Se connecterS'abonner en ligne

Les PME et l’emploi : pourquoi tout reste à faire

Référence de l'article : MPF6826
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Claude SICARD,Economiste, Ancien président de OCS Consultants,(5 Mai 2018)

 

Une étude récente de l’Office Fédéral de la Statistique, en Suisse, l’OFS,  fournit des résultats très instructifs sur la croissance des entreprises, et elle vient corroborer les résultats d’une étude déjà ancienne de  l’OCDE, publiée en 1996, qui a été, semble-t-il, très insuffisamment prise en considération, en France, par nos instances dirigeantes.

Comme nous allons le voir, ces travaux confirment ceux de l’IRDEME, l’Institut de Recherche sur la démographie des entreprises, un institut de recherche créé en 2012 à Paris par Bernard Zimmern, le fondateur de l’IFRAP.

Cette étude de l’OFS, publiée le 6 mars dernier, a analysé qui sont, en Suisse, les  entreprises  « à forte croissance » qui créent des emplois. Cette investigation est issue du concept anglo-saxon de « high growth  firms» qui conduit à examiner, dans un pays,  la croissance  des entreprises de plus de 10 salariés  qui sont  parvenues à  accroître  leurs effectifs de plus de 10 % pendant trois années de suite. L’étude suisse a porté sur la période 2011-2014, et il s’est agi de 4.594 entreprises qui ont créé  88.245 postes nouveaux. Les résultats sont les suivants :
 

  • Les entreprises à forte croissance ont représenté 7,7 % du parc des entreprises existantes dans le pays ;
  • Au plan sectoriel, trois-quarts de ces entreprises se situaient dans le secteur tertiaire, et un quart dans le secteur secondaire : aucune dans le secteur primaire.
  • Pour ce qui est de la typologie de ces entreprises, on note qu’il s’agissait de :         

-  3,6 % des entreprises de 10 à 19 personnes

                         -  13 % des entreprises de 20 à 49 personnes

                         -  11 % des entreprises de 50 à 99 personnes

                         -  9,5 % des entreprises de 100 à 199 personnes

                          - 3,6 % dans les entreprises de plus de 1.000 personnes.

Cette étude  a donc montré que c’est dans la catégorie des entreprises de 20 à 49 personnes que l’on a trouvé la plus grande proportion d’entreprises en forte croissance.

L’étude de l’OCDE, pour sa part,  avait porté  sur un échantillon plus important d’entreprises, des entreprises de plus de 20 salariés, dans 6 pays différents, et ce pour la période 1985-1994. Dans cette étude, il n’a pas été tenu compte des « start-up », et l’indicateur de croissance utilisé était l’indice de Mustar qui se fonde sur la croissance en effectifs des entreprises.

Les économistes de l’OCDE sont parvenus, dans cette étude, aux résultats suivants :

  • 10 % des entreprises ont généré à elles seules 57 % des créations d’emplois ;
  • Pour l’immense majorité des entreprises, on constate que la croissance ne se fait pas au même rythme sur toute la période étudiée ;
  • Les taux nets de création d’emplois tendent à diminuer avec la taille de l’entreprise. Pour les entreprises des Pays Bas, par exemple, on avait les résultats suivants :

Taux annualisé gains/pertes nets d’emploi

                                                20 à 99 personnes…..…… 1,3

                                               50 à 99 personnes ……….  1,4

                                                100 à 99 personnes ………0,3

                                                200 à 499 personnes…  .... 0,4

                                                500 et plus……………… …0,1

 

  • Cette étude indiquait ainsi que « les taux de création d’emplois des petites entreprises sont toujours supérieurs à ceux des grandes entreprises » ; 
  • La probabilité de croissance des entreprises diminue avec l’âge ;
  • Les entreprises à forte croissance se trouvent dans tous les secteurs d’activité, et dans toutes les régions des pays examinés
  • Les entreprises à forte croissance se caractérisent par leur capacité à innover, cette caractéristique venant  en premier ; une forte orientation vers le marché; une organisation participative et aisément adaptable.

En conclusion, cette étude rappelait que l’économiste américain  David Birch a montré, en 1981, qu’aux Etats-Unis les petites entreprises jouent un rôle majeur dans la création d’emplois, et c’est lui qui a créé, d’ailleurs, le concept de « gazelles ».

Aux recommandations précédentes, les auteurs ont tenu à rajouter l’assouplissement des règles régissant le marché  du travail, et ils ont formulé la suggestion suivante : « Les politiques de croissance feraient bien de s’intéresser aux filiales des grands groupes ». Les grands groupes ont, en effet, les moyens de financer la création des jeunes entreprises qui sont leurs filiales et de guider celles-ci dans leur stratégie de développement.

Au vu de ces différents travaux, il apparaît très clairement que ce sont essentiellement les entreprises qui naissent et qui sont dans les premiers stades de leur cycle de vie qui créent véritablement les emplois dans un pays : certes, la croissance de toutes ces jeunes entreprises n’est pas un processus linéaire : il y a des nombreuses oscillations sinusoïdales autour du trend, avec des avancées et des reculs en termes d’emplois.

