composé de deux organes : le comité des Ministres et l’Assemblée parlementaire, ainsi que de trois institutions : la Cour suprême des Droits de l’Homme, le Commissaire des Droits de l’Homme, et le Congrès des Pouvoirs locaux et Régionaux.            
 
Le Conseil de l’Europe a déjà beaucoup travaillé sur les problèmes posés aux Etats européens par l’arrivée et le développement de l’islam en Europe. Dans sa recommandation 1162 relative à la « contribution de la civilisation islamique à la culture européenne », le Conseil de l’Europe dit, au paragraphe 4 : « La nouvelle Europe est de plus en plus influencée par l’islam, non seulement du fait des régions de culture essentiellement musulmane comme l’Albanie et certaines républiques méridionales de l’URSS, mais  aussi par suite de l’immigration en provenance du monde islamique en général ». Et au paragraphe 14 il est dit : « L’Assemblée recommande donc au comité des Ministres de faire une place à l’étude du monde islamique dans le programme intergouvernemental d’activités du Conseil de l’Europe ». Cette recommandation est déjà ancienne puisqu’elle date de 1991.
 
Dans sa recommandation 1396, le Conseil de l’Europe dit : « La démocratie et la religion ne sont pas incompatibles, au contraire » (paragraphe 5). Et au paragraphe 14, on lit : « L’Assemblée recommande au Comité des Ministres de continuer à servir de cadre pour des rencontres paneuropéennes entre des représentants des différentes religions ».
 
73- Les difficultés pratiques
 
     Les difficultés pratiques, on ne peut se le cacher, pour mettre sur pied et promouvoir une telle charte sont considérables, mais elles ne doivent pas empêcher que l’on s’attelle sans plus attendre à cette tâche. La principale difficulté tient au fait que l’islam n’a pas de corps représentatif structuré avec lequel on pourrait discuter de cette charte et qui serait habilité à l’entériner,  et à la promouvoir avec autorité.
 
Une seconde difficulté tient au fait que les savants musulmans ne sont pas très bavards, semble-t-il,  sur les dérogations possibles  aux règles fixées par le Coran et la Sunnah[17].
 
Une troisième difficulté est constituée par l’existence dans l’islam de différentes écoles, et de différents courants qui ne rendent pas toujours facile l’interprétation des textes coraniques et des haddiths[18].
 
Malgré toutes ces difficultés, le chantier mérite d’être ouvert avec l’aide des intellectuels musulmans qui sont établis en Europe et qui revendiquent désespérément le droit de participer avec le personnel religieux à ce type de débats.
 
 
Table des matières de cette Note
 
 
1-    L’atteinte à la cohésion sociale des sociétés de la vieille Europe    
2-    Deux civilisations différentes
3-   Le choc des civilisations
            31-Les raisons doctrinales
            32-Les raisons historiques
            33-Les raisons psychologiques
     4-L’absence d’une volonté d’assimilation et la disparition des instruments  
           d’intégration
     5- Le besoin d’un islam réformé
            51- la société idéale, dans l’islam
            52-Le mode d’organisation de la société
      6-Comment un Etat musulman peut s’acheminer sur la voie de la démocratie ?
            61-Une réforme de l’islam venant de l’intérieur
            62- Une réforme de l’islam imposée d’en haut
            63-Un « encasernement »de l’islam par un leader au passé glorieux
      7-La nécessité de doter l’Europe d’une charte de l’islam en Europe
            71-Le point de vue des juristes musulmans
            72-Le rôle du conseil de l’Europe
            73-Les difficultés pratiques


[1] ONU : Migrations de remplacement : une solution aux populations en déclin et vieillissantes
[2] « Identité(s) : l’individu, le groupe, la société », Jean-Claude Bruno-Borbalan, et divers autres auteurs. Editions Sciences humaines, 2004.
[3]« The nature of civilizations » de Matthews Melko, Extending Horizon Books, 1969.
[4]Dans « Dynamic of world history »
[5] « Les nouveaux penseurs de l’islam »  de Rachid Benzine, éditions Albin Michel, 2004.
[6] « Que veulent les arabes ? » de Fereydoun Hoveyda,  éditions Page après page, 2004.
[7] L’ISESCO est l’Organisation Islamique pour l’Education et la Culture, l’équivalent de l’UNESCO en pays arabes.
[8] Le Monde des 12 et 13 mai 2006
[9] « Quelle éducation face au radicalisme religieux », Dounia Bouzar, Editions Dunod
[10] Dans « Le retour de l’islam », Bernard Lewis
[11] Toutes les citations faites ici sont tirées de l’ouvrage « Les grands thèmes du Coran » de JL Monneret, avec une préface de Dallil Boubaker,  Editions Dervy ,2003.
[12] Cette charte, la « Pancasila » pose cinq principes fondamentaux : la croyance en un dieu unique, l’unité de la nation, l’humanitarisme la démocratie consultative et la justice sociale.
[13]« Expressing islam : religious life and politics in Indonesia », Greg Fealy et Sally White, Singapour Institute of South Asian Studies, 2008.
[14]« Islam and Polity in Indonesia : an intrigating case study » : Hudson Institute, series n°1,Paper n°5.,
[15] Dans « Mustapha Kemal » de Benoist Méchin, page 323.
[16] « Introduction à la société musulmane : fondements, sources et principes » Samialdeeb Abu-Sahlieh, éditions Eyrolles, 2006.
[18] Les haddiths sont le recueil de paroles et faits et gestes du Prophète rapportés par les compagnons de Mahomet et leurs descendants.
 
(Achevé de rédiger en Avril 2011, et mis en ligne le 31 Janvier 2015)
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