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Comment va se terminer le face à face Islam-Chrétienté ?

Référence de l'article : MC4337
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écrit par Claude SICARD,Ingénieur Agronome et Docteur en Economie,Auteur de deux livres sur l'Islam

                                                                       

Le monde de l’islam et le monde de la chrétienté (aujourd’hui « L’Occident») sont en opposition depuis plus de 13 siècles : il s’agit d’une opposition tout à fait fondamentale.
 
Pour examiner et comprendre les problèmes qui se posent aujourd’hui, dans nos sociétés, avec l’installation dans les pays de la vieille Europe de communautés musulmanes de plus en plus importantes, il faut adopter une démarche d’anthropologue, l’anthropologie étant une discipline scientifique par trop méconnue, semble-t-il, de nos hommes politiques. Cela est fort regrettable, car c’est la science qui a pour objet « l’étude de l’être humain sous ses aspects culturels ».
 
Il faut, en particulier, se pénétrer très profondément de ce que l’on doit entendre par « civilisation » et bien saisir, également, combien le problème de l’ « identité » est important pour tout individu.
 
Mais tout d’abord, il nous faut prendre conscience des raisons expliquant la profonde opposition existant, depuis les origines, entre le monde occidental et celui de l’islam. 
 
 I -Les raisons de l’opposition entre les deux mondes :
 
Les raisons de cette opposition sont de trois ordres : doctrinale, historique et, à présent, psychologiques. 
 
a-Les raisons doctrinales :
 
 Le Prophète Mahomet qui a reçu, selon les musulmans, le vrai message de Dieu, a déclaré aux chrétiens qu’ils étaient totalement dans l’erreur : Jésus n’était pas le fils de Dieu, il n’est pas mort sur la Croix et il n’a pas ressuscité. Quant à la Trinité, c’est une croyance absurde  qui relève du polythéisme, et l’islam combat farouchement le polythéisme. De surcroît, leur a-t-il dit, « vous avez falsifié les écritures ».C’est une allusion, là, au problème de l’interprétation de la signification du terme « paraclitos » : vous nous avez caché que Jésus a annoncé la venue d’un nouveau prophète après lui : Mahomet. En somme, vous avez tout faux,  et il convient donc que vous vous rangiez totalement  à notre version du message de Dieu, c’est à dire au saint Coran, car c’est le vrai message délivré par Dieu aux hommes. Et sachez qu’il n’y en aura point d’autre.
 
Il résulte de cette conception du message divin par les musulmans que toute société doit être soumise aux lois de la charia, lois dictées au Prophète lorsqu’il était en charge de la communauté de Médine. Dans une telle société, on admettra les chrétiens et les juifs qui ont le mérite de croire en Dieu, mais, puisqu’ils ne veulent pas adhérer au vrai message, on les traitera en citoyens de second rang (des dhimmis), et on  les soumettra à une fiscalité très lourde faite de deux impôts spécifiques : le kharadj et la jizya.
 
En fait, beaucoup de musulmans retiennent du message du Prophète qu’il faut combattre les juifs et les chrétiens, et c’est bien ce que l’on constate actuellement au Moyen Orient où les chrétiens se trouvent en pratique chassés de territoire qui leur appartenaient  avant l’apparition de l’islam au VIIéme siècle.
 
 
b- Les raisons historiques :
 
Sitôt après la mort de Mahomet, les cavaliers d’Allah s’élancèrent à la conquête du monde, conformément aux instructions données par le Prophète : on sait que celui-ci leur avait dit selon un hadith célèbre : « La Terre appartient à Allah et à son Prophète ». Aussi, les  musulmans partagent-ils le monde en deux parties : d’un côté, le « dar al islam », c’est à dire  les territoires déjà acquis à l’islam, et de l’autre ceux encore non soumis à l’islam qu’ils dénomment « dar al harb ». On a donc d’une part « La maison de l’islam » et de l’autre « La maison de la guerre ».
 
Pour aller à la conquête du monde le Prophète a indiqué aux combattants (notion de « djihad ») qu’ils auraient les 4/5 des butins pris à l’ennemi, le solde étant pour le Prophète ou ses descendants. Et ceux qui en viendraient à périr dans ces nobles aventures n’auraient  rien à craindre puisqu’ Allah les accueillera dans son paradis.
 
