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Une France fortement pénalisée par son insuffisance de «population active»

Référence de l'article : MPF6677
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écrit par Claude SICARD,Docteur en économie, Ancien Président de OCS Consultants,(24 Février 2018)
 
Une bien curieuse anomalie affecte l’économie française : le chiffre extrêmement faible de ce que le Bureau International du Travail, le BIT, appelle « la population active ».
Par comparaison avec les grands pays développés, la France est le pays ayant le taux le plus bas de «  population active », si on le rapporte à la population totale, comme le montrent, par exemple, les chiffres suivants :


 Pays          Population active / Population totale

France       43,6 %
Etats Unis  51,2 %
Suède        51,4 %
Allemagne  52,4 %
Norvège     53,2 %
Pays Bas   53,3 %
Canada      56,9 %

(Population active : source BIRD 2016)
 
Il existe trois définitions différentes de la  « population active », mais,  pour les comparaisons internationales, il faut s’en référer à la définition internationale du BIT de 1982. Selon cette définition, la « population active » comprend les personnes ayant un emploi,  plus celles qui tout en étant au chômage, cherchent néanmoins un emploi. Deux autres définitions existent : celle de la comptabilité nationale (toutes les personnes au dessus d’un certain âge), et celle des recensements de populations. Dans le cas de la France, la population active, en 2016, au sens du BIT, se montait à 29,2 millions de personnes, dont 2,9 millions de chômeurs.
 
Les conséquences de ce déficit de population active sont extrêmement préjudiciables pour le bon fonctionnement de notre économie, et, curieusement, personne ne semble s’en préoccuper. Or, cette cause de handicap pour l’économie française semble souvent échapper aux observateurs. Nous mentionnerons tout particulièrement deux conséquences graves de cette insuffisance de population active :

  • un PIB per capita en retard sur ceux de nos voisins,
  • et des charges financières et sociales très lourdes pour les actifs qui se trouvent être en nombre insuffisant pour porter tout le poids des dépenses que requiert le bon fonctionnement du pays.

 
Nous allons montrer, par quelques chiffres très simples, les conséquences de ce déficit de population active, en indiquant où en serait notre économie si elle  fonctionnait avec un taux normal de population active, une population active qui s’élèverait à 35,2 millions de personnes si, par exemple, nous avions le taux de population active de l’Allemagne. Il nous manque, selon le taux allemand, rien moins que 6 millions de personnes dans notre effectif de population active.

Les conséquences sur le PIB 

Actuellement, les 29,2 millions personnes qui constituent la population active du pays  produisent un PIB de 2.465 milliards de US $, chiffre qui était celui de la France en 2016, selon les données de la BIRD. Chaque actif produit donc, en moyenne,  84.441 US $ de valeur ajoutée par an. Avec 35,2 millions d’actifs, notre PIB se trouverait porté à 2.972 milliards de US$, ce qui mènerait le PIB par tête à 44 .364 US$, un chiffre compris entre celui de l’Allemagne et celui des Pays Bas. La Suède en est à 51.844 US$  par tête, et les Etats Unis à 57.638 US$. Pour l’instant, notre PIB par tête se traîne à 36.857 US $...

Les charges fiscales pesant sur les actifs

Les économistes s’inquiètent de ce que les charges fiscales pesant sur notre économie soient trop élevées. Les taux  des prélèvements obligatoires sont les suivants dans quelques pays  qui sont nos voisins :
Pays                Prélèvements obligatoires/PIB
                                  
France                        47,6 %
Allemagne                  40,4 %
Pays Bas                    39,3 %
Royaume Uni             35,1 %
UE                              40,0 %
 
Même dans les pays nordiques réputés pourtant pour avoir des taux de prélèvements obligatoires élevés, on enregistre des pourcentages sensiblement inférieurs à celui de la France :   43,2 %, par exemple, dans le cas de la Suède, et  44,3 % dans celui de la Finlande.
 
Les charges fiscales par actif  sont ainsi très importantes dans le cas de la France, comme le montre le tableau suivant :
 
Pays                Prélèvements fiscaux/actif (US $)
                                  
France                       40.171
Italie                           35.820
Pays Bas                    34.410
Allemagne                  32.350
Royaume Uni             27.436
 
Certes, dans les pays nordiques a-t-on des chiffres sensiblement plus forts : 41.577 US$ dans le cas de la Norvège, et 42.205 US$ dans celui de la Suède.
 
Dans le cas de la France, la situation se trouve aggravée par la proportion faible d’emplois marchands dans la population des actifs, en raison du trop grand nombre d’emplois publics. Le tableau ci-dessous indique le montant des prélèvements obligatoires par emploi marchand :
                                  
Pays                Prélèvements fiscaux/ emploi marchand (US $)
 
France                        49.787
Allemagne                  36.947
Pays Bas                    39.358
Etats Unis                   34.983
 
Les charges fiscales qui pèsent sur le secteur productif sont anormalement élevées, et plombent la compétitivité des entreprises.
 
La France souffre donc d’un double handicap : une population active insuffisante par rapport à l’importance de la population totale du pays,  et, dans la population active existante, une proportion trop élevée d’emplois publics. Dans un pays où le taux de population active est faible, il eut été normal que les Pouvoirs Publics s’ingénient à restreindre les effectifs de la fonction publique afin de ne pas entraîner une ponction trop forte sur le secteur productif, secteur que les économistes dénomment par le terme de « secteur marchand ».

Le contraire de ce que font les meilleurs....

Il reste donc aux économistes à nous expliquer d’où provient notre handicap en matière de « population active »,  et à notre Président, Emmanuel Macron,  à réduire au plus vite,  pendant son mandat, le nombre des emplois publics, et tout particulièrement,  celui des personnes bénéficiant d’un statut privilégié, celui de « fonctionnaire ».
 
En effet, on oublie souvent de faire remarquer que, dans certains pays, comme la Suède, la proportion de personnes bénéficiant du statut de « fonctionnaire » parmi les « emplois publics » n’est que de 10%, ou en Italie, de 15%, alors que la France se distingue là, par contre, par un record de…81 % !! Très faible en taux de participation des actifs à la vie nationale, et très forte en taux de fonctionnaires sur actifs du secteur public, la France fait donc le contraire de ce que font les pays avec qui elle est en compétition économique….
 

 (Mis en ligne le 24 Février 2018)
                                                                      
 
                                              

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