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Salaires / dividendes : Benoît Hamon, candidat au prix Nobel d'économie...(*)

Référence de l'article : MPF7464
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écrit par Nathalie MP,(1er Avril 2019)
  
 

La perspective des élections européennes donne incontestablement au Grand débat national des allures de foire à la démagogie, et pas seulement de la part du gouvernement. Au petit jeu du « yaka fokon aille chercher l’argent là où il est » sur fond de disqualification constante du profit réalisé par les entreprises, l’ancien candidat très malheureux du PS Benoît Hamon se montre presque aussi brillant que Bruno Le Maire.
 
Il faut dire qu’avec un tout petit 2,5 % dans les sondages actuels, son nouveau parti Génération.s est en bonne voie d’anéantissement électoral en mai prochain. Comment s’en sortir ? Comment relancer une campagne moribonde ? En agitant vite quelques mots-clefs susceptibles de déclencher les réflexes pavloviens habituels dans son électorat. Nous sommes à gauche, donc coucou revoilou tout le champ lexical inusable du profit, des dividendes, des riches et des patrons.
 
C’est d’autant plus habile qu’en France, le retentissement négatif de ce vocabulaire dépasse largement le cercle de l’extrême-gauche. « Nos vies valent plus que leurs profits ! » s’exclamait Olivier Besancenot dès 2007. Succès immédiat ! D’après une étude de l’institut CSA, les Français considèrent que c’est le meilleur slogan des campagnes présidentielles de 2007 et 2012.
 
Si l’on s’en tient à la sphère économique, profit est peut-être le mot le plus détesté de la langue française. Chez nous, tout discours consensuel sur les méthodes pour éradiquer pauvreté, chômage et injustices sociales passe obligatoirement par la condamnation des « profits excessifs » réalisés par les entreprises et celle des dividendes non moins scandaleux qu’elles versent à leurs actionnaires.
 
Interrogé la semaine dernière par Jean-Jacques Bourdin dans le cadre de l’opération « 30 propositions de lois citoyennes » lancée par RMC en lien avec le Grand débat, Benoît Hamon joue donc sur du velours lorsqu’il propose soudain une nouvelle « règle » de gestion des entreprises :


 

Simple en apparence, cet énoncé s’avère en réalité des plus embrouillés. Hamon sait-il de quoi il parle ? La question se pose.
S’agit-il, une fois que le bénéfice d’une année est connu, de le distribuer à parts égales entre les salariés et les actionnaires sous forme de salaire pour les uns et de dividendes pour les autres ? S’agit-il de se fixer comme volume d’augmentation de salaire d’une année le montant des dividendes distribués au titre de l’année précédente ? À quel moment les cotisations sociales sur les salaires interviennent-elles ? Bref, on voudrait écrire un projet de loi sur la base de cette « règle » qu’on n’aurait pas fini de s’arracher les cheveux.
 
Mais sur le plan de la propagande électorale, tout y est : dividendes, répartition de la richesse, égalité plus-que-parfaite à 50/50. Pas de doute, c’est furieusement citoyen et c’est censé répondre au fait qu’aujourd’hui, selon Benoît Hamon:
 
Celui qui produit, à qui on va demander des efforts, qui va rogner sur son temps de pause…, bref celui-là n’a aucun bénéfice de ses efforts tandis que ceux qui ont donné les ordres, qui vont partir avec les parachutes dorés, eux ramassent tout.
 
Il est vrai que le sujet est arrivé dans l’émission, alors que Jean-Jacques Bourdin demandait à Benoît Hamon de réagir sur l’affaire Technip : ce groupe spécialisé dans l’ingénierie pétrolière (bateaux, plateformes, équipements de forage, etc.) traverse actuellement une très mauvaise passe. La fusion réalisée en 2017 avec un groupe américain d’activité similaire devait l’aider à faire face à la conjoncture morose du secteur, mais la valorisation escomptée n’est pas au rendez-vous. Depuis, l’action a perdu 40 % de sa valeur et les résultats 2018 se résument à une perte colossale de 2 milliards de dollars en raison de provisions pour dépréciation d’actifs du même montant.Là où le bât devient particulièrement blessant, c’est que le dirigeant de Technip est sur le point de partir en retraite avec un package valorisé à 14 millions d’euros qui ressemble beaucoup à une véritable prime à l’échec.
 
Benoît Hamon s’appuie donc sur ce cas particulier pour en tirer la conclusion générale que « c’est la preuve que ce système est dingue », ce qui l’amène immédiatement à revendiquer l’augmentation du salaire minimum et la limitation des écarts de salaire dans les entreprises – sujet sur lequel il s’avère incroyablement en phase avec Bruno Le Maire.
 
Une analyse détaillée dira si ce cas est effectivement dingue – inacceptable pour reprendre le terme employé par le patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux et par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Mais en attendant d’en savoir plus, il est bon de signaler – à ce dernier notamment, car il semble l’ignorer – que l’État est actionnaire de Technip via la BPI et l’Institut français du pétrole, qu’il a accepté la fusion de 2017 et que les conditions de départ du dirigeant avaient été organisées et validées par l’assemblée générale des actionnaires plusieurs années auparavant.
 