Les troupes musulmanes sortirent donc de l’Arabie vers l’an 650, et elles allèrent envahir, à l’Ouest, l’Empire romain qui était devenu chrétien en 380, et, à l’Est, l’empire des Sassanides (les Perses). La Palestine, l’Egypte, la Libye actuelle, l’Afrique du nord furent conquises assez facilement, et le général Tarik franchit ensuite le Detroit de Gibraltar, envahissant l’Espagne Wisigothique. Finalement, ces envahisseurs furent arrêtés en 732 par Charles Martel à Poitiers.
 
Il y eut ensuite l’occupation de la Provence et d’une partie de  l’Italie.
 
Un peu plus tard, ce furent les Seldjoukides qui s’avancèrent jusqu’à Antioche. Le Basileus envoya alors en urgence une délégation à Rome pour solliciter l’aide des chrétiens d’Occident. En réponse à cet appel au secours, le pape Urbain II déclencha les Croisades, en 1095, avec deux objectifs : reconquérir les terres chrétiennes de Palestine d’un côté et effectuer la reconquête de l’Espagne, de l’autre. L’occupation de la  Palestine par les Croisés dura environ deux siècles et finalement ils en furent délogés par le fameux Saladin, à la fin du XIIIe siècle. Quant à la « Reconquista » de l’Espagne, elle fut beaucoup plus longue puisqu’elle ne s’acheva qu’à la fin du XVéme siècle, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon entrant triomphalement dans Grenade en 1492.
 
Il y eut, ensuite, l’invasion de l’Europe orientale par les Turcs qui, parvenant à prendre Constantinople en 1453, purent s’avancer jusqu'à Vienne qu’ils assiégèrent, en 1529. Ils furent  repoussés par diverses croisades lancés par les Papes, des croisades « contra turcos ». Mais ils revinrent à nouveau, en commettant un peu partout  des horreurs, et Vienne fut assiégée une seconde fois, en 1683, mais à nouveau sans succès.
 
Par la suite, les Turcs se trouvèrent  peu à peu refoulés d’Europe, et cela s’acheva par le démantèlement de l’empire ottoman au lendemain de la première guerre mondiale.
 
Au XIXe siècle, le mouvement partit dans l’autre sens : ce furent cette fois les Occidentaux qui allèrent envahir des territoires musulmans : Bonaparte en Egypte en 1789, la France en Algérie en 1830, puis ensuite  en Tunisie et au  Maroc, les Hollandais en Indonésie en 1833, les Anglais en Egypte en 1882, les Italiens en Libye 1911, etc…Toutes ces aventures coloniales donnèrent lieu à des luttes armées très âpres, qui durèrent souvent 15 ou 20 ans, chaque fois. Ce ne fut jamais des conquêtes très faciles, et le nom d’Abd el Kader par exemple est resté en Algérie très célèbre pour les glorieux combats il mena contre le corps expéditionnaire français.
 
Au siècle suivant, le mouvement repartit, en sens inverse, avec les luttes pour l’indépendance initiées, dans tous les pays qui avaient été colonisés, par des mouvements s’appuyant très fortement sur l’islam : ce furent  le cheikh Ben Badis en Algérie, le cheikh Abd el Aziz Taalbi en Tunisie, Hassan el Banna en Egypte qui créa les Frères Musulmans en 1928, etc…Toutes ces luttes pour l’indépendance menées par les musulmans contre leurs colonisateurs occidentaux s’achevèrent en 1962 par l’accès à l’indépendance de l’Algérie après 7 années de guerre difficile. Il se développa au Moyen Orient, pour soutenir ces luttes, des mouvements panarabistes et panislamiques importants qui galvanisèrent les esprits dans tous les pays qui avaient été colonisés par les Occidentaux. Ces succès  redonnèrent aux musulmans leur fierté et leur montrèrent que les Occidentaux n’étaient pas invincibles. Les colonisateurs furent chassés de tous les territoires musulmans qu’ils avaient conquis, Nasser parvint à  mettre la main sur le canal de Suez, et le chah d’Iran, qui était perçu comme  un suppôt des Occidentaux, dut s’exiler laissant la place à l’imam Khomeiny qui installa un régime théocratique en Iran.
 
