Se connecterS'abonner en ligne

Une République "En Marche" affaiblie par de nombreuses erreurs de casting

Référence de l'article : MPF6143
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par H 16,(2 Juin 2017)

Les législatives approchent à grands pas et grâce à Emmanuel Macron, la vie politique française vient de se renouveler complètement : des têtes nouvelles apparaissent, un sang neuf irrigue les listes électorales, et surtout, toutes ces vieilles vilaines méthodes, ces petites affaires pas propres qui entachaient les mandats d’élus républicains, ont maintenant disparu. Ou presque.
Tout avait pourtant bien commencé puisque, nous avait-on dit, les investitures de chaque candidat seraient passées au peigne fin.

Malheureusement, improviser un parti politique entraîne parfois des petits effets de bord et la précipitation provoque de temps en temps quelques soucis : malgré les efforts plus ou moins réels pour s’assurer que les candidats de La République En Marche (LREM) sont tous d’une probité exemplaire, on commence à accumuler les écarts.

Certes, peut-être la sur-représentation de cas louches dans les rangs des candidats LREM tient-elle d’une plus grande attention de la presse à cette nouvelle formation politique, mais elle reste logique : il serait en effet surprenant que les médias ne regardent pas plus attentivement ceux qui ont fait bruyamment profession de probité et de morale, quitte d’ailleurs à pousser une prochaine loi (dite, justement, de moralisation de la vie politique).

Probité plus grande ou meilleure habileté ?

Il y a bien évidemment le fait que les autres partis, dans la place depuis un moment, savent assez bien passer sous le radar médiatique et judiciaire et qu’en conséquence, le nombre plus restreint de cas tordus dans leurs rangs ne le doit pas à une honnêteté plus grande, mais plutôt à une meilleure habileté.

Soit. Cependant, l’accumulation chez LREM donne un peu à réfléchir (et je ne parle pas des transfuges plus ou moins subtils). Jugez plutôt :

  • Pierre Cabaré, candidat LREM à Toulouse, a malheureusement déjà été condamné, en 2003, à un an d’inéligibilité. C’est tout de même gênant, à tel point qu’il a été désinvesti. Cela fait un peu désordre, non ?
  • Houmria Berrada, candidate LREM dans la deuxième circonscription du Nord, a été condamnée pour falsification de diplômes. Sacrebleu, c’est ballot.
  • Émilie Guerel, candidate LREM dans la septième circonscription du Var, est elle visée pour une plainte pour escroquerie à l’assurance maladie. Flûte et zut.
  • Stéphanie Jannin, candidate LREM de la deuxième circonscription de l’Hérault, est quant à elle auditionnée pour une prise illégale d’intérêt. Sapristi.
  • Olivier Serva, candidat LREM dans la première circonscription de la Guadeloupe, se retrouve lui emberlificoté dans ses propos gênants, puisqu’il a qualifié l’homosexualité d' "abomination". Saperlipopette.
  • Christian Gérin, candidat LREM de la cinquième circonscription de Charente-Maritime, aurait quelque peu dérapé dans des tweets que la LICRA n’a pas manqué d’épingler. La République en Marche a décidé de trottiner sans lui, en lui retirant son investiture. Oups.
     

On pourrait en rajouter, je pense que les semaines qui viennent permettront d’explorer de nouvelles dimensions dans le domaine, mais le constat de base reste le même : manifestement, recruter des députés au pied levé n’attire pas toujours que la fine fleur citoyenne, loin s’en faut.

Dans ce cadre, il va être difficile de trouver un nombre décent de députés sans casseroles pour présider à la rédaction de cette fameuse loi de moralisation de la vie politique… À moins bien sûr que le génie de Macron se révèle précisément dans ce genre de petites péripéties : peut-être notre nouveau président s’est-il finement dit qu’on ne faisait jamais meilleur garde-chasse qu’avec d’anciens braconniers ? Si tel est le cas, on peut être rassurés : la prochaine assemblée sera, à n’en pas douter, aussi solidement dotée de bon garde-chasses que les précédentes, renouvellement politique compris.