Il n’est pas inutile de rappeler non plus que ce cas, même très choquant et même très médiatisé comme toutes les affaires de parachutes dorés, est très isolé. Comme le signale Nicolas Doze à la fin de sa chronique sur ce sujet, le salaire moyen d’un chef d’entreprise français est de 5 000 euros. Beaucoup d’entre eux ne se paient pas et ne vivent que de dividendes, ce qui ne les empêche pas de « faire des efforts », de « se lever tôt », bref de consacrer toutes les minutes de leur vie au développement de leur entreprise avec la pleine conscience de leur responsabilité vis-à-vis de leurs salariés et de leurs clients.
 
Mais admettons l’indécence ponctuelle du parachute doré du PDG de Technip. La proposition de Benoît Hamon n’en témoigne pas moins de sa faible compréhension du fonctionnement d’une entreprise.
Pour dire les choses le plus simplement possible [1], le résultat d’une entreprise est constitué du chiffre d’affaires réalisé pendant l’année moins ses dépenses : coût des matières, frais généraux (loyer, électricité, etc.), salaires et cotisations sociales, dotations aux amortissements des machines et dotations aux provisions pour risques (dévaluation d’un stock par exemple). Si le solde est positif, l’entreprise est alors redevable de l’impôt sur les sociétés.
 
C’est seulement une fois que tout ceci a été payé que se pose la question de savoir si l’entreprise va conserver ses bénéfices pour les réinvestir ou en distribuer une partie aux actionnaires sous forme de dividendes.
Remarquons d’abord que le fait de payer des dividendes une année n’engage nullement l’entreprise à payer systématiquement ce montant chaque année alors que dans le cas d’un salaire, une augmentation accordée une année sera payée toutes les années qui suivent tant que le salarié reste dans l’entreprise.

Il faut savoir ensuite que dès qu’un dividende est versé, la valeur de la société baisse mécaniquement du montant exact du dividende, puisque ce dividende n’est jamais qu’un bout de la valeur de l’entreprise remis en cash aux actionnaires. Cela se voit très bien dans le cours de l’action des sociétés cotées : il baisse, avant de repartir éventuellement à la hausse si l’entreprise se met à créer à nouveau de la valeur. N’en déplaise à M. Hamon, le rapprochement salaires dividendes n’a rigoureusement aucun sens économique.
 
Avant d’en arriver au profit et aux dividendes, les salaires ont donc été payés. Pas seulement les salaires, mais aussi les formations, les intéressements, les participations aux résultats et les divers bonus négociés dans l’entreprise. Une ambiance sociale détériorée et des salaires plus bas qu’ailleurs rendraient rapidement l’embauche très compliquée. Le chômage élevé qu’on connaît en France masque cette réalité, mais dans une situation de plein-emploi telle qu’elle existe chez nos voisins (et telle qu’elle pourrait exister chez nous si l’on voulait bien arrêter de croire tout ce que racontent les Hamon, Le Maire et consorts), les entreprises doivent veiller de près à leur attractivité auprès des salariés.
 
Un anticapitaliste comme Benoît Hamon s’imagine volontiers que l’unique but d’un entrepreneur consiste à baisser les salaires à seule fin de servir les dividendes les plus élevés possibles, mais le fait d’évoluer sur un marché concurrentiel pour attirer sur le long terme non seulement des clients mais aussi des salariés et des actionnaires rend cette idée complètement absurde. Non pas qu’on ne verra jamais un patron « rincer » une entreprise vite fait bien fait – mais dans ce cas on parle bien d’un patron voyou que le marché, et la justice, aura vite fait d’évaluer à sa triste mesure.

Dans le cas général, le profit reflète exactement ce qui fait la spécificité de l’entrepreneur : sa capacité, non pas seulement à avoir du capital, mais surtout à faire bon usage de ce capital. Comme l’écrivait Ludwig von Mises en 1952 dans un chapitre consacré à la fonction sociale du profit, « c’est de l’intelligence de l’entrepreneur, de son travail de réflexion, que les profits émergent en dernier ressort ». Il en résulte que :
L’une des fonctions principales du profit consiste à placer le contrôle du capital entre les mains de ceux qui savent comment l’employer au mieux pour la satisfaction du public.

Naturellement, pour Benoît Hamon, le risque pris par l’actionnaire ne vaut rien. Il appelle cela « l’argument du Medef et de tous ces riches parmi les riches », comme si le fait d’être riche ne vous autorisait qu’à payer pour les autres et perdre de l’argent.
 
Peut-être M. Hamon ne le sait-il pas, mais en cas de faillite, les actifs de la société sont vendus et les créanciers sont remboursés dans un ordre qui montre bien qui prend le risque in fine : l’État, qui ne s’oublie jamais, se sert d’abord pour les dettes fiscales et sociales ; viennent ensuite les salariés, puis les banquiers et les fournisseurs, puis, s’il reste quelque chose, les horribles actionnaires…
 
Les politiciens ont toujours préféré financer leurs « entreprises » par l’impôt. On comprend pourquoi : ni risque à affronter ni effort à fournir, mais une bonne grosse coercition enveloppée dans trois épaisseurs de tchatche sur l’intérêt général et la justice sociale.

____ Note _____

  1. Pour plus de détails, je vous invite à consulter ma page Le Cas de la Baraque à Frites

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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
https://www.contrepoints.org/2019/03/27/340121-salaires-dividendes-benoit-hamon-ne-comprend-toujours-rien-a-leconomie 
 
(Mis en ligne le 1er Avril  2019, ce titre est bien sûr ....un poisson d'Avril )
 

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