Comme on le voit, il y eut donc des luttes incessantes entre les deux mondes, pendant plus de 13 siècles, pour des conquêtes de territoires, avec au total, si l’on y regarde bien, un avantage finalement pour les Arabes, ce dont ils n’ont guère conscience.
 
c- Les raisons psychologiques. :
 
Les conflits que nous venons de résumer ont laissé chez les musulmans des traces indélébiles. Au Moyen Orient, on  qualifie souvent encore, on le sait bien, les Occidentaux de « Croisés ». 
 
La liste des reproches que font les musulmans aux Occidentaux est très longue. Notons, en résumé :
                   -Les Croisades
                   -L’expulsion par les Espagnols des morisques, en 1609 ;
                   -La colonisation des pays musulmans au XIXéme siècle ;
                   -Le pillage des ressources des pays musulmans ;
                   -La non reconnaissance des apports à l’Occident de la civilisation musulmane, apports sans lesquels la civilisation occidentale ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.
        
Un auteur musulman, Fereydoun Hoveyda, dans un ouvrage qu’il a intitulé « Ce que veulent les  Arabes » nous révèle, avec franchise et lucidité, ce que les musulmans pensent des Occidentaux, et il décrit parfaitement leur ressenti. Il nous dit que les musulmans se sentent :
 

         - Humiliés,

         - Soumis à l’hégémonie de l’Occident,
- Victimes d’injustices,
- En proie au séculaire « complot judéo-chrétien ».
 
Ils nourrissent, dit-il, une « psychologie victimaire et revendicative ».Ils conservent  en eux une forte envie de prendre leur revanche sur l’Occident. En effet, ils considèrent, et la plupart des historiens leur accordent  cette vision  de leur glorieux passé, que leur civilisation a été très supérieure à la nôtre aux IX, X, XIème  siècles, notamment en Andalousie. Puis leur civilisation a décliné et, à partir du XVIème siècle, c’est la civilisation occidentale qui est devenue la plus puissante, se montrant dominatrice et conquérante grâce à ses avancées extraordinaires au plan technique, En sorte que les musulmans s’en trouvent très profondément humiliés. Ils attendent désespérément l’heure où, à nouveau, leur civilisation pourra retrouver son éclat et sa gloire. Mais ils ne voient pas comment cela pourra se faire : d’où beaucoup d’amertume, en fond de tableau.
 
II- L’appartenance à deux civilisations distinctes
 
Le concept de civilisation est tout à fait fondamental pour appréhender correctement les problèmes que nous avons à présent à résoudre dans nos sociétés avec le développement dans les pays de notre  vieille Europe d’importantes communautés musulmanes.
 
Il faut profondément se pénétrer de ce que l’on entend par « civilisation », et bien comprendre qu’à l’intérieur de chaque civilisation  il y a différentes cultures. Malheureusement, les termes de « civilisation » et de « culture » sont, même chez bon nombre de spécialistes,  très souvent confondus. Et en allemand, le terme de civilisation n’existe pas : on parle de « culture ».
 
a-Définition
 
 La définition la plus complète que nous ayons pu trouver dans les travaux des anthropologues est la suivante : « C’est l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société. Cela englobe, en outre, les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeur, les traditions, et les croyances » (Rodolpho Stavenhagen, UNESCO). Dans cette définition, chaque mot compte.
 
Il est impératif que toute personne s’intéressant au problème de l’intégration dans nos sociétés des immigrés issus d’une autre civilisation que la nôtre  qui viennent s’installer aujourd’hui dans les pays européens saisisse pleinement la signification du concept de « civilisation ». La définition de Rodolph Stavenhagen doit les y aider.
 
Il faut comprendre que les civilisations ont un « corps » et un « esprit » : le corps ce sont les manifestations extérieures aisément appréhendables (les réalisations architecturales, la musique, les spécialités gastronomiques, la manière de se vêtir,  …), et l’esprit ce sont les façons de penser, la vision du monde, les valeurs, la manière dont on conçoit le vivre ensemble, etc… Chaque civilisation a sa propre identité, chaque civilisation a sa propre compréhension du monde
 
Les profondes différences existant entre les deux civilisations.
 
