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Pourquoi la croissance française est inférieure à celle des autres pays de la Zone Euro

Référence de l'article : MPF7044
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (8 Septembre 2018)

Depuis quatre ans, la croissance de la France est devenue plus faible que



celle du reste de la zone euro. L’écart se creuse et le déficit de croissance peut être estimé à environ 65 milliards d’euros sur la période, l’équivalent de trois points de PIB. C’est autant d’emplois qui ne se créent pas et c’est en partie pourquoi le taux de chômage diminue plus lentement en France qu’ailleurs. C’est aussi 30 milliards d’euros de rentrées fiscales et sociales en moins et c’est bien pourquoi les finances publiques s’améliorent plus lentement ici qu’ailleurs et complique l’équation budgétaire. Et ce n’est pas fini.



Les perspectives de croissance établies par la Commission européenne placent la France un cran en dessous du reste de la zone euro aussi bien en 2018 qu’en 2019 avec un écart qui se maintient ou presque, renvoyant ainsi l’image d’une France définitivement à la traine de l’Europe.  Ce diagnostic, il faut en partie le nuancer par le point de départ de l’analyse. Si la France fait moins bien aujourd’hui que ses principaux partenaires, c’est qu’elle avait fait mieux avant : malgré la pire récession depuis la seconde guerre mondiale et une crise à rechutes,



le PIB de la France s’est élevé de 2,2% entre 2008 et 2013. C’est peu, mais c’est beaucoup plus que pour le reste de la zone euro, qui, au contraire, avait reculé de 3%. En d’autres termes, l’écart de performance actuel doit pour beaucoup à l’écart de performance passé. En allongeant l’échelle du temps,



c’est-à-dire en partant de 2008, la France fait mieux que ses partenaires de la zone euro avec un PIB en hausse de près de 8% sur la période contre 5,3%. Il y a donc bel et bien un effet rattrapage pour certains pays qui booste leurs résultats donnant l’illusion d’une France plus en retard qu’elle ne l’est. Mais il ne faut pas se voiler la face, le décrochage relatif de l’économie française ne se limite pas à une histoire de calendrier.

Plus inquiétant, le handicap de croissance de la France par rapport aux autres pays de la zone euro s’explique aussi par des problèmes d’offre qui limitent la production alors même que la demande reste assez robuste avec, et c’est récurrent, un problème de cout de production compte tenu du niveau de gamme du made in France. En clair, les prix sont trop élevés au vu de la qualité des produits.



Le commerce extérieur ne remonte pas la pente, alors même que les principaux partenaires commerciaux de la France ont renoué avec la croissance, ce qui devrait favoriser les débouchés pour les industries résidentes. En d’autres termes, notre déficit à un fort contenu structurel. Problème également de formation de la population active qui explique en partie les difficultés d’embauches dans certains secteurs malgré un taux de chômage encore élevé. Mais défaut aussi d’investissement non pas dans son intensité, mais dans son contenu :



le stock de robots industriels rapporté à l’emploi manufacturier est ainsi plus faible en France que dans le reste de la zone euro. Bref, l’économie française se heurte aussi à des freins structurels auxquels s’ajoutent désormais, il faut bien l’admettre, des erreurs de pilotage budgétaire. Pour financer ses mesures en faveur du patrimoine, le gouvernement a clairement arbitré en défaveur du pouvoir d’achat des bas et moyens revenus :



la hausse de la CSG a pesé pleinement et sans compensation sur les retraités, dès le début de l’année. Quant aux salariés, censés être privilégiés, ils sont soumis en fait à des chocs contradictoires entre la baisse étalée des cotisations et de la taxe d’habitation, l’alourdissement de la fiscalité indirecte, auxquels s’ajoutent le reflux des emplois aidés, la baisse des APL, le gel du point de la fonction publique… In fine, le gouvernement a simplement cassé l’élan de la consommation, et cela ne cessera pas en 2019 compte tenu des nouvelles annonces. De surcroît, avec la retenue à la source, le gouvernement crée une nouvelle incertitude et de nouveaux comportements de précautions de la part des ménages. La France est à la traine de l’Europe, mais ce qui n’était qu’un simple petit retard à l’allumage devient de plus en plus préoccupant, au risque de transformer la France en… boulet de la zone euro.

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Cet article est également disponible sous format Video 
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Croissance-la-France-a-la-traine-de-l-Europe_3746261.html 
 
(Mis en ligne le 8 Septembre 2018)

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