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Face à une menace terroriste permanente, la sécurité passe aussi par un grand nombre de citoyens

Référence de l'article : MC4978
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Entretien avec Pierre-Olivier DRAI, Politologue et Consultant,,réalisé par Contrepoints (20 Novembre 2015)
 

Pierre-Olivier DRAI est l’auteur de Self Sécuritéle retour de l’individu dans la sécurité. Politologue de formation, il travaille actuellement dans la sécurité privée sur le terrain et comme consultant pour des acteurs institutionnels. Contrepoints l’a interrogé sur les enjeux de sécurité posés par le terrorisme en France.
 
Contrepoints : La gestion de la crise terroriste vendredi dernier nous indique-t-elle une faille dans le dispositif de sécurité de l’État français ? Décréter l’état d’urgence, c’est y répondre adéquatement ?
 
Pierre-Olivier Drai : Je ne pense pas qu’on puisse parler de faille dès lors que la même organisation en matière de sécurité est aussi celle qui a également déjoué au moins six attentats cette année. En revanche, comme tout système, il est possible d’y apporter des améliorations. Cependant, je tiens à préciser que l’ennemi s’adapte aussi, ce qui créera toujours la nécessité de nouveaux ajustements.

S’il faut chercher des failles, je les trouverais plutôt dans notre système judiciaire, qui laisse en liberté un individu condamné à six reprises, ou comme aujourd’hui, qui permet qu’un individu radicalisé obtienne une permission de sortie et en profite pour s’échapper. Par ailleurs, il est légitime de s’interroger sur notre politique extérieure qui entretient des liens amicaux avec des États qui participent plus ou moins directement au financement de l’État Islamique. Enfin, comme l’atteste le débat sur l’élargissement des conditions de légitime défense pour la police, il est clair que la classe politique dans son ensemble n’a eu de cesse, au fil des années, de défendre un angélisme social délétère qui a nui au quotidien et au travail des forces de l’ordre.

En ce qui concerne l’état d’urgence, ce dernier est sans aucun doute efficace. Mais j’apprécie peu que le droit prévoit ses propres clauses suspensives. Cela l’éloigne fort du peuple dont il est, théoriquement, la source. À cet égard, je souhaiterais plutôt que l’état d’urgence soit prolongé par référendum et ce d’autant plus que les Français ont l’air de prendre la suspension de leurs libertés comme un mal nécessaire, ou pire, un bien. Sur le fond, l’état d’urgence, comme l’article 16, illustrent que système ne se pense pas dans la continuité et anticipe des ruptures. Or, c’est tout le contraire d’une politique de sécurité pérenne, intégrée au quotidien.

Dans son discours devant le Congrès, François Hollande a préconisé l’éventuelle formation d’une garde civile formée par des réservistes. C’est une mesure qui va dans le bon sens ?
 
L’idée a du mérite ! Mais les contours sont encore trop flous. S’il s’agit de prélever des effectifs et des moyens sur ceux des réserves militaire et policière, alors elle fera double emploi et réduira d’autant les capacités de la police et des armées. Si au contraire, il s’agit de constituer une force nouvelle de « citoyens – patrouilleurs » à mi-chemin entre la sécurité civile et les voisins vigilants, il faudra voir sur quel budget la développer. Aujourd’hui, la sécurité privée est constituée d’individus qui connaissent la loi mais ne disposent pas d’autres pouvoirs que ceux des citoyens, cela pourrait constituer un modèle. Dans tous les cas, l’initiative est à saluer alors que les pouvoirs publics ne peuvent plus tout faire et que le secteur privé n’est pas en mesure de répondre à la demande à court terme. Surtout, chercher un renfort dans la population est un signe encourageant de coproduction de sécurité.

Vous préconisez dans votre essai un modèle de sécurité constitué pour améliorer la résilience de la société face aux chocs internes et externes. Pouvez-vous nous en expliquer les principes ? N’est-ce pas particulièrement adapté au terrorisme contemporain, qui justement ne connaît plus de frontières ?
 
L’attentat contrecarré du Thalys comme le courage des héros anonymes des attentats de vendredi montrent plus que jamais que les citoyens sont la première ligne de défense du pays. Ils sont les premiers sur place, à intervenir, protéger, secourir et prodiguer des soins. Je souhaite donc que l’individu retrouve toute sa place dans l’architecture de sécurité. Avant les attentats, l’État comme la société avaient tendance à vilipender l’action individuelle ou à condamner une forme d’aventurisme a priori néfaste. Cela est en train de changer lentement en raison du manque de moyens.

Autant donc continuer dans ce sens et créer un cadre favorable aux individus. Il est facile d’envisager que des formations aux premiers soins fassent partie du cursus scolaire, ainsi que les techniques de médiation. Un assouplissement du cadre de la légitime défense pourrait être également envisagé, au même titre qu’un assouplissement concernant la détention d’armes. Les initiatives telles que les Voisins Vigilants peuvent également être encouragées par les pouvoirs publics, de même que, pourrait être assouplie la restriction sur l’emploi de la sécurité privée sur la voie publique. En réalité, dès lors que l’on souhaite que les individus participent à la sécurité, seule l’imagination constitue une limite. L’essentiel étant de remettre les individus au cœur du dispositif parce que ce sont eux qui sont les plus exposés et les plus prompts à intervenir.

Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.contrepoints.org/2015/11/20/229732-face-a-la-menace-terroriste-la-securite-passe-par-lindividu#0pADCXOYp52gUYSO.99
 
 
 
(Mis en ligne le 20 Novembre 2015)          

 
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