Se connecterS'abonner en ligne

Le baccalauréat rend l’âme, après 8 siècles de bons et loyaux services

Référence de l'article : MC6682
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Catherine ROUVIER,Docteur en droit public, Avocat, Maître de conférences des Universités,(25 Février 2018)

La « terminale », c’était l’eldorado du cancre, la terre promise du rebelle qui, de redoublement en exclusions, désespérait d’aborder enfin ses rives. Terminale, tout le monde descend !
Notre ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer propose, à la place, « Maturité ».
Par-delà le mot qu’on peut trouver triste (le fruit mûr ne tombe-t-il pas ensuite ?), c’est la philosophie du baccalauréat qui se trouve remise en question.
 
La numérotation des classes, en France, est décroissante. De la douzième à la première, le compte à rebours amène l’élève à monter du Pirée à l’Acropole dans le marathon scolaire.

De Corax le Sicilien à la Sorbonne

Après la « première », conçue comme la fin des études secondaires et marquée par une épreuve spécifique devenue le « bac français » en 1969, l’apothéose est la classe de « philo », jadis appelée classe de rhétorique.
La rhétorique, inventée par l’avocat Corax en Sicile au début du VIe siècle avant J.-C., c’est l’art de convaincre. Dans cette ultime classe, une fois les connaissances réunies, il fallait donc apprendre à les organiser.

La philosophie, elle, assure une initiation à la conceptualisation, à la synthèse. Toutes deux ont été conçues comme une aide à l’accès à l’université. Symbole de ce lien entre la terminale, le bac et l’université : dans le jury du bac, c’est un professeur d’université qui doit présider le jury qui, sans cela, ne peut valablement délibérer.
 
Or, la réforme sort de cette logique. Ni la suppression des filières établies par Napoléon, dès 1808, en référence à la division des matières en cours à l’université, ni l’introduction de matières comme la culture générale, ne vont dans le sens d’une préparation convenable à l’enseignement supérieur.

Le général de Gaulle était favorable à la « culture », ce pourquoi il fit de Malraux un ministre de la Culture qui, par les « maisons de la Culture », la diffusa sur tout le territoire. Mais il ne pensa pas à l’introduire en préparation d’un bac que ce dernier, du reste, n’avait jamais obtenu. Il avait raison. Il n’y a, en effet, rien de plus difficile à noter qu’une épreuve de « culture générale », sauf à établir des standards, à l’aide des questions types sanctionnées par un QCM, avec le risque d’appauvrissement et d’uniformisation de la pensée que cela implique.

En revanche, « grand oral », également prévu par la réforme, ne rappelle-t-il pas l’ambition rhétorique des temps passés ? Oui, mais la rhétorique à ce niveau précoce était destinée plus à l’analyse de discours savant que dispense l’université qu’à la prise de parole. Et l’enseigner est une chose, en faire un procédé de sélection, par nature très aléatoire, en est une autre.

De « baccalauréat »  à « bachelor »

De plus, si la terminale s’appelle classe de maturité, le bac lui-même s’appellera maturité. Fini, le beau mot de baccalauréat. La couronne de lauriers, d’où vient le mot « lauréat », n’a plus bonne presse. Apparu dès la création de l’université de Paris au XIIIe siècle, le baccalauréat disparaîtra donc après huit siècles de bons et loyaux services.
Il reste, cependant, un espoir de le sauver.

La volonté de l’Union européenne, depuis la réforme dite « LMD » – Licence, Master, Doctorat – qui a chamboulé  nos cursus français, est de se calquer sur les standards américains. 
Or, dans la trilogie américaine, la licence en trois ans s’intitule… « bachelor ». Défenseur du baccalauréat, prévenez-en le ministre…
 
La tradition française, un peu d’américanisme nous en éloigne, beaucoup nous y ramène !

___________________________________________________________________________
Article reproduit en licence CC BY NC SA avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.bvoltaire.fr/ne-mappelez-plus-jamais-baccalaureat/
 
(Mis en ligne le 24  Février 2018)

 

Articles similaires
Etudiants-diants-diants : feraient mieux de faire...Projet de Loi Immigration : deux suggestions pour...L’État Islamique a perdu son territoire...Identité et Religion dans l'entreprise : le...L’appel de 100 intellectuels contre le «...Hommage à Stephen HawkingMayotte : comprendre comment on en est arrivé...Cérémonie des Oscars : la déconstruction de la...Les "Jeudis de l'Elysée" : bravo...Entretien : "La plante humaine ne peut être...Le nouvel ordre moral démocratiqueLes complices, morts et vivants, du communisme1576-2018 : de La Boétie à l’hacktivisme...Un islam de France ? Le nouveau défi d’Emmanuel...Du rôle de la psychologie et des croyances dans...Droits respectifs des peuples migrants et des...Le 15h17 pour Paris, ne le ratez pas, c'est...Après 950 ans, la tapisserie de Bayeux sera...Les "enfants jetables" : chaque année,...Des "coupeurs de têtes" aux...Liberté d’expression et fake news : 2500 ans de...Paul Bocuse :" 3 étoiles. 3 pontages.3...2018 : le droit à la résistance, tel que défini...La naissance du dieu État en OccidentRATP : la christianophobie va croissantQuand Emmanuel Macron incite les musulmans à...Que penser des vœux qu’a présenté Macron aux «...Enfin un véritable concours de la parole en 2018...Le Posthumanisme, la nouvelle apocalypse?Bref rappel historique de l'évolution de la...Bref rappel historique de l'évolution de la...Du multiculturalisme comme religion politiqueIl faut aller voir l'exposition...La belle histoire de la météorite de Caille,...De l’agnotologie : quels chemins empruntent la...Éducation, lecture, calcul : la France déclassée,...Aix-en-Provence : voici la belle Histoire du...Prophétie de Jean-Paul II sur l’invasion de...Semaines Sociales de France : les catholiques...En Août 70, les Romains ont-ils détruit le temple...Philippe de Villiers reçoit le même prix que Walt...16 Novembre 1917 : un tigre à la présidence du...La révolution d'octobre 1917 ou la négation...La calligraphie Chinoise : l'écriture du...Écriture inclusive : ce qui se conçoit bien...« La plus belle place du monde » : l'amour...Déjà 1 189 307 avis enregistrés sur la plateforme...Attention à l'engrenage de la repentance :...Les maths seront-elles sauvées en France par la...L’écriture inclusive menace la liberté...De la force symbolique du drapeauLa longue histoire du zéro : cinq siècles plus...