Le philosophe Jean François Mattei nous dit : « Chaque civilisation a une façon particulière de cultiver son âme ». Ce penseur a su identifier  mieux que quiconque les caractéristiques profondes de la civilisation occidentale. Il explique[1] que dans la civilisation occidentale l’homme se caractérise par :
 
-         un regard dirigé vers le lointain ;
-         le culte de l’abstraction
-         l’éloge de l’infini
-          
Dans la civilisation musulmane, on ne retrouve nullement ces mêmes fondamentaux. Le philosophe Hani Ramadan, par exemple, nous dit[2] que dans la civilisation musulmane « L’homme baisse les yeux sur un texte révélé ».
 
Ces différences, entre les deux civilisations, sont fondamentales. Malheureusement trop peu de travaux existent pour appréhender correctement, à ce niveau de profondeur, les différences existant entre les deux civilisations. Parvenir à identifier avec cette précision exceptionnelle les caractéristiques profondes qui sont les fondements de chacune des deux civilisations est une tâche, en effet, d’une difficulté extraordinaire. Trop peu de sociologues s’y sont adonnés et les travaux manquent sur des analyses aussi fines. Moyennant quoi trop d’hommes politiques développent devant les foules des propos fallacieux et en arrivent à des conclusions erronées. On peut lire ainsi, journellement bien des absurdités sous la plume des observateurs  de notre vie politiques ou de journalistes ayant peu de culture, comme par exemple, l’affirmation simpliste que tous ces nouveaux arrivants finiront bien un jour par s’intégrer comme ont su le faire dans les passé tous les précédents immigrants, Polonais,  Espagnols, Italiens, Portugais….On passe tout simplement sur le fait que tous ces immigrants appartenaient à la même civilisation que la nôtre, ce qui n’est pas le cas des immigrants actuels.
 
Il faut prendre conscience, par ailleurs, que les musulmans portent, en leur for intérieur, un jugement sévère sur la civilisation occidentale. Ils la trouvent arrogante, sans Dieu, et tout à fait immorale (débauche sexuelle, marchandisation du corps de la femme, homosexualité, drogue, alcoolisme….). C’est une civilisation de l’objet. Le docteur Othman Altwaijri, directeur de l’ISESCO, un organisme sensiblement équivalent de l’UNESCO pour le monde arabe, nous dit : « La civilisation occidentale est matérialiste. Elle se montre incapable de  déceler dans le monde créé par Dieu l’omnipotence divine. Ce faisant, elle le déstabilise et finit par en rompre l’équilibre ». Et dans un autre document de l’ISESCO, on peut lire, toujours sous la plume de son directeur, ce pronostic : «  La civilisation islamique est une civilisation équilibrée : elle a su établir un équilibre entre le spirituel et le matériel. Elle sera sans l’ombre d’un doute la civilisation de demain ».
 
Il s’agit donc de bien comprendre que ces deux civilisations sont dans leur tréfonds profondément différentes, et les musulmans savent bien, d’ailleurs, qu’Allah leur a dit qu’ils sont  la meilleure des communautés que Dieu ait jamais créée.
 
Ce que la science ne nous dit pas, c’est comment ces caractéristiques culturelles se transmettent de génération en génération : on peut s’interroger longuement à ce sujet sur les problèmes de l’acquis et de l’inné, chez l’homme, dans les phénomènes de transmission de ces caractéristiques culturelles d’une génération à la suivante. Est ce que des musulmans nés en Europe de parents immigrés conserveront indéfiniment les caractéristiques de leur milieu d’origine ?  Cela serait important à savoir. Mais même si cette transmission ne se fait pas il reste à affronter le problème, pour tous ces individus, de leur véritable « identité ».  Il s’agit là du problème capital qui est au cœur des difficultés à surmonter pour tous ces nouveaux arrivants ainsi que pour leurs descendants.
 
 
III- Le problème crucial de l’identité. pour les individus
 
Les individus ont un besoin fondamental : celui de la reconnaissance de leur dignité et de leur identité. Platon, déjà, avait bien perçu cette exigence en nommant ce besoin vital : le « thymos ».
 
