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Chine : il serait difficile de se passer d'un Hong Kong quasi "libre"

Référence de l'article : MPH7647
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (30 Juin 2019)

Hong Kong est une pièce incontournable du puzzle économique et financier de la Chine. La géographie est une dimension à prendre en compte.



Intégrée au territoire chinois, Hong Kong se situe à l’embouchure de la rivière des Perles, au sud-est du pays. Sa situation géographique exceptionnelle et son histoire en a fait la porte d’ouverture naturelle de la Chine vers le Monde. Un pion essentiel dans la stratégie mercantiliste de l’Empire du milieu après son adhésion à l’OMC en décembre 2001, car les ports continentaux étaient alors sous-développés. Ce rôle de plaque tournante de Hong Kong,



se lit parfaitement à travers l’évolution de ses échanges commerciaux avec la Chine continentale, des échanges multipliés par près de 4 entre 2001 et 2018, avec néanmoins une cassure très nette du rythme de progression depuis 2013, la croissance passant de 11,6% l’an sur la première partie de la période à 0,3% seulement sur la seconde.
Entre Shanghai sur la côte centrale qui tire profit de son statut de zone de libre-échange, Shenzhen et Canton qui ont bénéficié d’énormes investissements publics,



Hong Kong a glissé entre 2004 et de 2018 de la 1ère à la 7ème place mondiale des plus grands ports à conteneurs et se retrouve distancé par 4 autres sites chinois. C’est une évolution majeure, maintenant que toutes les portes sont ouvertes, Hong Kong perd un peu de sa spécificité et le trafic annuel qui y est traité représente moins de la moitié de celui du port de Shanghai reléguant l’ancienne colonie britannique en 2ème division. C’est incontestablement une perte d’influence régionale sur ce créneau particulier du commerce international, mais assurément pas la fin de l’histoire.

Le gouvernement de Hong Kong participe en effet au projet de la Grande Baie qui vise à approfondir l’intégration de la région du delta de la rivière des perles et qui s’inscrit dans la continuité des investissements directs massifs réalisés par Hong Kong dans le sud de la Chine où elle a délocalisé la quasi-totalité de son industrie, bien avant la rétrocession de 1997.



Sur le papier, il s’agit de rapprocher les 9 principales villes de bassin de ce delta (dont Canton, Shenzhen et Dongguan) et d’y inclure les deux régions administratives spéciales que sont Hong Kong et Macao.  L’ensemble regroupe déjà 70 millions de personnes, dont 7 millions de Hongkongais, et c’est, selon la Banque mondiale, la plus vaste zone urbaine de la planète.

Mais pour parvenir à concurrencer la baie de Tokyo, de San Francisco ou de New York, encore faut-il attirer les financiers, les chercheurs, les entreprises, leurs cadres dirigeants. Hong Kong est dès lors incontournable. Grâce à sa monnaie, indexée sur le dollar, totalement convertible et



grâce à
2/ son statut de région administrative spéciale, qui lui permet de conserver l’autonomie de son système juridique basé sur lacommon law britannique, qui garantit un Etat de droit sans égal de l’autre côté de la frontière chinoise. Mais c’est aussi un système fiscal très avantageux, aucune TVA, aucune taxation sur les plus-values, dividendes ou intérêt, un impôt sur le revenu modéré qui est plafonné à 15% du revenu brut et à 16,5% pour les bénéfices des sociétés.
 
C’est enfin, un système financier, exceptionnel avec un secret bancaire respecté. En se positionnant, centre de financement offshore de la Chine continentale, Hong Kong s’est de fait rendue incontournable.

Certes, il y a la place de Shanghai, mais en l’absence de convertibilité totale du yuan, elle ne peut prétendre à un statut international.
Sur les 4 dernières années, Hong Kong se place 3 fois sur la première marche des introductions en bourse. Avec



125 nouvelles sociétés cotées et 36,5 milliards de dollars de fonds levés, c’est près de 18% du marché mondial, elle devance en 2018  New York et ses 64 introductions d’une valeur de 28,9 milliards pour un peu moins de 14% de part de marché.
 
Mais là ne s’arrête pas le rôle financier de Hong Kong, devenu également le laboratoire de l’internationalisation de la monnaie chinoise. Loin d’être marginalisée, Hong Kong reste, indiscutablement, indispensable à l’économie chinoise.

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Cet article est également disponible sous format Vidéo :
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Hong-Kong-reste-tres-strategique-pour-la-Chine_3747420.html 
 
(Mis en ligne le 30 Juin 2019)             
 

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