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Quand la démagogie l’emporte sur la pédagogie, les résultats peuvent être surprenants…

Référence de l'article : MPF3660
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écrit par Alain GIRARDEAU-MONTAUT,

Le rôle des leaders d’opinion ou des hommes politiques est de contribuer, entre autres, à l’élévation du débat politique et à la formation des peuples.

Il est tentant pour les responsables politiques de choisir de caresser les électeurs dans le sens du poil et de ne pas leur parler le langage de la vérité.

Il en est ainsi de la décision prise récemment en France de réduire le nombre de citoyens soumis à l’impôt (3,2 millions de ménages selon Les Echos du 19 Mai 14), et à trouver la recette pour payer cette réduction (1 milliard EUR), par l’augmentation de la lutte contre la fraude fiscale, dans le but final de contribuer à plus de justice fiscale.

En 2012, 50% des foyers fiscaux payaient l’IRPP. En 2013, environ 52%. Même si les montants payés sont faibles, ils ont une vocation pédagogique de responsabilisation du corps social.

En effet, l’assistance économique a pour grave inconvénient de rendre ses bénéficiaires totalement irresponsables de leurs actes économiques :

  • ceux qui bénéficient de l’Assistance médicale gratuite sont ignorants des coûts réels de la santé et ont souvent des comportements de gâchis manifeste (surconsommation médicamenteuse, abus du service des Urgences, etc.),
  • ceux qui ne paient pas d’impôt sur le revenu, ne comprennent pas pourquoi il est important d’équilibrer les comptes, et de gérer avec le plus d’efficacité les dépenses publiques,
  • ceux qui ne paient pas les transports, voyagent sans limite, ou, d’une manière plus générale, ceux qui consomment des biens ou des services offerts ou apparemment gratuits, etc…

A contrario, dès qu’un agent économique est mis à contribution, il adopte un comportement responsable et s’efforce de réduire ses dépenses (Ex : dans les pays riches en pétrole, la consommation de carburant est subventionnée et irresponsable au sens du développement durable, mais aussi souvent pour les finances de l’Etat).

Ainsi, en exonérant 3,2 millions de contribuables pour un manque de recettes faibles (env. 1 milliard EUR), on hypothèque de nombreuses économies que le changement de comportement des agents économiques en question aurait permises. Et surtout on se prive d’une formation à l’économie de personnes qui, d’après toutes les études, sont ignorantes des principes de base qui régissent l’économie moderne. Nos dirigeants font semblant de s’étonner que les Allemands ont de meilleurs résultats économiques que les Français. C’est simplement parce que les deux peuples ont des approches différentes de la responsabilité sociale, tant au niveau des dirigeants qu’à celui des citoyens.

Le geste fait par le gouvernement est assurément un geste politique pour rassurer le corps électoral socialiste. Mais n’y avait-il pas un moyen plus pédagogique d’expliquer, à cette partie de l’électorat, que le pays vit depuis de nombreuses années au dessus de ses moyens ? Que l’on ne peut augmenter la dette indéfiniment et que le niveau atteint est déjà un handicap pour les générations futures? Que la mauvaise gestion, largement répartie dans de nombreuses institutions, contribue aux dépassements de toutes les limites sérieuses d’équilibre des comptes ?

Dans ses arguments, le gouvernement retient le besoin de soutenir la consommation, considérée comme le principal moteur de la croissance. En fait, tout est lié: si l’on privilégie l’investissement, celui-ci se transforme en emplois et donc ensuite en consommation. L’avantage de privilégier l’investissement, c’est qu’il est plus concentré en termes de choix, et qu’il permet de mieux orienter l’économie. Or la France a besoin d’orienter son appareil productif vers les produits à plus grande valeur ajoutée, et non vers les produits de grande consommation.

Le gouvernement reste attaché au keynésianisme, plus électoraliste que la théorie de l’offre. Il se prive ainsi d’outils d’orientation efficace de l’économie. Les Allemands ont fait un choix différent en 2001-2010, montrant une meilleure compréhension des conséquences inévitables de la mondialisation, et notamment des conséquences des règles de l’OMC.

Reste un argument : « trop d’impôt, tue l’impôt ».

En effet trop d’impôts conduisent à des comportements d’évitement dans un pays où existe la liberté.

Les agents économiques s’adaptent à la situation fiscale et dans un contexte de concurrence entre pays, on observe des déplacements de population, des transferts de dépenses selon les incitations fiscales proposées (emplois à domicile), voire le développement de l’économie souterraine. Ainsi les gouvernants apprennent le fonctionnement de l’économie à leurs dépens. Cela dit, la pédagogie doit rester un impératif. Y renoncer, c’est s’exposer à l’impossibilité d’obtenir le consensus social nécessaire en démocratie. L’Etat ne peut pas tout, la plupart des décisions économiques sont d’ordre privé. Les gouvernants doivent l’accepter. Ce dernier argument s’adresse donc plutôt vis-à-vis de ceux qui paient déjà beaucoup d’impôts et non ceux qui sont au début du barème de l’IRPP.

Le seul argument recevable serait : dans certains cas, le coût de récupération de l’impôt est supérieur au montant collecté. Mais la pédagogie devient rentable par tout ce qu’elle permet d’obtenir en économies par ailleurs.

L’Histoire nous démontre en permanence les conséquences de la démagogie politique: les promesses irréalistes, et les comportements irresponsables, se paient toujours, d’une manière ou d’une autre.

(Rédigé le 23 Mai 2014)
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