Ainsi Samuel Huntington, dans son ouvrage sur les civilisations, nous dit : « Les peuples et les nations s’efforcent de répondre à la question fondamentale entre toutes pour les humains : qui sommes-nous ? Ils y répondent en se référant à ce qui compte le plus pour eux : lignage, religion, langue, histoire….Ils s’identifient à des groupes culturels et, au niveau le plus élevé, à une « civilisation ».
 
Il faut bien comprendre que « identité » implique « mémoire » : un individu qui perd soudain la mémoire devient incapable de décliner son identité : « Qui êtes-vous ?… Réponse : « Je ne sais pas » !
 
André Comte Sponville nous dit[i] : « Pas  de civilisation sans transmission ».
 
On doit donc s’interroger sur l’identité que vont se construire, non pas tant les premiers arrivants musulmans venus dans les années ’50 travailler en France, mais leurs descendants de première ou seconde génération ? De quelle identité ces personnes vont-elles se doter ? Cette question est fondamentale, car « aller à la quête de son identité  culturelle c’est aller à la quête de soi » nous disent les sociologues. L’identité que se construit un individu repose autant sur des imaginaires collectifs que sur des faits réels.
 
Tout le problème de l’intégration, sinon de l’assimilation, de toutes ces personnes relevant de la civilisation musulmane,  qui appartiennent en fait à ce que l’islam dénomme la « oumma », qui naissent et vivent dans nos sociétés en Europe repose sur l’identité qu’elles vont se construire. Si l’on admet que le concept d’identité a pour corolaire « mémoire », tout musulman va se construire une identité fondée sur les éléments mémoriels que nous avons rappelés plus haut ; et il ne faut pas oublier que les musulmans sont des individus qui ont le sens de l’honneur. Une personne d’origine musulmane revendiquera donc son appartenance au monde islamique, avec tout ce que cela signifie. Ceci, indépendamment de toute attache à la  religion musulmane. Que ces personnes soient croyantes ou pas. On peut comprendre qu’un musulman ne puisse pas soudain changer d’identité : il veut mettre un point d’honneur à rester fidèle aux siens.
 
Ainsi donc, des jeunes des « quartiers difficiles » qui se trouvent  professionnellement rejetés (exclus, disent-ils) car incapables de s’intégrer dans notre  société trouveront inévitablement dans l’islam  ce que l’on peut appeler une «  identité refuge ». Alors, prendre les armes pour jouer un rôle qui les honore en combattant le monde occidental et en s’attaquant à ses représentants  donnera enfin un  sens à leur vie.
 
IV- Quid de l’Europe à l’horizon 2050 ?
 
L’Europe décline fortement sur le plan démographique et les populations des différents pays vieillissent beaucoup. Aussi les autorités de Bruxelles demeurent elles convaincues que les pays de l’UE ont besoin de rester ouverts aux flux migratoires.
 
Les démographes de l’ONU ont procédé à des évaluations chiffrées dans un rapport qu’ils ont intitulé : « Migrations de remplacement : une solution aux populations en déclin et vieillissantes ».Les chiffres qui ’ils ont obtenus sont ahurissants, et tellement élevés qu’ils paraissent irréalistes.
 
Retenons, néanmoins, sans même adopter les résultats de ces prévisions, qu’il ne serait pas impossible qu’à l’horizon 2050 l’Europe puisse se trouver peuplée à 30 ou 40 % de populations relevant, en fait, de la civilisation musulmane. En entendant par là des populations constituées de personnes revendiquant leur identité musulmane.


 
Quelles vont en être les conséquences ?
 
Différents auteurs ont présenté dans leurs ouvrages ce que l’on peut appeler des « scénarios catastrophe » : une guerre civile entre musulmans et Européens dits « de souche », un scénario des «tâches d’huile » dans lequel des communautés musulmanes imposeraient petit à petit que ce soit la charia qui se substitue à nos régimes démocratiques, un scenario de guerre mondiale où la Chine  soutiendrait le monde musulman dans ses luttes contre les Occidentaux, etc….
 
Nous pensons qu’aucun de ces scenarios n’est réellement plausible.
 
Il faut donc s’en tenir au scenario le plus réaliste : le scenario tendanciel.
 
