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L’étude choc : mais que font les députés En Marche ?

Référence de l'article : MPF6563
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écrit par François LAINEE,Entrepreneur,(6 Janvier 2018)

Avec 60% des députés, En Marche ne représente que 1% des propositions de lois. Sur tous les indicateurs d’activité, les députés En Marche brillent par leur absence. Pourquoi ?
 

Juin 2017 : En Marche triomphe, remportant allègrement une majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Par le biais des mécanismes majoritaires, malgré une abstention massive, la relative tenue des parts de voix d’En Marche lui permet d’enfoncer toutes les oppositions.

Choisis par un mélange de candidatures spontanées vraiment sélectionnées selon un processus ouvert, de cuisine politicienne permettant de ramener des prises déstabilisantes pour les adversaires, de sélections de « stars de la société civile », et d’appuis-copinages permettant aux nouveaux barons d’organiser des parachutages au mépris des valeurs affichées, de nouveaux visages font leur entrée au parlement.
Parité respectée, part importante donnée à la société civile et aux primo accédants, tout est en place pour qu’une France nouvelle soit représentée par une chambre nouvelle, dans un esprit nouveau.

6 MOIS DE DÉPUTÉS EN MARCHE : QUEL BILAN ?

6 mois après, premier bilan. Pas le bilan officiel, ni celui des médias, sur un gouvernement qui (c’est vrai) tient (quasiment) ses promesses ; un bilan citoyen et basé sur des chiffres, celui que permet l’Open Data, et en particulier le remarquable travail de suivi détaillé de l’équipe de nosdeputes.fr.
Ce site, ouvert à tous, recense en détail ce qui se passe à l’Assemblée : qui sont les députés ? Ont-ils été présents ? Qu’ont-ils fait ? Quel est le contenu de leurs interventions ?

Une mine de détails bien peu valorisée, que cet article explore pour cartographier cette face méconnue de la France nouvelle, via l’étude des 5 premiers mois de la nouvelle législature, de juin à fin novembre 2017. Et l’analyse fait apparaître d’étonnantes réalités, sur les mécanismes du nouveau pouvoir : les députés En Marche font bien de la présence, mais leur production est extraordinairement faible, en volume en tout cas.
Avant de supputer ce que cela révèle, voyons les faits bruts :

LREM : UNE DOMINATION NUMÉRIQUE ÉCRASANTE

La base nos deputes.fr contient 586 noms de députés ; un peu plus que les 577 places dans l’hémicycle compte tenu des effets de remplacements des députés qui se désistent sans démissionner, comme les ministres Mme Giradrin, M. Madjhoubi ou M. Lemaire, ou les hiérarques comme M. Castaner. 321 de ces 586 membres portent l’étiquette LREM, 100 l’étiquette Républicains, puis vient le MODEM (48), AGIR (UDI et indépendants « de droite », 34), Nouvelle Gauche (31), et trois autres groupes, dont la France Insoumise, de 15 à 17 membres chacun.

PRÉSENCE : TOUS GROUPES À PEU PRÈS ÉGAUX

Comme le montre la planche 1 ci-dessous, les premiers mois de la législature ont vu les différents groupes assurer une présence à peu près identique.
Dans les commissions, là où se préparent les lois, le député moyen a siégé 27 semaines. Les députés LREM ont été les plus présents, avec plus de 29 semaines en moyenne, et les indépendants les moins présents avec 18 semaines.
Dans l’hémicycle, là où se discutent et se votent les lois, le député moyen a été présent 14 semaines, le niveau de présence des députés LREM. Les plus assidus ont été la France Insoumise, avec près de 17 semaines de présence.


Des députés En Marche présents mais inactifs

PRODUCTION LÉGISLATIVE : LREM SOUS-ACTIF À TOUS ÉGARDS

Le rôle premier des députés est de faire les lois, en construisant les textes ou en proposant des amendements aux textes proposés, puis en votant pour ou contre leur approbation. Pour ce faire ils ont aussi à questionner le gouvernement, qui a aussi un rôle majeur dans la proposition de nouvelles lois.
Comme le montre la planche 2 ci-jointe, sur tous les indicateurs de ces activités, les députés LREM ont produit bien moins que leur poids (nombre de députés) à l’Assemblée. Le comble est atteint avec la rédaction de propositions de lois, avec seulement 3 des 212 propositions de lois examinées pendant ce début de législature.
 
Le Modem, « allié » de LREM, a adopté le même profil effacé. À l’opposé, les groupes AGIR et les Non Inscrits ont eu une production de propositions de lois bien plus forte que leur part de présence à l’Assemblée. Dans d’autres registres, notamment amendements ou signature en appui de proposition de lois, La France Insoumise ou LR ont été très actifs.



