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Les choix d'implantation des entreprises françaises et allemandes comparés

Référence de l'article : MPF7551
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écrit par Olivier PASSET,Directeur des synthèses,XERFI (11 Mai 2019)


Nouveau zoom sur la France off-shore, celle des filiales implantées à l’étranger. On la regarde peu. Cet empire hors les murs est parfois critiqué par la déperdition d’emplois et de matière fiscale qu’il induit. Il reste pourtant arrimé à l’économie nationale et cette extension exerce un impact décisif sur la capacité des entreprises françaises à extraire de la valeur sur les marchés mondiaux. J’aimerais ici dresser le portrait de cette extension de l’économie française, en comparaison avec l’Allemagne, pour faire ressortir ce que le positionnement français a de spécifique.

En première analyse, on pourrait penser que les choses se ressemblent de part et d’autre du Rhin. L’emploi dans les filiales des groupes nationaux à l’étranger,



c’est 6,1 millions de personnes en France, contre 5,7 millions pour l’Allemagne.

La première et la plus évidente, c’est que l’économie française est nettement plus extravertie, du point de vue du capital, que l’économie allemande.



Puisque l’emploi, hors territoire résidant, représente plus de 33% de l’emploi marchand hexagonal contre 17,8% côté allemand.

La seconde grosse différence réside dans l’allocation géographique de ces investissements. Je ne me focaliserai ici que sur les écarts les plus parlants :



La France, c’est près de 14% de l’emploi en Amérique latine contre 8,3 pour l’Allemagne. C’est  7,3% de l’emploi en Afrique contre 2,6 pour l’Allemagne, c’est 10,7% de l’emploi en Europe du Sud (Italie, Espagne,  Portugal, Grèce), contre 6,8% pour l’Allemagne. A  l’inverse, l’Allemagne,



c’est 14,4% d’emplois en Amérique du Nord contre 12,5 pour la France. C’est 2,7% d’emplois dans les pays scandinaves contre 1,2 pour la France. Bref, on observe clairement un tropisme pour le Sud concernant la France et un tropisme Nordique pour l’Allemagne.



Afrique + Amérique latine + Europe du Sud représentent près de 32% de l’emploi hexagonal, contre 18% pour l’Allemagne.

Troisième différence sensible, c’est le degré d’implantation dans les BRICS :



Les pays émergents phare représentent 23% de l’emploi off-shore hexagonal contre 18% pour l’Allemagne. Ce constat prend à rebours l’idée selon laquelle les entreprises françaises seraient moins offensives sur les pays émergents que l’Allemagne. Ces dernières jouent clairement une stratégie différente de celle des groupes allemands pour capter la demande de ces zones, en se plaçant à proximité des ressources et des marchés, au détriment des exportations depuis le territoire.

Quatrième différence majeure, c’est le degré d’implantation dans les PECO. On s’en doute.



18,7% des emplois allemands contre 8,4% pour la France. C’est toute la logique bien connue d’intégration gagnante des coûts et des qualifications de son Hinterland par l’Allemagne que l’on visualise ici.

Cinquième différence notoire et non surprenante encore,



c’est le poids relatif des services et de l’industrie. La France se caractérise par un certain saupoudrage industriel et conforte sa position dans les services via l’investissement à l’étranger,



à l’instar du commerce de détail, de l’hébergement-restauration ou de la construction, par exemple, qui nécessitent une multi-implantation. L’Allemagne elle, est très polarisée sur ses points forts :



l’automobile et les biens d’équipement, qui ,à eux-seuls, occupent plus du tiers de l’emploi off-shore, contre 10,8% pour la France.

Et si l’on élargit l’angle, on voit clairement que l’investissement à l’étranger organise de l’amont à l’aval la machine de guerre exportatrice allemande. Automobile + Equipement + commerce de gros + concessionnaires auto + transport-entreposage représentent 55 % de l’emploi allemand contre 22% en France.

Bref, outre-Rhin, entre l’hinterland, la logistique, le commerce de gros et la surreprésentation de deux secteurs stratégiques clés, c’est une plateforme de production et d’exportation qui prend forme, dans toute sa cohérence. Alors que côté français, c’est un portefeuille plus diversifié d’activités, multi-localisées, davantage branché sur les zones émergentes qui sort de l’épure. Et si l’on ajoute à cela, une autre différence, le poids relatif bien plus important des FUSAC dans la stratégie d’expansion française, c’est aussi l’image d’un investissement plus mobile, moins cohérent, mais plus agile, que celle qui se dégage de l’économie off-shore allemande.

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Cet article est également disponible sous format Vidéo :
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Olivier-Passet-Les-firmes-francaises-et-allemandes-a-l-international-des-enseignements_3747235.html 
 
(Mis en ligne le 11  Mai 2019)

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