Se connecterS'abonner en ligne

Macron est-il vraiment pro-business ?

Référence de l'article : MPF7078
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Olivier PASSET,Directeur des synthèses,XERFI (22 Septembre 2018)


La politique du gouvernement est-elle vraiment pro-business ? Ou bien, est-elle, à cette heure,



pro-riches, pro-premiers de cordée ?  Oui, quoique les grandes fortunes françaises avaient déjà accès à mille ficelles juridiques pour échapper au jeu de massacre fiscal. Le gouvernement a plaidé le ruissellement. Il ne s’est pas contenté d’alléger la fiscalité, il a surtout encouragé la détention des fortunes sous forme financière. Favorisant de la sorte son recyclage en direction des actifs productifs, lorsqu’il s’agit d’actions et d’obligations, ou collectifs, lorsqu’il s’agit de titres publics.
Mais il s’agit là d’un politique pro-business très indirecte.



Indirecte et incertaine, car le financement de l’économie est ouvert sur les ressources financières du monde entier, et n’est pas à ce point tributaire des fortunes nationales. In fine, ce qui compte véritablement, c’estl’attractivité des actifs productifs installés sur le sol français. C’est donc la rentabilité des entreprises qu’un gouvernement doit travailler, s’il veut que le capital financier, hexagonal ou étranger, s’investisse sur le territoire.

Alors, regardons à gros traits le volet véritablement pro-business de la politique gouvernementale.



Côté fiscalité, il y a la baisse de l’IS à horizon 2022, et la transformation du CICE en baisse de charges, principalement. Côté réglementation, il y a eu bien sûr les ordonnances sur le travail, destinées d’abord à réduire le risque juridique du licenciement, et à assouplir le droit du travail. Il y a, aujourd’hui, ce nouvel objet juridique à multiple tiroirs comme les affectionne Macron, que constitue la loi Pacte.

Pour reprendre ces éléments dans l’ordre, disons de façon lapidaire, que dans le



domaine fiscal , Macron se contente de faire le service après- vente de Hollande.Il confirme et fige ce qui avait été déjà acté. Il n’en fait pas plus, et déçoit les entreprises notamment sur le marécage de la fiscalité sur la production.
Concernant



les ordonnances travail, c’est un nouvel objet juridique foisonnant, qui, après la loi Macron 1 de 2015, ouvre de nouvelles facilités pour les entreprises.

Mais ces lois sont tellement tentaculaires que personne ne sait en évaluer l’impact véritable. Tout dépend du changement de comportement véritable des acteurs privés.

Or, en ce domaine, il y a bien souvent beaucoup d’inertie par rapport aux possibilités qu’offre la loi.

Et il y a aussi le délai nécessaire pour que la jurisprudence se stabilise. Disons que dans le meilleur des cas, ce sont des réformes à infusion lente, même si l’on constate dès à présent une baisse sensible des recours aux Prud’homme.
Idem pour




la loi Pacte, explicitement dédiée aux entreprises. La loi incorpore plus de 70 mesures, concernant l’épargne salariale, l’épargne retraite, l’allègement des seuils en passant par des privatisations, la réglementation des soldes, la commission de surveillance de la Caisse des dépôts, les expérimentations de véhicules autonomes, la réorganisation de l’ordre des experts-comptables, la sécurisation des levées de fonds en crypto-monnaies, etc. Tout ça va dans le sens d’une facilitation de la vie et de la transmission des entreprises.

Peu à peu, touche après touche, la France devient « Rapport Attali conforme ».
Tout y est…, sauf cependant le point de croissance supplémentaire promis par ses concepteurs. D’où vient ce hiatus ? Pourquoi la libération des initiatives produit-elle si peu d’effets apparents ?

D’abord, parce que ces lois ne s’attaquent pas aux obstacles principaux que soulignent les enquêtes. Les entreprises butent



1/Sur la léthargie de leurs débouchés,

2/ La difficulté des PME à attirer les compétences, et

3/ La poids de la fiscalité. Aussi volumineuses soient les lois, elles ne résolvent aucun de ces trois freins.

Ensuite, parce que, comme ses prédécesseurs, le gouvernement est focalisé par la fausse bonne idée, de drainer l’épargne des français vers les entreprises. A l’instar des mesures facilitant l’épargne salariale. "Ça marche en Allemagne, alors ça doit marcher en France".

Sauf qu’en Allemagne, le développement de l’épargne salariale a été la contrepartie de la modération salariale et de la baisse des retraites. Et c’est cette réduction des coûts qui a  porté ses fruits à terme en matière de compétitivité. Et c’est précisément là où le gouvernement en fait le moins, faute de marges budgétaires.

_____________________________________________________________________________
Cet article est également disponible sous format Video 
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Olivier-Passet-Macron-est-il-vraiment-pro-business-_3746304.html 
 
(Mis en ligne le 22 Septembre 2018)
 


Articles similaires
CSA : naissance annoncée d’un BIG BROTHER...Les 5 transformations majeures de l'emploi...Étonnamment, le taux des investissements des...Où en est véritablement le redressement du...Une grande partie des mesures en faveur du...France et UE : quelques récentes statistiques...Evolution des salaires, impôts et taxes, et...Les choix d'implantation des entreprises...Chômage : quand l’exception française invalide...Ecologie : Nathalie Loiseau veut dépenser mille...Quelques causes structurelles au déficit...La vérité sur les dépenses publiques et...Le gouvernement dans l’impasse face à «...Fonction publique : plusieurs méthodes pour...TVA à 0% sur les produits de base ? Une mesure...Pourquoi les exportations françaises sont-elles...Prix de l’essence : évolution comparée...En nommant Sibeth Ndiaye, Macron fait-il l’éloge...Salaires / dividendes : Benoît Hamon, candidat au...France : bilan des principales erreurs de...Comptes publics 2018 : sauts de cabri de...« Cette décision d’utiliser Sentinelle est...ZE : combien de temps peut durer le delta de...Inégalités Homme-Femme : pourquoi ne pas évoquer...Fin du Grand Débat : va-t-on tenir compte du VRAI...Radioscopie des hauts revenus : quid du premier...Le départ de Virginie Calmels, parfaite...Quand l’obésité du secteur public pénalise notre...L'intérim représente environ 50% de la...France : le mystère du taux d'épargne aussi...Médias français : le mode "Full...Les deux maux principaux de nos retraitesAviateurs du Mirage 2000 et pompiers de Paris :...Evolution du pouvoir d'achat : quel rôle...Pourquoi la France a-t-elle choisi « chômage et...L’opportunisme inaltérable de SégolèneBilan 2018 : quels ont été les députés les plus...Comparaison de l'évolution du pouvoir...« Vivent les taxes » chantent ceux qui en...Les classes moyennes et populaires victimes des...Crise en France : quelques éléments de réflexion...Evolution du pouvoir d’achat : ce sont les...Gilets Jaunes : "pouvoir d’achat" ?...Les Gilets Jaunes sont les victimes indirectes de...5 107 milliards€ : l'épargne financière...L'évolution du patrimoine net des Français...Retraites : TOUT ce qui se prépare et TOUT ce que...La radicalisation islamiste a-t-elle pénétrée les...Loi Pacte : il faut que tout change pour que rien...Pendant que la France s’endette, l’Allemagne et...Rémunérations : quels sont les couples...Commerce extérieur : la débâcle française...