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Aix-en-Provence : voici la belle Histoire du magnifique cours Mirabeau

Référence de l'article : MC6503
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écrit par Anthony SALOMONE,(2 Décembre 2017)

(Hôtel Maurel de Pontevès (construit de 1647 à 1650), le plus ancien du cours Mirabeau)

Aix-en-Provence possède l’une des plus belles voies de Provence avec son cours Mirabeau. Orienté d’ouest en est et long de 440 mètres, il est le lieu de promenade privilégié des Aixois et des visiteurs. Il suffit d’observer les statuts et fontaines qui le jalonnent pour comprendre un tel engouement. Au XVIIe siècle, la ville s’agrandit sous l’impulsion de l’archevêque Mazarin (1605-1648) et de propriétaires bourgeois qui réclament une promenade pour carrosses et piétons.

Le 1er décembre 1649, le parlement de Provence décide « qu’en lieu et place où étaient auparavant le rempart du midi, le fossé et ses lices, il serait fait un cours ». Une quinzaine d’années est nécessaire pour que le chantier soit achevé. À sa création, il est baptisé « le Cours », avant de devenir le cours Mirabeau en 1876, en l’honneur de Gabriel Riqueti de Mirabeau, élu représentant d’Aix au Tiers-État en 1789.

Les artisans en étaient exclus

Le cours est réservé à la noblesse qui ne se mêle ni à la bourgeoisie, ni aux marchands. Les « basses couches sociales » n’y sont pas tolérées, comme le souligne une délibération du conseil de la ville en 1748 : seuls les cafés peuvent s’y établir, mais aucun artisan. Les plus grandes familles de l’aristocratie ont construit d’élégantes résidences montrant de manière ostentatoire leur réussite. Parmi les plus remarquables, on peut citer, au numéro 20, l’hôtel Forbin qui est l’un des plus vastes et plus anciens hôtels d’Aix. Son architecture est symétrique et élégante.

En mars 1701, depuis l’un de ses balcons, les ducs de Bourgogne et de Berry assistent à un combat d’oranges donné en leur honneur. Deux équipes de 150 hommes, les rouges et les bleus, s’affrontent violemment, en lançant chacune une centaine d’oranges avec leurs frondes. Le plus monumental des bâtiments reste l’hôtel de Maurel-Pontevès, érigé entre 1647 et 1650 par Pierre Maurel, riche marchand. Situé au numéro 38, il surprend par ses fameux et imposants atlantes barbus du sculpteur Jacques Fossé, qui a également réalisé d’autres œuvres dans la ville. Les colosses de pierre portent un balcon, symbole de l’art baroque aixois.

Au XVIIe siècle, le cours est en terre battue et la pluie le rend boueux, alors que la chaleur du soleil le rend poussiéreux. Le long des hôtels sont aménagés des calades, rues en pentes pavées, pour que les nobles puissent garder les pieds au propre. Mais la propreté n’est pas véritablement maîtrisée à cette époque et un proverbe local le rappelle : « À Aix, quand il pleut, il pleut de la merde ». Des lieux de défécation sont installés sur les toits et, lors des fortes pluies d’automne, les matières débordent et tombent sur le cours…

Une fontaine d’eau chaude

Le cours Mirabeau est également connu pour ses quatre fontaines, à commencer par celle de la Rotonde à l’extrémité ouest. En 1860, cette fontaine monumentale haute de 12 mètres, est érigée par l’ingénieur Théophile de Tournadre, à la place de la fontaine des Chevaux-marins. Elle est ornée par trois statues qui symbolisent les activités principales de la ville : Justice, Agriculture et Beaux-Arts.

Plus à l’est, en 1691, la fontaine des Neufs Canons remplace un abreuvoir où se désaltéraient les troupeaux en transhumance. En remontant le cours, on tombe sur la première fontaine qui y fut construite avec une eau chaude à 18°c, provenant directement des thermes romains dans la partie haute du cours Sextius. Elle est dite « moussue », à cause de la mousse qui la recouvre.

Le cours Mirabeau se ferme à l’est avec la fontaine du roi René. La statue qui l’orne est une œuvre du célèbre sculpteur David d’Angers exécutée en 1819. Le bon roi René, mort à Aix en 1480, est représenté en protecteur des arts et lettres avec à ses pieds des livres. Il porte la couronne des Comtes de Provence, ainsi que le sceptre et le raisin muscat qu’il introduisit en Provence. Les Aixois ne réservent pas un bel accueil à cette statue, qu’ils estiment peu ressemblante au roi René, et ils ne payent pas le supplément d’honoraires au sculpteur.

Les eaux de la cité provençale sont glorifiées par les médecins de l’Ancien Régime qui en font les louanges, comme l’Aixois Honoré-Maria Lauthier en 1705 : elles soignent les virus, les douleurs de la rate et des entrailles. Elles empêchent également la stérilité. Le 12 mars 1913, Raymond Poincaré, président de la République, signe un décret reconnaissant le caractère thermal de la ville d’Aix.

À l’orée du XXe siècle, le cours Mirabeau est ouvert à toute la population qui aime s’y faire voir, en profitant des cafés à la mode et des commerces. Aix n’est située qu’à une heure de Toulon et deux heures de Nice. La période des fêtes de fin d’année est l’occasion d’y découvrir les santons, artisans et producteurs de Provence du marché de Noël, du mercredi 22 novembre au dimanche 31 décembre, de 10 h à 20 h.

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(Article publié à l'origine dans le supplément Histoire de Var Matin/ Nice Matin, daté du 26 Novembre, et reproduit avec l'autorisation de la rédaction)

(Mis en ligne le 2 Décembre 2017)

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