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Collège : l'enseignement de l'islam favorisé par rapport à celui de la religion chrétienne

Référence de l'article : MC4591
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écrit par Eric VERHAEGHE,(15 mai 2015)

Le collège et ses nouveaux programmes continuent à être au centre d’une polémique très symptomatique de la place tenue par l’école dans la société française aujourd’hui. L’enseignement de l’Islam constitue un important facteur de blocage dans l’opinion publique. Au-delà des explications embrouillées et passablement fausses de l’Education Nationale, une vraie question se pose: pourquoi ne pas instaurer un cours d’histoire religieuse en bonne et due forme au collège?

Quelques désinformations officielles

Pour désamorcer la polémique sur l’enseignement de l’Islam, le ministère de l’Education Nationale a avancé quelques arguments qui ne paraissent pas très sérieux, répercutés notamment sur le site du Huffington Post.

Premier argument:



Oh! le vilain argument sous la ceinture ! En réalité, le programme de l’année de 6è prévoit ceci (vous pouvez cliquer sur le texte ci-dessous pour le lire plus confortablement):


 
 
Les débuts du christianisme, comme les débuts du judaïsme, font donc bien l’objet d’un thème parmi d’autres. Mais on remarquera que l’enseignement porte sur « les débuts » et est présenté avec les réserves méthodologiques suivantes:




Le ton est donné: les débuts du christianisme doivent servir à démonter les « croyances » et les « mythes polythéistes » au profit des faits historiques. Bien entendu, il faut ancrer les « faits religieux » dans « leurs contextes » et ne surtout pas les étudier par eux-mêmes.

Sur l’enseignement en 5è (qui s’ouvre sur l’Islam), le programme affirme en revanche:



On comprend bien que l’enseignement de « l’Islam : débuts, expansion, sociétés et cultures » vise ici plutôt à interroger le rapport des Européens avec le monde musulman et met curieusement beaucoup moins l’accent sur les « croyances » et les « mythes » replacés dans « leurs contextes ».

Comparer un enseignement à charge en 6è (en fin d’année, si on a le temps) avec un thème beaucoup plus neutre en 5è et positionné en tête de gondole n’est pas exactement la même chose, on en conviendra. S’il n’est pas correct de parler de « privilège » accordé à l’Islam, on se demande pourquoi le programme ne comporte pas beaucoup plus simplement un thème appelé « le début des religions monothéistes » où les prescriptions officielles mettraient tout le monde sur le même plan.

Second argument:



On se demande ici qui est l’idéologue et le politicien...

D’abord, l’argument est mensonger: le programme permet en effet de ne jamais aborder la question chrétienne au sens propre durant l’année scolaire. Les seuls autres thèmes obligatoires seront: la construction du Royaume de France et l’affirmation du pouvoir royal (Xe‐XVe siècles) et l’émergence du roi absolu. Soutenir que, à cette occasion, les enseignants seront forcés d’évoquer le christianisme est évidemment une imposture. L’enseignant évoquera peut-être le rôle politique de l’Eglise, mais confondre le christianisme et la question de l’Eglise en France dans un monde césaro-papiste est un raccourci curieux.

C’est ici que l’argumentation est malhonnête: l’enjeu du programme est de réduire le christianisme à une idéologie politique et de l’enseigner en tant que tel. Personnellement, je peux l’imaginer, mais alors ne reprochons à ceux qui dénoncent la manoeuvre d’être des idéologues et des politiciens.

Mais pourquoi ne pas enseigner l’histoire religieuse en tant que telle?

Tout ceci pose une question simple: pourquoi ne pas choisir de percer l’abcès de l’enseignement religieux, et tout au moins de l’histoire religieuse au collège? Il serait beaucoup plus simple et beaucoup plus équitable (et beaucoup moins polémique) d’accorder une place comparable au fait religieux en 6è ou en 5è. En imaginant que les programmes ne sont pas guidés par l’intention malicieuse de discréditer le christianisme et de « soigner » l’Islam (de façon très aléatoire d’ailleurs), la façon la plus simple de régler le problème resterait de réserver un trimestre à l’apprentissage de l’histoire religieuse.

Pour y parvenir, il faudrait lever le tabou qui bloque la communauté éducative aujourd’hui: celui d’une vision étroite de la laïcité qui oblige à stigmatiser tout discours sur le christianisme au sein de l’école républicaine. Tant que ce blocage existera, l’école peinera à intégrer de façon satisfaisante l’enseignement des autres histoires religieuses que la nôtre.

Pour parvenir à cette fin, la meilleure solution serait de sortir l’enseignement de l’histoire (ou tout au moins ses grands principes et ses objectifs) du huis clos pédagogiste pour en faire une question de la Nation tout entière.

Cet article est également disponible sur le Site de l’Auteur:
http://www.eric-verhaeghe.fr/college-faut-il-enseigner-lhistoire-religieuse/
 

 (Mis en ligne le vendredi 15 Mai 2015)
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