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Les 5 transformations majeures de l'emploi en France

Référence de l'article : MPF7636
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (23 Juin 2019)

Il faut au minimum 30 ans de recul pour se rendre compte des profondes mutations du marché du travail.

Premier constat, l’emploi s’est d’abord beaucoup féminisé :



le nombre de femmes en emploi (qu’il soit salarié ou non) a progressé d’environ 3,6 millions sur la période pour seulement une hausse de 991  000 pour les hommes. Le « gap » est énorme, avec un rapport de 1 à près de 4, si bien qu’aujourd’hui plus de 48% des emplois sont occupés par des femmes : la parité n’est donc plus très loin et deux courbes se rapprochent : celles des taux d’emplois (qui rapporte le nombre de personnes en emplois sur la population en âge de travailler, les 15 à 64 ans par convention).



La courbe des femmes monte et, à près de 64%,  elle n’a jamais été aussi haute. Pour les hommes, elle se situe à 70%, ce n’est pas son niveau plancher, mais c’est très loin des standards (proche de 90%) du début des années 70. L’écart hommes/femmes est ainsi passé de plus de 39 points à 6,1 sur l’ensemble de la période. C’est une transformation sociale majeure. C’est le résultat de la nécessité d’un double salaire à l’ère de la consommation de masse, de la marchandisation des tâches domestiques qui a été la clé de l’accès aux femmes à des postes plus élevés, mais aussi de la volonté d’une plus forte reconnaissance sociale des femmes et de leur plus forte autonomie financière.

La féminisation va de pair avec un deuxième bouleversement, la montée de la tertiarisation des emplois. Sur les 30 dernières années,



l’industrie a détruit plus d’1,4 million d’emplois (c’est la marque de la désindustrialisation de la France, mais aussi du recours croissant à l’externalisation), l’agriculture en perd près de 700 000 (1 emploi agricole sur deux a disparu depuis 1987), la construction est restée quasiment stable et le tertiaire en a gagné près de 7 millions. L’industrie, l’agriculture, le BTP sont très masculinisés : près de 8 emplois sur 10 sont occupés par des hommes, alors que les femmes sont majoritaires dans le tertiaire. Il y a donc aussi un effet sectoriel dans la féminisation de l’emploi, les postes se créant massivement dans les secteurs les plus riches en emplois féminins.

Une troisième transformation majeure concerne le statut de l’emploi avec une grande rupture, celle de la montée du salariat. Il y a 30 ans, la salarisation complète de la société était une thèse largement admise.



Et pour cause, la part de l’emploi salarié ne cessait de s’élever jusqu’à représenter un peu plus de 91% de l’emploi total au début des années 2000, soit 12 points de plus par rapport au début des années 70. Changement de tendance à partir de 2003, la part du salariat stagne, puis se réduit légèrement. C’est la conséquence de l’épuisement de la baisse de l’emploi indépendant traditionnel (agriculteurs, artisans, commerçants), mais aussi des nouvelles modalités de travail indépendant ultra-flexible (avec notamment la création du statut d’autoentrepreneur en 2009) le plus souvent en sous-traitance des entreprises.

La précarisation du salariat est la quatrième tendance forte.



C’est d’abord la montée du temps partiel, qui concerne aujourd’hui près d’un salarié sur 5 contre à peine plus de 6% au milieu des années 70. Un temps partiel, qui, dans bien des cas, est plus subi que choisi. Autre signe, l’intérim, les CDD, prennent une place croissance  dans l’emploi : leur part dans l’emploi salarié est passée de 7,2 en 1987 à 13,5% en 2018.



Mais l’évolution la plus saillante est l’augmentation du turnover et de la précarité des CDD, dont témoignent la progression de la part des CDD dans les flux d’embauche, passant de 76% en 1993 à 87% et la part prépondérante des CDD de moins d’un mois (83%).

Cinquième transformation, l’élévation du niveau général de formation de la population. C’est bien entendu la conséquence de l’effort appuyé dans le système éducatif, notamment le supérieur.



Si bien qu’aujourd’hui la proportion de personnes en emploi, dotée d’un diplôme du supérieur est passée de moins de 13% à quasiment 36% en 30 ans quand la part des sans diplôme ou titulaire du brevet des collèges est tombé de 53% environ à 21,4%. Attention, le niveau des emplois n’a pas suivi. Des personnes hautement qualifiées (bien souvent des jeunes) sont contraintes d’accepter des emplois en-dessous de leur compétence, chassant par là-même les employés qui les occupaient traditionnellement et dont le point de chute est bien souvent Pôle Emploi.



Féminisation, tertiarisation, rupture de la progression du salariat,précarisation, élévation du niveau de qualification forment les 5 grandes mutations du marché du travail de ces 30 dernières années.

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Cet article est également disponible sous format Vidéo :
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Les-5-mutations-majeures-de-l-emploi-depuis-30-ans_3747404.html
 
(Mis en ligne le 23 Juin 2019

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