Des députés nombreux, présents, mais lourdement inactifs, cela semble bien inquiétant pour le pays. À ce stade trois hypothèses semblent pouvoir expliquer ces observations.

LA « JEUNESSE DANS LE MÉTIER » ET LE MANQUE DE FORMATION

Beaucoup des nouveaux députés découvrent le palais Bourbon, voire la vie politique tout court. Et, c’est vrai, écrire un texte de loi ne s’improvise pas. Bien technique, bien aride, le style législatif est impénétrable au commun des mortels, même en simple lecture. Alors en écriture…
Et les anciens partis, pour les nouveaux venus, bien rares dans ces enceintes fermées de vieux crocodiles, avaient certainement eu le temps de rôder des formations maison (une des mille façons dont les partis pompaient des subventions publiques).
Peut-être En Marche a-t-il, débordé par le succès, un peu failli sur ce plan. Si cette explication joue un rôle important pour expliquer le peu d’action des députés, il ne se sera agi que d’un petit retard à l’allumage. Nous verrons en 2018.

DES DÉPUTÉS GODILLOTS BRIDÉS PAR LE GOUVERNEMENT ET LE PARTI

Des sources autorisées m’ont laissé à entendre que le problème vient hélas d’ailleurs. En Marche ne souhaiterait pas que les députés pensent et émettent des idées. Ou alors de manière extrêmement contrôlée. En pays de Macronnie on applique strictement les idées du chef, et seuls quelques tout proches ont une chance de tester des variantes ou des additions au programme élyséen.
Des consignes très claires en ce sens auraient été passées à tous les élus qui doivent, il est vrai, presque tous directement leur place au président. Toute tentation d’idée devrait subir l’épreuve du « tourne sept fois ta langue dans ta bouche… », avant d’être soumise au filtrage par le chef du groupe EM.
Pourtant certains élus avaient une forte tête, ou au moins une grande gueule, l’habitude de mener leur vie à leur manière, et étaient venus là pour pouvoir jouer un rôle à vraie valeur ajoutée. Eh bien ceux-là aussi ont ravalé leur langue ; des rumeurs d’envie de démission ont même circulé. À voir, car la soupe est bien bonne au palais Bourbon, et les honneurs endorment bien vite les consciences.
Peut-être pas seule en cause, cette explication joue certainement un grand rôle dans le triste constat de la passivité de ces élus. Certaines méchantes langues rebaptisent de fait les EM du surnom d’Eunuques Muets.
Le parti, énarchique, vénère certainement la pensée des grosses têtes comme la sainte et unique vérité. Pourtant des sortes de consultations citoyennes sont annoncées pour ce printemps, pour chercher à stimuler une « participation ». S’agira-t-il simplement de redécouvrir les sept vérités de l’Élysée ? Un test intéressant que nous suivrons de près.

UNE ACTIVITÉ NOUVELLE, MAL MESURÉE ENCORE

E. Macron l’avait évoqué, et des premières promesses ont déjà été articulées : il y a trop de députés, et trop de temps passé à faire des lois, sans jamais en évaluer l’impact et la pertinence. Ce dernier point est absolument avéré. De nombreuses lois ne sont pas ou seulement très partiellement appliquées, comme les récentes lois, impraticables par leur étendue, sur l’accès des bâtiments publics pour les handicapés. L’impact, fort et positif, de la suppression des jours de carence sur l’absentéisme dans le service public a été très discrètement évalué avant d’être oublié, pour permettre de les rétablir.
Alors oui, moins de lois nouvelles et de vraies évaluations, sérieuses et rendues publiques, suivies d’actions concrètes, serait un bienfait immense pour le pays. Rêvons, rêvons que l’incroyable passivité des députés En Marche dans les actions traditionnelles nous prépare la divine surprise d’un pays avec des lois moins nombreuses, plus utiles, plus simples, et vraiment efficaces.
Messieurs les députés, sortez les mains des poches et la tête du rang, existez par vous-mêmes de façon visible. Choisissez vos batailles et changez le pays, pas comme de simples sujets mais comme de vrais acteurs de ce changement que vous prétendez vouloir incarner.
Il y a mille urgences que les pensées présidentielle ou gouvernementale ne pourront jamais saisir. Ne cessez pas d’être En Marche, mais devenez un vrai EM : Émancipé Moteur.

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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
https://www.contrepoints.org/2018/01/04/306539-letude-choc-deputes-marche
 
(Mis en ligne le 6 Janvier 2018)

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