Se connecterS'abonner en ligne

7 mai 1917 : après le carnage d'avril, les mutineries continuent...

Référence de l'article : MC6087
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Henri SAINT-AMAND,Consultant,(7 mai 2017)

En ce lundi 7 mai 1917, 1008e jour de guerre, les Italiens mènent une offensive sur le front de l’Isonzo, entre Tolmino et la mer. Les généraux Cadorna et Capello espèrent pouvoir enfin forcer les lignes défensives autrichiennes.

Sur le front français, le général Nivelle demande à ses troupes de poursuivre les attaques qu’il a décidées le 4 et 5 mai sur le Chemin des Dames. Après l’échec de l’offensive du mois précédent, il entend toujours enfoncer le front allemand et percer la fameuse ligne Hindenburg. En ce 7 mai, les journaux relatent avec enthousiasme cette offensive. Le Figaro annonce « la poussée vers la plaine de Laon », soulignant combien « les beaux succès des 4 et 5 mai ont porté nos troupes vers cette crête du plateau où l’on voit se pencher 1814 sur les balcons de Craonne ». Le journal fait ici allusion à la bataille de Craonne du 7 mars 1814 qui a vu Napoléon défaire les armées russe et prussienne du général von Blücher.

Néanmoins, l’envers du décor est un peu moins enthousiaste. En effet, les mutineries qui ont débuté à la fin du mois d’avril 1917, après l’offensive du 17 avril, commencent à gagner du terrain pour atteindre leur paroxysme en juin.

Elles gagnent toutes les armées le long du front pendant huit semaines et touchent 68 divisions sur les 110 qui composent l’armée française !

Elles se traduisent avant tout par le refus collectif de plusieurs régiments de monter en ligne. Elles s’accompagnent également de manifestations, notamment dans les gares et trains de permissionnaires, où les soldats crient des slogans : « À bas la guerre ! »« Paix ou révolution ». Certains vont même jusqu’à chanter « L’Internationale ». Le fait que Nivelle « décrète » lui-même la suspension de l’offensive dès le 8 mai 1917 n’y change rien.

Certains y voient l’influence de deux brigades russes venues sur le front en 1916, et aussi de la révolution russe de février qui provoque l’abdication de Nicolas II. Mais c’est surtout une multitude de facteurs qui incitent les soldats à se révolter : le froid, la boue, les bombardements incessants, les rats, les permissions trop rares, la puanteur des cadavres… Et aussi le sentiment d’être de la chair à canon car les deux offensives Nivelle d’avril et mai ont saigné l’armée française. En trois semaines environ, ce sont plus de 250.000 soldats qui sont tués, blessés ou qui disparaissent dans l’Aisne, en Picardie et en Artois : l’équivalent de 16 divisions !

Quoi qu’il en soit, la justice militaire fait son œuvre vis-à-vis des mutins : 3.427 d’entre eux sont jugés coupables, 554 sont condamnés à mort. Une trentaine de mutins sont fusillés. Mais le nombre de fusillés pour l’exemple reste relativement faible, rapporté au nombre de fusillés des derniers mois de 1914 (près de 200) ou de l’année 1915 (environ 260).

Ce même 7 mai, dans un autre registre, Le Petit Journal apprend à ses lecteurs que, compte tenu des restrictions et des efforts de guerre à fournir, les journaux ne seront désormais publiés que sur deux pages, quatre fois par semaine : les lundis, mardis, jeudis et samedis. C’est vraiment la guerre sur tous les fronts… Il reste plus de 560 jours à tenir avant l’armistice.

____________________________________________________________________________
Article reproduit en licence CC BY NC SA avec l'autorisation de l'éditeur :
http://www.bvoltaire.fr/7-mai-1917-entre-offensive-mutineries/ 
 
(Mis en ligne le 7 Mai 2017)

Articles similaires
Statue du général de Gaulle renversée : surtout,...Il y a 100 ans : le défilé du 14 juillet 1919Evolution VISUELLE de la France de Clovis à...Jean-Paul Brighelli : « En 2019, le bac ne...Il y a un siècle, le 28 juin 1919, le traité de...L’islamisme dans les services publics : une...22 Juin 1944 : opération Bagration, l'Armée...Le glissement des démocraties vers le...Appel à la « normalité » : le grand imam de...10 juin 1944 : massacre d’Oradour-sur-Glane, 642...Commémorations : trop de marchands du temple,...Faut-il supprimer l'ENA et les grands corps...Michel Serres : adishatz !Prière islamique aux Invalides : la destruction...Commentaires sur le livre "Délinquance et...Sibeth Ndiaye : matinée pyjama à l’Élysée, ou...Marlène Schiappa à Nick Conrad : "Va, je ne...Les deux France : celle du sacrifice… et celle du...Foulards autorisés, jupettes interdites : le...Léonard de Vinci, l'un des derniers...10 avril : l’Equateur reçoit 10,2 milliards$. 11...Alain Finkielkraut indésirable à Sciences Po :...Evolution de la consommation sur 50 ans : de...L’exploit de Macron : 5 minutes de discours...Les guerres du Sahel, des origines à nos joursDeux poids, deux mesures (suite) : Marlène...Armée et maintien de l’ordre : petit rappel...Le très subtil Erdoğan à l'Australie : «...Tous les débats sont minés par un poison...La reine Rania de Jordanie ne porte pas le voile,...Yvette Roudy, féministe « historique », est...Non, profaner une tombe de croisé n’est pas «...Pays avancés = déclin des heures travailléesRetour en France des djihadistes : il faut...Théroigne de Méricourt, une révolutionnaire...Elysée : départ de Sylvain Fort, aïe, c’était un...Une nouvelle biographie d’Edgar Allan Poe, par...Pacte de Marrakech : l’annonce officielle d’un...Une nouvelle rampe découverte en Egypte relance...Attention, danger : l'UE va sous-traiter la...Des vedettes du show biz traitent les...Mystère : pourquoi l'Elysée a-t-il voulu...Manu, Bibi, Doudou et le Bololo28 Juin 1914 : quelques faits historiques peu...Nuit du 10 au 11 novembre 1918 : derniers faits...Flambée du populisme également parmi les Pays...Il FAUT que toutes les cloches de France sonnent...Algérie : marteau contre seins nusFortes menaces sur l'X, ou la...Erevan : Macron fait nommer une anglophone à la...« Comme l’Empire romain, notre pays n’a plus...Le mystère des 3 livres empoisonnés à...