Un gouvernement qui devait être affuté comme une lame de samouraï

Et de la même façon que ces investitures furent nettoyées de tous les vilains canards boiteux dont le peuple français ne veut plus, c’est dit, c’est certain, ne discutez pas, les autorités d’En Marche ont largement épluché les historiques des ministres de ce gouvernement affûté comme une lame de samouraï. Autrement dit, tout comme ces législatives qui, finalement, permettent de lever une quantité tout à fait banale de lièvres dodus et de faire tintinnabuler une proportion franchement standard de casseroles cuivrées, le gouvernement contient ses canards douteux malgré l’assurance pourtant répétée que les ministres avaient bien tous passés le solide test de propreté. Zut derechef.

Voilà donc Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes, qui se retrouve visée, avec 18 autres députés européens, par une enquête préliminaire pour des emplois fictifs présumés de collaborateurs au Parlement européen. De façon amusante, l’actuel Garde des sceaux – un certain François Bayrou – a eu la lumineuse idée de retweeter le communiqué de presse de défense que la ministre avait pondu, ce qui, pour quelqu’un qui représente la Justice, laisse perplexe, voire provoque une petite polémique des familles.

Venant de Bayrou, on ne sera pas trop surpris, l’individu n’ayant jamais démontré la moindre compétence quelconque, ni en matière de politique ni en matière de maroquin ministériel. Ce qui en revanche ne laisse pas de surprendre est l’engluement de plus en plus profond d’un autre ministre dans une affaire au fumet insistant : Richard Ferrand patauge maintenant depuis deux semaines suite aux révélations du Canard Enchaîné, l’impliquant dans une affaire immobilière sinon illégale mais au moins moralement litigieuse, et dont les développements, quotidiens, tiennent toute la presse en haleine.

Et c’est là que les choses prennent une tournure intéressante, puisque, selon notre président Macron (Que son chemin soit jonché de pétales de rooOooses), le cas Ferrand ne devrait pas déclencher une telle tempête médiatique et, pour tout dire, la presse devrait s’arrêter un peu de s’ériger ainsi en arbitre de la morale. En attendant, le procureur de Brest a, après plusieurs jours d’atermoiements, décidé d’ouvrir une enquête pour de bon.



Tout ceci est fort croustillant, tant la symétrie avec la campagne électorale présidentielle s’impose à l’esprit de tous. Alors que Fillon (et dans une certaine mesure, Le Pen) a fait directement les frais d’une tempête médiatique sans le moindre frein, et qu’il était alors aisé de trouver, dans les rangs des adversaires politiques, à commencer par le camp Macron, des Pères La Morale fort prompts à réclamer la démission du candidat Républicain, on retrouve maintenant les mêmes Tartuffes rouspéter que la presse ferait un peu trop son travail.

Mais voilà : tout le problème de cette République française, qu’elle soit En Marche ou simplement en déroute, c’est sa morale extraordinairement élastique, cette morale élastique qui permet aux journalistes d’employer de grosses louches de 2 Poids, 2 Mesures, de juger, de moraliser alors que leur rôle devrait normalement se contenter d’informer ; cette morale élastique qui a permis à la presse de chasser Fillon en meute, et de se montrer nettement plus mesurée et prudente avec Ferrand et qui, maintenant que les Français commencent à demander des comptes, se sent bien obligée d’investiguer un peu.

Une morale un peu beaucoup élastique

Mais cette morale élastique existe aussi du côté politique qui permet au gouvernement d’afficher sa solidarité avec Ferrand, alors même qu’il n’y a aucun doute que la moralité des opérations immobilières menées classe l’individu exactement dans la même case que Fillon et ses emplois familiaux ou ses généreux dons de costumes.