Dans un document publié en avril 2012, l’IRDEME rappelait que Dave Strangler avait, en 2010, montré qu’aux Etats-Unis 55.000 entreprises, soit 1 % du parc des entreprises, avaient été responsables de 40 % des créations d’emplois dans le pays. Malheureusement, les conditions d’environnement restent, en France, très défavorables à la croissance des jeunes entreprises, et l’IRDEME a calculé que les entreprises nouvelles dans notre pays créent deux fois moins d’emplois qu’en Allemagne et 8 fois moins qu’en Grande Bretagne. Un certain nombre de mesures prises ces dernières années vont incontestablement dans le bon sens, mais elles sont insuffisantes, et trop peu centrées sur les petites entreprises.

Il faudrait que les spécificités des entreprises naissantes et des PME soient bien davantage prises en compte par le législateur, en matière de fiscalité et de réglementation du marché du travail. Les reformes fiscales à faire doivent inciter les détenteurs de capitaux à investir dans toutes ces jeunes entreprises qui se créent, elles doivent permettre à ces entreprises d’améliorer considérablement  leur autofinancement en changeant, par exemple, les règles d’amortissement et en ajustant davantage la fiscalité.

En matière de droit du travail, il faudrait procéder à un certain nombre d’aménagements pour que les dispositions du code du travail s’appliquant aux jeunes entreprises soient beaucoup plus souples qu’elles ne le sont pour des entreprises ayant atteint leur phase de maturité. Il est en fait, si l’on y réfléchit bien, absurde de vouloir soumettre les start-up et les entreprises dans leurs premières phases de vie, des entreprises très fragiles et vivant dans l’incertitude, aux mêmes contraintes en matière de droit du travail que celles qui s’appliquent aux grands entreprises.

Et il conviendrait de laisser aux Régions davantage de libertés pour épauler les jeunes entreprises qui naissent et se développent sur leur territoire : parmi les mesures à prendre, il pourrait être judicieux de laisser aux Régions la liberté de fixer elles mêmes le niveau du SMIG, car celui-ci n’a aucune raison d’être identique en tous les points du territoire.

Des expérimentations diverses sont donc à faire pour épauler beaucoup mieux qu’on ne le fait aujourd’hui les jeunes entreprises, et pour développer en France les réseaux de business angels, ces contribuables aisés qui disposent de capitaux et pourraient leur fournir les fonds propres dont elles ont besoin pour leur croissance. Comme le recommandent les experts de l’OCDE, il faudra régulièrement procéder, ensuite, à des évaluations des résultats des mesures  mises en œuvre.

Il manque en France environ 5 millions d’emplois, et ceux-ci, pour la plupart, ne pourront être créés qu’à partir des entreprises naissantes.

(Mis en ligne le 5 Mai  2018)


                                                           

 

 

 


Articles similaires
Comparaison de l'évolution du pouvoir...« Vivent les taxes » chantent ceux qui en...Les classes moyennes et populaires victimes des...Crise en France : quelques éléments de réflexion...Evolution du pouvoir d’achat : ce sont les...Gilets Jaunes : "pouvoir d’achat" ?...Les Gilets Jaunes sont les victimes indirectes de...5 107 milliards€ : l'épargne financière...L'évolution du patrimoine net des Français...Retraites : TOUT ce qui se prépare et TOUT ce que...La radicalisation islamiste a-t-elle pénétrée les...Loi Pacte : il faut que tout change pour que rien...Pendant que la France s’endette, l’Allemagne et...Rémunérations : quels sont les couples...Commerce extérieur : la débâcle française...La pauvreté s'étend en FranceCapital et travail : sommes-nous vraiment...Macron est-il vraiment pro-business ?France : la dépense publique par habitant est...France : la dette publique au-dessus de 100%,...La doctrine Macron sur les revenus expliquée de A...Pourquoi la croissance française est inférieure à...Report ou transformation du prélèvement de...La plus grave erreur de Macron : il a cassé la...France : le pouvoir d'achat en forte baisseDepuis 2009, les sous-investissements en...Le chantier de la réduction des emplois publics...14 Juillet : attention quand même de ne pas...Constitution : les dangers d'une révision...Liens entre gros revenus et gros patrimoines:...Assemblée nationale : les frais de personnel les...Réforme des retraites : les gagnants et les...Financer les retraites ne suffira pas : il faut...« Economies publiques » et « industries de pointe...Budget de l'Etat : zéro progrès, la Cour des...Que penser du bilan 2017 de la Commission...Consignes données aux CRS le 1er mai : « S’il y a...La France, qui n'est plus une nation...Fake news de Tolbiac : l'hallucinante...Mai 68 : quel était le contexte économique à...La France est bien un pays socialiste : la preuve...Pour une réforme du droit de grève : la Loi doit...France : il faudrait mieux défendre la...Blocages des facs : l’ultra-gauche et LFI tentés...La cagnotte n'existe pas : les pertes sont...France : pourquoi l’économie est elle en panne ?...Ce que révèle la réforme de la SNCF sur les...Innovation : le principe de précaution inhibeFrance : dégradation brutale du solde des...La volonté de réforme de Macron peut-elle...Sur les 5,8 millions de salariés des groupes...Génération « J’ai le droit », de Barbara...