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Restaurer les marges pour retrouver la compétitivité à l’international

Référence de l'article : MPF3417
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écrit par Stéphan BOURCIEU,Directeur,Groupe ESC Dijon-Bourgogne

L’inversion de la courbe a bien eu lieu, mais pas forcément là où on l’attendait ! Contrairement à celle du chômage, désormais repoussée à la fin 2014, l’inversion de la courbe du déficit du commerce extérieur semble bel et bien effective. Alors que l’année 2011 avait été marquée par un déficit record de 74 milliards d’euros, les chiffres de l’année 2013 (-61,2 milliards) sont venus conforter la décrue engagée dès 2012 (-67,2 milliards d’euros). Certes, le déficit de la balance commerciale reste considérable, mais la vrille semble apparemment sous contrôle.

En apparence seulement, car le détail des chiffres vient malheureusement nuancer cette bonne nouvelle. Ce recul s’explique en effet plus par des facteurs exogènes que par le dynamisme retrouvé des entreprises françaises à l’international. 60% de la baisse est due à la chute des cours de l’énergie (recul de 5,8% du prix du baril de Brent en euros). La faible croissance de l’économie française a également eu pour effet de provoquer un fléchissement des importations (-2,3%).

Baisser les charges pour rétablir les marges 

Pour ramener le commerce extérieur français à l’équilibre (hors énergie) d’ici 2017, conformément à l’engagement pris par la ministre Nicole Bricq, le retour de la croissance internationale ou la baisse des cours de l’énergie ne suffiront pas. Un tel objectif ne pourra être atteint qu’à condition de casser la spirale de perte de compétitivité des entreprises françaises à l’international. Le Pacte de compétitivité initié en 2012 par Louis Gallois et le Pacte de responsabilité actuellement en discussion suffiront-ils à cela ? Tout dépend de leur finalité et il n’est pas certain que l’objectif actuel soit le bon.

Que ce soit au travers du CICE ou des transferts de charges sociales, ces mesures visent avant tout à diminuer le coût du travail. Il est clair qu’une telle baisse des charges pesant sur les entreprises exportatrices peut leur permettre de rétablir leurs parts de marchés ou d’en conquérir de nouvelles en jouant sur la compétitivité-prix. Cette approche ne répond toutefois qu’à une partie du problème. Et surtout, elle reste une solution de court-terme. En effet, les autres pays peuvent en retour jouer de l’arme fiscale, voire pour certains de l’arme monétaire, pour redonner à leurs entreprises un avantage de coût.

Rétablir les marges pour investir

Ces mesures de baisse du coût du travail n’ont donc de sens que si elles favorisent durablement la compétitivité des entreprises françaises. Pour ce faire, il est indispensable d’investir afin de favoriser une réelle différenciation des productions made in France, que ce soit par l’innovation, la technologie ou encore la qualité. La montée en gamme que les responsables politiques appellent de leurs vœux est à ce prix. L’objectif de baisse des charges doit donc rechercher la restauration des marges des entreprises prioritairement à l’emploi.

Le taux de marge des entreprises industrielles s’est en effet considérablement dégradé au cours des dix années écoulées, passant de 30% à 21%[1] entre 2000 et 2011. Cette chute a évidemment eu une incidence très négative sur le taux d’autofinancement des entreprises françaises non cotées, passé de 95 à 70% sur la même période (quand celui des entreprises allemandes passait sur la même période de 74 à 118%). Celles-ci ne disposent plus aujourd’hui des capacités financières suffisantes pour financer le renforcement de leur compétitivité.

Investir pour restaurer la compétitivité hors prix… et la compétitivité prix !

Plus qu’une contrepartie à l’embauche, dont les discussions actuelles montrent clairement le caractère aléatoire, c’est donc une contrepartie à l’investissement productif que le gouvernement devrait exiger des entreprises. Car dans ce domaine, le retard accumulé par l’industrie française au cours de la décennie est considérable. Ce retard pèse naturellement sur la compétitivité hors-prix des entreprises françaises à l’export, faute d’innovation et de capacité de différenciation.

Mais il pèse également sur la compétitivité prix des entreprises. En effet, la productivité des entreprises françaises est pénalisée par le manque d’investissements en robotique comme le rappelait Vincent Schramm, Directeur général du Syndicat des Entreprises de Technologies de Production) : « Quand les industriels français installaient un peu plus de 3 000 nouveaux robots en 2011, outre-Rhin ils en ont acheté 19 500 ».

Baisser les charges pour casser la spirale de la perte de compétitivité à l’international est certainement la clé d’entrée la plus évidente. Toutefois, responsables politiques et dirigeants d’entreprises ne doivent pas se tromper de combat. Une telle baisse n’aura pas d’effet automatique sur l’emploi, pas plus qu’elle n’aura d’effet sur la compétitivité prix dans la durée.

La capacité des entreprises à conquérir de nouveaux marchés à l’export repose sur le déclenchement d’une spirale vertueuse associant baisse des charges pesant sur les entreprises, restauration de leurs marges et renforcement de leurs capacités d’investissement. Quand l’impulsion d’une spirale importe plus que l’inversion d’une courbe !

(Mis en ligne le 14 Mars 2014)


[1] Excédent brut d’exploitation sur valeur ajoutée brute à prix courants
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