Les communautés musulmanes, constituées essentiellement de personnes possédant la citoyenneté des pays où elles sont installées, conserveraient leur identité musulmane, comme d’ailleurs les y autorise la Convention européenne des droits de l’homme. Il faut rappeler à cette occasion que le Conseil de l’Europe à Strasbourg émet régulièrement à l’attention des gouvernements européens des recommandations dans lesquelles il est dit que les musulmans sont chez eux en Europe. Et cet organisme demande aux pays membres de prendre toutes les dispositions voulues pour que tous ces nouveaux arrivants se sentent à l’aise dans leur pays d’adoption. En sorte qu’il est interdit aux gouvernements membres de mener des politiques qui feraient obstacle à ce que ces populations immigrés conservent leur culture. Du fait de notre appartenance à cet organisme toute politique d’assimilation nous est donc interdite.
 
Pour bien saisir donc ce qui va se produire dans le scenario tendanciel, qui est le scenario le plus probable, il faut s’en référer à  Claude Levi Strauss qui dans son ouvrage « race et histoire » nous dit à propos de deux civilisations qui se trouvent en concurrence sur un même territoire :
 
« On aperçoit mal comment une civilisation pourrait profiter du style de vie d’une autre, à moins de renoncer à être elle-même ».
 
 Deux possibilités existent :
 
-soit une désorganisation et un effondrement d’un groupe ;
-soit une synthèse originale qui, alors, consiste en l’émergence d’un troisième pattern, lequel devient irréductible par rapport aux deux autres. »
        
Cela signifie qu’il va émerger, dans la second partie de ce siècle, en Europe, une nouvelle civilisation, une civilisation nous dit Claude Levi Strauss qui sera « irréductible par rapport aux deux autres ».Il s’agit d’une transformation lente qui s’opère sous nos yeux sans que nous nous en rendions réellement compte. L’hypothèse de l’absorption des communautés musulmanes européennes par la civilisation occidentale est à exclure, de même que l’hypothèse contraire, celle de la disparition totale sur notre continent de la civilisation occidentale vieille de 2.000 ans au profit de la civilisation musulmane.
 
Des philosophes musulmans européens nous disent, d’ailleurs, très ouvertement que l’on va vers une nouvelle civilisation,  mais personne ne semble les avoir entendus jusqu’ici. C’est le cas de Tariq Ramadan, par exemple, qui, dans un de ses ouvrages, nous dit: « Cette nouvelle civilisation marquera le passage de la simple intégration de l’islam dans une société où il a trouvé sa place au stade de la contribution à son enrichissement ». De la même manière, le brillant philosophe musulman Abdenour Bidar, qui enseigne la philosophie à Nice, annonce : « Nous inventons un monde nouveau qui n’est ni l’Orient ni l’Occident, mais le produit de leur synthèse et de leur dépassement ».
 
Il s’agit de transformations silencieuses, d’évolutions lentes qui s’opèrent d’une manière insidieuse.  Francois Julien nous met en garde, disant : « D’où vient que ce qui se produit inlassablement sous nos yeux, et qui est le plus effectif, est patent mais ne se voit pas ? ».
 
Il va donc s’agir d’une mutation de notre propre civilisation, en Europe.
 
Aussi, ce très grand historien des civilisations du siècle dernier que fut Arnold Toynbee nous dit, en conclusion de son célèbre ouvrage «  A study of history » : « Les civilisations ne sont pas assassinées, elles se suicident ».
 
C’est bien ce qui est en train de se produire, sous nos yeux, actuellement, sans que cela semble aucunement devoir préoccuper nos dirigeants. Ceux-ci s’en tiennent à des analyses superficielles, se faisant les proclamateurs de contrevérités grossières. Tel fut le cas, par exemple, de notre président qui, dans le pompeux discours qu’il s’empressa d’aller prononcer à l’Institut du monde arabe peu après les évènements du 7 janvier dernier proclama avec la plus grande assurance : « l’islam est compatible avec la démocratie ».
 
 Rappelons, pour conclure, ce sage  avertissement aux princes que formula en son temps le philosophe italien Jean Baptiste Vico, qui leur dit : « Une société décline et court à sa perte lorsque ses dirigeants font passer pour des vérités des assertions qui sont fausses ».
                                     

 


[1] Jean François Mattei : « Le regard vide »
[2] Dans « l’islam et la dérive de l’Occident »)

 


  (Mis en ligne le vendredi 13 Février 2015)
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