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Les Gilets Jaunes sont les victimes indirectes de la désindustrialisation de la France

Référence de l'article : MPF7226
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écrit par Claude SICARD,Economiste, Ancien Président de OCS Consultants,(1er Décembre 2018)

                         

La nouvelle taxe sur les carburants menace de faire exploser le pays. De partout s’élève un même  cri : « Trop, c’est trop ! ». Les Français se sentent écrasés par les impôts et les taxes, et 63 % d’entre eux déclarent  « avoir du mal à finir les fins de mois » (baromètre Kantar-Sofres).C’est, en effet, en France que la pression fiscale est, aujourd’hui, en Europe, la plus importante, les prélèvements obligatoires atteignant environ 48% du PIB, alors que la moyenne des pays de l’UE est à environ 39 % .

Cette pression fiscale anormale est d’autant plus mal ressentie que le PIB /tête des Français est très loin d’être un des plus élevés d’Europe. Nous en sommes à 38.476 US$/tête actuellement, alors que l’Allemagne en est à 44.469 dollars, le Danemark à 56.307 dollars, l’Irlande à 69.330 dollars, et la  Suisse à  80.189 dollars. La France, dans l’UE, se trouve seulement  en 11e position, selon cet indicateur de richesse, après avoir été dans les 3 premiers de 1960 à 1974.

Les gilets jaunes qui ont déclenché cette Jacquerie ne comprennent pas les raisons pour lesquelles ils ont des problèmes de fin de mois, et ils se retournent donc contre le jeune président pour lui demander des comptes. Partout fleurissent des pancartes « Macron démission ». Notre Président a commis deux erreurs majeures : d’une part, il n’a pas pris la précaution d’expliquer aux Français,  en prenant en charge les destinées du pays, l’état réel dans lequel se trouve l’économie du pays, et, d’autre part, pour lancer son train de réformes,  il a pris le problème à l’envers.

La France paye chèrement, aujourd’hui, les erreurs des gouvernements qui, depuis la fin de la période des Trente Glorieuses, ont laissé décliner notre secteur industriel : celui-ci ne représente plus, aujourd’hui, qu’à peine plus de 10 % du PIB, alors qu’il devrait se situer à, au moins, 18 %, la norme européenne étant à 20 %. Les effectifs de notre secteur industriel sont passés de 6,8 millions de personnes en 1980  à 2,7 actuellement, et l’on doit considérer qu’il nous manque environ 1,8 million de personnes  dans ce secteur. Si ces effectifs existaient, le secteur des services se trouverait renforcé de 3,6 millions d’emplois supplémentaires, les économistes considérant qu’un emploi dans le secteur secondaire induit, au moins, deux emplois dans le secteur tertiaire. Le PIB de notre secteur industriel se trouverait majoré de 180 milliards €, et celui des services de 232 milliards € (car ces derniers ne seraient pas au même taux horaire), soit au total 412 milliards €. C’est le montant qui manque actuellement au PIB de notre pays, du fait des erreurs passées. Le PIB/tête des Français se situerait ainsi au  niveau de celui des Allemands. Tout ceci, malheureusement,  n’est pas été dit  aux Français, d’où la Jacquerie qui ébranle le pays. Emmanuel Macron n’a pas voulu expliquer la situation très difficile dans laquelle se trouve l’économie du pays, sans doute pour ne pas dégrader encore l’image de la France  dans le monde.

Pour tenter de remédier aux dégâts sociaux causés par la fonte de notre secteur industriel, les gouvernements successifs ont laissé filer les dépenses publiques, celles-ci comportant un volet « dépenses sociales » extrêmement important. Rapportées au PIB, nos  dépenses sociales représentent 31,5 % du PIB  (chiffres  OCDE), alors quelles ne sont que de 23 % aux Pays Bas,  et 24 % en Allemagne. Ce phénomène de compensation d’un niveau de richesse insuffisant par de dépenses sociales élevées est d’ailleurs courant,  comme le montre le graphique ci-dessous :
                              
Corrélation Dépenses sociales/PIB et Production industrielle/PIB
 
 
 
 
On voit, sur ce graphique, combien la France a consenti d’efforts exceptionnels en matière d’aides sociales, comparativement aux autres pays : elle se situe très au dessus de la corrélation,  et l’on ne peut donc qu’injustement critiquer le gouvernement actuel. Il faut rappeler que l’on en était à 14,3 %  seulement du PIB en 1959 ! Les économies que réclament les citoyens ne peuvent pas porter sur une grande partie des dépenses sociales. Il reste donc les autres dépenses : celles de l’Etat et celles des collectivités territoriales.

Seconde erreur commise par Emmanuel Macron : il a pris le problème des réformes à l’envers. Il  a procédé trop tôt à la réforme de l’ISF. Il eut fallu,  au préalable, réformer profondément la fiscalité française, ainsi que notre droit du travail,  en s’inspirant par exemple de la Suisse. Ceci, afin que les détenteurs de capitaux soient en mesure de se mettre en route pour investir dans les entreprises qui se créent, jouant comme cela est attendu d’eux le rôle de  « business angels ». Cela n’a pas été fait, et Emmanuel Macron se trouve affublé, maintenant, de l’étiquette de « Président des riches », un qualificatif qui constitue pour lui un handicap très sérieux pour mener à bien  son train de réformes.  
 
Que faut-il faire, à présent ? Indubitablement, ne pas appliquer aux carburants la taxe carbone qui est pour les Français une taxe de trop !  La France est un pays sinistré du fait de la perte d’une bonne partie de son secteur industriel : or, celui-ci, comme nous l’avons montré dans un article précédent, constitue l’élément clé de la richesse des pays. La France est  le pays qui, en Europe, a le taux d’industrialisation le plus bas, Grèce mise à part. Elle est, par ailleurs, et ce n’est pas un hasard, le pays qui en Europe a le taux le plus bas d’émissions de CO2 par habitant : 4,38 T/an, contre 5,65 en Grande Bretagne et 5,9 T/an en Allemagne. La Chine en est à 6,57 T/habitant, et les Etats Unis à 14,95 T/habitant !

Il faut donc faire admettre à nos partenaires européens qu’il faut laisser aux Français le temps de reconstituer leur appareil productif avant qu’ils ne soient en mesure d’apporter une contribution significative au sauvetage de la planète. D’ailleurs, les modifications de climat qui affectent  notre planète ne sont pas dues entièrement aux activités humaines, car il existe aussi des causes naturelles, mais surtout, lorsqu’il s’agit de causes anthropiques, le CO2, qui n’est pas un polluant, est un facteur mineur par rapport aux autres facteurs : pollution de l’air, de la terre et du cycle de l’eau (plastiques, pesticides, particules fines, méthane, gaz toxiques, métaux lourds, etc.),  déforestation, et autres activités humaines nocives.

Les sondages indiquent que de 75 % à 84% des Français soutiennent les gilets jaunes, selon les sondages sortis ces derniers jours : Emmanuel  Macron ne va donc pas pouvoir faire autrement que de les écouter.
 
(Mis en ligne le 1er décembre 2018)                                         

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