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Italie : si le budget est un succès, Bruxelles devra aller à Canossa

Référence de l'article : MPI7154
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (27 octobre 2018)

Qui y-a-t-il dans le budget italien qui fasse autant frémir Bruxelles et les marchés ? Il y a d’abord une grande rupture. En bons élèves de la zone euro, les prédécesseurs du Mouvement 5 Etoiles et de la Ligua prévoyaient le maintien de l’excédent primaire (c’est-à-dire du solde budgétaire hors intérêt) à un niveau très élevé et



s’étaient engagés à ramener le déficit public à 0,8% du PIB en 2018 avec comme cible l’équilibre, ou presque, en 2020 afin d’entamer de façon décisive le désendettement du pays. Avec la nouvelle coalition au pouvoir, l’Italie tourne définitivement le dos à l’austérité et se lance dans un vaste plan de relance keynésien, dont les ménages seront les premiers bénéficiaires.



Tout d’abord, c’est la stérilisation des hausses prévues de TVA, pour un coût estimé de 12,5 milliards d’euros. Ce n’est pas à proprement dit du pouvoir d’achat donné en plus aux Italiens, mais c’est autant qui ne leur sera pas pris. C’est ensuite, l’instauration du « revenu de citoyenneté ». Il consiste à donner un revenu ou un complément de revenu pour que chaque personne résidant depuis plus de 10 ans en Italie dispose d’au moins 780 euros par mois pour vivre. Coût estimé 9 milliards d’euros. C’est enfin une réforme des retraites à contre-sens de ce qui se fait en Europe avec l’abaissement de l’âge de départ. C’est le principe du « quota 100 », un système simple qui ouvre le droit à la retraite lorsque la somme de l’âge et des années de cotisation est égale à 100, à partir de 62 ans, donc avec 38 années de cotisations. A 63 ans, avec 37 années de cotisations ainsi de suite. Le coût de cette mesure est estimé à 7 milliards d’euros en 2019. Toutes ces prises de décisions sont à analyser à l’aune,

  • de l’évolution du taux de pauvreté et d’exclusion sociale en Italie, qui a considérablement augmenté depuis 2008 et qui est de 7 points supérieurs environ à la moyenne de la zone euro. 


  • de la faiblesse de la consommation par habitant au regard du reste de la zone euro et dont le niveau en 2017 est nettement inférieur à celui d’avant crise.



Deuxième volet, la relance de l’investissement public pour 3,5 milliards d’euros en 3 ans. Là aussi, il faut prendre du recul. Alors que l’investissement public représentait 3,4% du PIB en 2009, il est désormais inférieur à 2% et c’est un effort structurellement inférieur à celui de la zone euro.

L’axe du troisième volet tourne plutôt autour de l’offre avec pêle-mêle des allègements fiscaux sur les bénéfices réinvestis en R&D ou équipement permettant de garantir des embauches stables, c’est aussi l’instauration d’une flat tax pour les travailleurs indépendants (y compris microentreprises).



C’est un peu léger face à l’ampleur des problèmes de productivité en Italie dont la courbe est plate depuis plus de 15 ans maintenant.



Le coût total de ce budget a été estimé par l’Observatoire des finances italien entre 108 et 126 milliards d’euros sur 5 ans, soit de 6 à 7 points de PIB. Un budget ambitieux financé en partie par emprunt, c’est à dire en laissant filer le déficit public qui, selon la feuille de route du gouvernement, atteindrait 2,4% du PIB en 2019 pour revenir à 1,8% en 2021.

Mais tout l’enjeu réside dans la capacité de l’économie italienne à créer de la croissance et de l’emploi et donc à autofinancer ce déficit au fil du temps. Le gouvernement italien, c’est normal, y croit avec une croissance du PIB prévue de 1,5% environ sur les trois prochaines années, soit une croissance relevée de 0,5 point environ par rapport aux années précédentes avec un multiplicateur qui serait de l’ordre de 1. Pas certain, mais pas impossible. Quoi qu’il en soit, le projet de budget sera très vite confronté aux jugements des agences de notation (Moody’s a déjà abaissé sa note) et des marchés.



Une envolée des taux serait bien évident fatale et menacerait la soutenabilité de la dette publique à moyen terme dans un pays où le taux d’endettement public dépasse 130% du PIB. Mais si le gouvernement italien parvient à mener à bien ses réformes sans crises financières, cela serait un sacré pied de nez aux politiques de rigueurs prônées par Bruxelles et montrerait une bonne fois pour toute que la rigueur, ça marche quand cela s’arrête. Ce n’est pas impossible. Le Portugal le montre depuis deux ans. Il sera alors temps de se demander pourquoi l’Europe refuse les politiques qui marchent.

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Cet article est également disponible sous format Video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Le-bras-d-honneur-de-l-Italie-a-Bruxelles_3746433.html
 
(Mis en ligne le 27 Octobre 2018)

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