Cette morale élastique permet tour à tour de faire campagne pour la moralité et la transparence dont s’est gargarisé Macron, et de crier maintenant à la dictature de la transparence. Pourtant, la transparence des pièces de l’enquête judiciaire du PNF, qui fuitaient dans la presse avec une facilité déconcertante, n’a pas défrisé ceux qui, maintenant, sont tout fripés d’outrance. Et ceux-là même qui couinent devant cette tempête médiatique n’hésitaient pas à qualifier de vilains complotistes ceux qui, à l’époque, notaient le saccage par la même presse et la même justice de la présomption d’innocence.


Croustillant retour de bâton qui illustre que cette moralisation de la vie politique est, encore une fois, une magnifique symphonie pour pipeaux. À ce titre, quelle crédibilité peut encore prétendre avoir le ministre de la Justice, le reste du gouvernement et la prochaine Assemblée lorsqu’il s’agira de voter telle loi ?

Enfin, s’il ne faut qu’une paire de semaines pour déjà constater d’inquiétantes dérives de la République En Marche, n’est-il pas légitime de s’inquiéter lorsque, munie d’une majorité absolue à l’Assemblée, cette République décidera de passer Au Trot ?



______________________________________________________

Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
https://www.contrepoints.org/2017/06/02/290980-republique-marche-vers-cuisine-casseroles-habituelles 
 
(Mis en ligne le 2 Juin 2017)


Articles similaires
Le chantier de la réduction des emplois publics...14 Juillet : attention quand même de ne pas...Constitution : les dangers d'une révision...Liens entre gros revenus et gros patrimoines:...Assemblée nationale : les frais de personnel les...Réforme des retraites : les gagnants et les...Financer les retraites ne suffira pas : il faut...« Economies publiques » et « industries de pointe...Budget de l'Etat : zéro progrès, la Cour des...Que penser du bilan 2017 de la Commission...Consignes données aux CRS le 1er mai : « S’il y a...La France, qui n'est plus une nation...Les PME et l’emploi : pourquoi tout reste à...Fake news de Tolbiac : l'hallucinante...Mai 68 : quel était le contexte économique à...La France est bien un pays socialiste : la preuve...Pour une réforme du droit de grève : la Loi doit...Réforme du lycée : pourquoi ce que propose...France : il faudrait mieux défendre la...Blocages des facs : l’ultra-gauche et LFI tentés...La cagnotte n'existe pas : les pertes sont...France : pourquoi l’économie est elle en panne ?...Ce que révèle la réforme de la SNCF sur les...Innovation : le principe de précaution inhibeFrance : dégradation brutale du solde des...La volonté de réforme de Macron peut-elle...Sur les 5,8 millions de salariés des groupes...Génération « J’ai le droit », de Barbara...Une France fortement pénalisée par son...Dans une économie qui marche, qui crée de...Transferts sociaux excessifs et compétitivitéLa baisse du chômage sera forcément très faible...Le naufrage de la balance française des services...Vouloir appliquer le modèle scandinave en France...Déplacement de Macron en Corse : oui, mais....Revue des 4 secteurs économiques eu-pho-ri-ques...Notre-Dame des Landes : défaite de l’État ou...Modernisation sociale : mieux en qualité, moins...Comment les ménages ont modifié leur consommation...Baisse des dépenses de l'Etat: pourquoi la...France en 2018 : et si la croissance atteignait...L’étude choc : mais que font les députés En...Hausses de salaires : + 2,3% prévu en 2018Corse : à élections confuses, interprétations des...Flexisécurité française : de la montagne promise...France : où dégraisser un Etat devenu obèse ?12.000 millionnaires ont quitté la France en...Pourquoi l'industrie n'arrive plus à...Les oubliées du Budget 2018 : les TPE et les PMEAPL, HLM : pourquoi cela tourne au vinaigre entre...Le Général Vincent Desportes réagit à la...Pompiers : quand un urgentiste CGT justifie leur...