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La laïcité et l’école catholique peuvent faire bon ménage

Référence de l'article : MC4488
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écrit par Jérôme DUMONT,Vice-Président OGEC Carcado Saisseval,(5 avril 2015)

 

A l’occasion des journées nationales des organismes de gestion de l’enseignement catholique (FNOGEC), qui se sont tenues fin mars à la Mutualité, à Paris, c’est le thème de la laïcité qui était au cœur des débats. Et au centre de l’exposé du secrétaire général de l’enseignement catholique, Pascal Balmand, qui avait eu en charge précédemment l’établissement de Saint-Michel de Picpus (Paris XII°). Avec, en filigrane, comme un sentiment que l’élan collectif du 11 janvier pourrait se heurter bientôt au retour du débat comme un marqueur dans les futures échéances électorales.
 
Citant Saint Augustin (« C’est nous qui sommes ces temps : tels nous sommes, tels sont ces temps »), le secrétaire général a exhorté l’école catholique à ne pas se replier en citadelle assiégée, car on n’éduque jamais par la peur, ni dans la peur. Le statut de l’enseignement catholique (dont la dernière version a été adoptée par la conférence des évêques de France en avril 2013) rappelle que l’école catholique (« universelle » selon l’étymologie grecque) est au service de la dignité humaine et de la cohésion de la société (art.42). Avec l’objectif « d’humaniser toujours plus la famille des hommes et son histoire » (Gaudium et Spes, concile Vatican II). Donc au sein d’une école « ouverte à tous, sans aucune forme de discrimination » (art.10 du statut).
 
Le secrétaire général de l’enseignement catholique plaide pour une fraternité chrétienne et républicaine
 
L’école fait système. Or, depuis la loi Debré de 1959, elle exhibe son « caractère propre », ce qui est flou. Pourtant l’espérance chrétienne qu’elle porte respecte chacun. Pourquoi le taire ? C’est donc une école du lien entre les savoirs, d’une alliance entre des visions du monde, des religions, des cultures. N’est-ce pas ça la laïcité ? Or, de quoi parle-t-on quand on parle de laïcité, terme brandi à tout bout de champ et sur tout le spectre politique ?
 
Parler de laïcité de l’Etat, on y souscrit. Mais pas de laïcisation de la société. Comme l’avait rappelé la veille le P. Matthieu Rougé, c’est le président de la conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, qui a évoqué le risque de passer de la laïcité de l’Etat à la laïcité de la société.
 
Pas d’occultation du religieux dans la planète. Ne pas se laisser enfermer : la laïcité et l’école catholique font bon ménage. Ne laissons pas s’arroger le monopole de la République. Car nous ne sommes pas dans une logique de concurrence entre l’école publique et l’école catholique, pas de « boîte privée pour gosses de riches ». Quand la ministre de l’éducation nationale affirme que « la laïcité transforme l’enfant en élève », ce n’est pas notre culture. Car nous voyons la personne de ce jeune, derrière cet élève. L’école publique veut en faire un citoyen. Mais, à nos yeux, vous n’êtes pas d’abord des citoyens, et le but n’est pas ce « vivre ensemble », terme galvaudé.
 
Notre horizon, c’est la fraternité, fraternité chrétienne et républicaine. Mais qui s’intéresse encore au troisième terme de la devise républicaine ? Or le statut rappelle (en son art.135) que l’action des organismes de gestion doit mettre en œuvre les principes de la pensée sociale de l’Eglise : promotion du bien commun, subsidiarité, responsabilités partagées, dialogue social, service des moins favorisés, etc. Et sans jamais oublier le pourquoi, au risque de s’agiter comme Marthe (« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses, mais une seule est nécessaire » Luc 10,41).
 
Pour P. Balmand, l’école est une affaire politique. Paul VI avait inventé la formule d’une Eglise « conversation avec le monde » (Ecclesiam suam,1964). Chaque OGEC (organisme de gestion de l’enseignement catholique) doit porter cette conversation. D’où son appel à des chrétiens joyeux, qui s’engagent dans l’éducation : « Heureuse l’école catholique car elle sera servante ».


 
Le sénateur du Val d’Oise, Hugues Portelli, professeur de droit public, était revenu sur le hiatus entre bien commun et consumérisme éducatif, i.e. concilier les attentes des familles avec la mission de service public d’éducation associée à l’Etat : mêmes programmes, proximité des personnels enseignants, principes constitutionnels. Mais aussi une mission évangélisatrice de l’Eglise, rappelée dans le document sur l’école catholique au seuil du 3ème millénaire (1997) et à l’art.17 du statut de 2013 : « Le caractère ecclésial de l’école est inscrit au cœur même de son identité scolaire ». Un principe de nature constitutionnel depuis les lois Debré et Guermeur (1977).
 
L’école catholique bénéficie d’un atout maître, ce n’est pas le simple intérêt général, mais la recherche par toute la communauté des conditions du plein épanouissement de la personne. Reste l’enjeu principal des années à venir, une certaine menace par l’Etat, par les programmes et les enseignants, de transformer l’école catholique en école publique.
 
[1] : Expert près la cour d’Appel de Paris,Vice-président de l’OGEC Carcado-Saisseval

(Mis en ligne le 6 avril 2015)
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