Se connecterS'abonner en ligne

Montée en gamme de la France : le cas exemplaire des vins et spiritueux

Référence de l'article : MPF3069
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI

Et si l’élevage français s’inspirait de la viticulture et des spiritueux pour s’en sortir ? 

En 2012, les exportations de vin ont culminé au niveau record de, 5,5 milliards d’euros, dont 27% ont pris la direction de la Chine. Sur les quelques 310 millions de bouteilles sorties des caves de Champagne en 2012, plus de 4 sur 10 sont parties à l’étranger. Dans le cognac, c’est 98% de la production qui quitte le territoire. En tout, ce secteur des vins et spiritueux génère à lui seul 10 milliards d’euros d’excédent, ce qui en fait le deuxième plus gros contributeur de notre commerce extérieur après l’aéronautique. Offensifs à l’extérieur, les producteurs nationaux règnent sans partage, ou presque, sur le marché domestique.

Un marché dynamique porté par une consommation des ménages en hausse de 1,7% par an depuis 2000 et qui a dépassé pour la 1ere fois le montant record de 15 milliards d’euros l’an dernier. Et pourtant, les Français boivent de moins en moins d’alcool. L’exemple du vin en donne une parfaite illustration :

au début des années 60, un adulte de plus de 14 ans consommait environ 170 litres de vin par an, soit plus de 230 bouteilles! Trente ans plus tard, au début des années 90, la consommation est tombée à moins de 90 litres, c’est quasiment deux fois moins. Les 20 années suivantes ont consolidé cette tendance avec une consommation moyenne en chute de 31,1%, à 61 litres. En à peine plus d’un demi-siècle, la consommation par personne a ainsi dégringolé de 65%. Alors bien sûr, la population a augmenté mais pas assez et au final, la quantité totale de vin consommée en France a quasiment été divisée par deux sur la période. Quelle claque ! Pour s’en sortir, la viticulture française a suivi un mot d’ordre « produire moins mais produire que du bon, produire que du cher ». Et cela a très bien fonctionné comme

le montre les évolutions croisées de la consommation de vin et celle de vin de qualité supérieure : en 1960 les dépenses de vins de consommation courante étaient 5,5 fois plus importantes en valeur à celles de vins d’appellation d’origine contrôlée et de qualité supérieure. 50 ans plus tard, les ventes de vins fins représentent 3,3 fois celles des vins courants. Une mutation effectuée dans la douleur, au prix de l’arrachage de nombreux pieds de vigne dans les endroits les moins biens situés :

entre 1990 et 2011, le vignoble français est passé de 832 000 à 632 000 hectares, c’est une baisse de 18%. A cela s’ajoute des efforts d’investissements à la fois dans les process de production, le conditionnement, le marketing, les forces de vente à l’étranger alors que se développe très vite un vignoble issu de l’agriculture biologique. La force du vin français, c’est la parfaite réussite de sa montée en gamme. Et il se rapproche de plus en plus des spiritueux ou du champagne qui évolue dans l’univers du luxe. Et c’est toute l’équation économique qui change avec cet avantage de la compétition hors-coûts. Mieux, dans le luxe, plus on vend cher plus ça marche. L’élevage français n’est pas condamné. A condition d’aller vers moins de quantité et plus de qualité.

(Mis en ligne le 22 Novembre 2013)

Articles similaires
La France qui taxe et la France qui payeParis : Cédric Villani se lance, lui aussi, dans...Conquête de Paris : le Villani petit canard de la...CSA : naissance annoncée d’un BIG BROTHER...Les 5 transformations majeures de l'emploi...Étonnamment, le taux des investissements des...Où en est véritablement le redressement du...Une grande partie des mesures en faveur du...France et UE : quelques récentes statistiques...Evolution des salaires, impôts et taxes, et...Les choix d'implantation des entreprises...Chômage : quand l’exception française invalide...Ecologie : Nathalie Loiseau veut dépenser mille...Quelques causes structurelles au déficit...La vérité sur les dépenses publiques et...Le gouvernement dans l’impasse face à «...Fonction publique : plusieurs méthodes pour...TVA à 0% sur les produits de base ? Une mesure...Pourquoi les exportations françaises sont-elles...Prix de l’essence : évolution comparée...En nommant Sibeth Ndiaye, Macron fait-il l’éloge...Salaires / dividendes : Benoît Hamon, candidat au...France : bilan des principales erreurs de...Comptes publics 2018 : sauts de cabri de...« Cette décision d’utiliser Sentinelle est...ZE : combien de temps peut durer le delta de...Inégalités Homme-Femme : pourquoi ne pas évoquer...Fin du Grand Débat : va-t-on tenir compte du VRAI...Radioscopie des hauts revenus : quid du premier...Le départ de Virginie Calmels, parfaite...Quand l’obésité du secteur public pénalise notre...L'intérim représente environ 50% de la...France : le mystère du taux d'épargne aussi...Médias français : le mode "Full...Les deux maux principaux de nos retraitesAviateurs du Mirage 2000 et pompiers de Paris :...Evolution du pouvoir d'achat : quel rôle...Pourquoi la France a-t-elle choisi « chômage et...L’opportunisme inaltérable de SégolèneBilan 2018 : quels ont été les députés les plus...Comparaison de l'évolution du pouvoir...« Vivent les taxes » chantent ceux qui en...Les classes moyennes et populaires victimes des...Crise en France : quelques éléments de réflexion...Evolution du pouvoir d’achat : ce sont les...Gilets Jaunes : "pouvoir d’achat" ?...Les Gilets Jaunes sont les victimes indirectes de...5 107 milliards€ : l'épargne financière...L'évolution du patrimoine net des Français...Retraites : TOUT ce qui se prépare et TOUT ce que...La radicalisation islamiste a-t-elle pénétrée les...Loi Pacte : il faut que tout change pour que rien...