Se connecterS'abonner en ligne

Pendant que la France s’endette, l’Allemagne et les Pays-Bas se désendettent, y compris en volume

Référence de l'article : MPF7138
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Laurent PAHPY,Analyste à l'IREF Europe,(20 Octobre 2018)

Parmi les cinq premières économies de la zone euro, seule la dette française augmente au prorata du PIB.
En outre, depuis 2012 en Allemagne, et depuis 2014 aux Pays-Bas, la dette baisse significativement également en volume….
 
Depuis 43 ans, pas une seule année les administrations ne sont parvenues à équilibrer leurs comptes. Plus personne ne conçoit d’ailleurs que cela puisse arriver un jour. Désormais, l’objectif politique affiché est de limiter le déficit au sacro-saint 3 % du PIB.
D’après Eurostat, la dette publique atteignait 2 255 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2018, soit 97,7 % du PIB.Elle augment donc en volume et en pourcentage du PIB.
 
Alors que la dette publique augmente de 2090 € par seconde (moyenne 2017), elle baisse outre-Rhin d’un montant comparable, 1675 € par seconde.
 
Les États allemand et néerlandais accumulent des excédents qui permettent de diminuer le volume de leurs dettes depuis 2015. La France, l’Espagne et l’Italie, quant à elles, font figure de mauvais élèves malgré une situation économique conjoncturelle favorable.
 

LA DETTE EST UNE FAUTE, MAIS PAS UNE FATALITÉ

En allemand, « dette » et « faute » se traduisent en un seul mot, schuld. Un budget déséquilibré pénalise doublement les générations futures de contribuables, pauvres comme riches : elles devront rembourser l’argent qu’elles n’ont pas dépensé tout en payant les intérêts des obligations. À l’heure actuelle, chaque nouveau Français naît avec une dette de plus de 33 000 € à rembourser.

Mais la dette opère aussi une redistribution inversée des pauvres vers les riches, appelée « Robin des bois à l’envers ». L’État emprunte de l’argent à ceux qui en ont, c’est-à-dire aux plus fortunés. Les emprunts publics sont donc une rente que les plus pauvres sont forcés de payer à ceux qui ont les moyens d’investir dans des obligations.
 
Parmi les cinq premières économies de la zone euro, seule la dette française augmente au prorata du PIB. Depuis 2012 en Allemagne et depuis 2014 aux Pays-Bas, la dette baisse significativement en volume. Ces pays montrent qu’il est tout à fait possible d’inverser la tendance.

RÉFORMER, C’EST FAIRE MIEUX AVEC MOINS

Face à sa dette colossale, le gouvernement canadien a engagé des réformes considérables dans les années 1990. L’État fédéral a dégagé des budgets excédentaires grâce à des réductions drastiques des dépenses publiques. Il a massivement baissé les impôts pour libérer la création de richesses. Le taux d’imposition des entreprises a été divisé par deux pour atteindre 15 % en 2013, soit le taux le plus bas des pays du G7.
 
À l’image de l’État providence français actuel, la Suède était soumise à une politique dirigiste et particulièrement spoliatrice dans les années 1980. L’État scandinave confisquait alors plus de la moitié des richesses produites et accumulait pourtant une dette considérable. L’éducation et la santé ont été partiellement privatisées et le statut des fonctionnaires a été supprimé. En Suède, il n’y a plus de régime spécial de retraites ni d’emploi garanti à vie pour les fonctionnaires.
 
Les exemples du Canada et de la Suède montrent qu’il est possible de réformer en profondeur les administrations et le périmètre de l’État pour libérer la création de richesses, améliorer les services publics en les ouvrant à la concurrence et réduire massivement la dette publique.
 
Au Canada, d’après l’OCDE, cette dernière est passée de 130 % du PIB dans les années 1990 à moins de 90 % avant la crise de 2007-2009.
Sur la même période, l’État suédois s’est désendetté de près du tiers de la charge pesant sur les générations futures, en passant de 80 % à 50 % d’endettement.
 
Il n’y a rien de plus antisocial qu’une dette publique, mais il est possible de mettre fin à la spirale du « Robin des bois à l’envers » relativement vite. Pour réformer ses administrations, Emmanuel Macron ne doit pas chercher à « faire des économies » qui ne feront que dégrader la qualité des services sous les monopoles d’État.
 
Son étatisme doit être remis en question pour engager une refonte structurelle entre ce qui relève des missions régaliennes et ce qui doit être libéré par le marché et la concurrence. Le dernier projet de loi de finances n’en prend malheureusement pas le chemin.

_____________________________________________________________________________
Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
https://www.contrepoints.org/2018/10/19/328002-pendant-que-la-france-sendette-lallemagne-se-desendette 
 
(Mis en ligne le 20 octobre 2018)

 

Articles similaires
Une grande partie des mesures en faveur du...France et UE : quelques récentes statistiques...L’État et les salariés sont les premiers...Les choix d'implantation des entreprises...Chômage : quand l’exception française invalide...Ecologie : Nathalie Loiseau veut dépenser mille...Quelques causes structurelles au déficit...La vérité sur les dépenses publiques et...Le gouvernement dans l’impasse face à «...Fonction publique : plusieurs méthodes pour...TVA à 0% sur les produits de base ? Une mesure...Pourquoi les exportations françaises sont-elles...Prix de l’essence : évolution comparée...En nommant Sibeth Ndiaye, Macron fait-il l’éloge...Salaires / dividendes : Benoît Hamon, candidat au...France : bilan des principales erreurs de...Comptes publics 2018 : sauts de cabri de...« Cette décision d’utiliser Sentinelle est...ZE : combien de temps peut durer le delta de...Inégalités Homme-Femme : pourquoi ne pas évoquer...Fin du Grand Débat : va-t-on tenir compte du VRAI...Radioscopie des hauts revenus : quid du premier...Le départ de Virginie Calmels, parfaite...Quand l’obésité du secteur public pénalise notre...L'intérim représente environ 50% de la...France : le mystère du taux d'épargne aussi...Médias français : le mode "Full...Les deux maux principaux de nos retraitesAviateurs du Mirage 2000 et pompiers de Paris :...Evolution du pouvoir d'achat : quel rôle...Pourquoi la France a-t-elle choisi « chômage et...L’opportunisme inaltérable de SégolèneBilan 2018 : quels ont été les députés les plus...Comparaison de l'évolution du pouvoir...« Vivent les taxes » chantent ceux qui en...Les classes moyennes et populaires victimes des...Crise en France : quelques éléments de réflexion...Evolution du pouvoir d’achat : ce sont les...Gilets Jaunes : "pouvoir d’achat" ?...Les Gilets Jaunes sont les victimes indirectes de...5 107 milliards€ : l'épargne financière...L'évolution du patrimoine net des Français...Retraites : TOUT ce qui se prépare et TOUT ce que...La radicalisation islamiste a-t-elle pénétrée les...Loi Pacte : il faut que tout change pour que rien...Rémunérations : quels sont les couples...Commerce extérieur : la débâcle française...La pauvreté s'étend en FranceCapital et travail : sommes-nous vraiment...Macron est-il vraiment pro-business ?France : la dépense publique par habitant est...France : la dette publique au-dessus de 100%,...