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Le patriotisme minier, de la Sarthe à la Polynésie....

Référence de l'article : MPF2898
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écrit par David WEBER,BearingPoint

Ceux qui me connaissent savent tout le bien que je pense de la notion de temps long, ce temps économique découlant d'une vision parfois inspirée par l'Etat et dont un des attributs est d'échapper aux logiques de court-terme, privilégiant ainsi des intérêts nationaux dont la genèse et l'exploitation formatent des industries entières pendant des décennies.

Sur cette planète mondialisée où tout est à vendre et où le deal du "toujours moins cher" est l'alpha et l'oméga de la vision consumériste, ressortir l'idée d'une industrie lourde fermée en France il y a  trente ans, intrinsèquement polluante, à la production forcément aléatoire et par nature non-délocalisable, semble tout à fait iconoclaste voire d'une parfaite incongruité tant le secteur minier semble la chasse gardée de ces contrées lointaines où les conditions d'exploitation ne regardent pas de trop près ni la préservation de l'environnement ni les conditions sociales.

La décision récente d'Arnaud Montebourg d'accorder un permis de recherche minier s'étendant sur dix-sept communes de la Sarthe et de la Mayenne à la société Variscan Mines peut surprendre les moins avertis d'entre nous et si on peut légitimement  douter de la rentabilité de l'opération dans une logique de prix, on se rassurera davantage dans une logique de coût global.  

Précisons d'abord que le permis de recherche minier n'est pas le sésame qui permettra à Variscan Mines d'éventrer dès demain le paysage  sarthois à grand coupe de pelleteuse et d'excavateurs gigantesques: il ne donne que la possibilité, dans un premier temps, de mener des études complémentaires sur la richesse supposée du sous-sol en métaux recherchés: cuivre, plomb, zinc et à la marge, or ou argent. Cette première phase environ dure cinq ans, ne représente pas plus de 3% des coûts d’exploitation en pleine activité  et si les données recueillies permettent de penser que les 205 km² couvrent l'eldorado espéré, alors la phase d'investissement à proprement parler commencera à monter en régime. Les chiffres donnés à la presse évoque communément 300 millions d'euros, dont on espère qu'une substantielle partie viendra irriguer l'industrie de sous-traitance française et encore mieux, locale. Ma connaissance du monde minier liée à l'observation des projets récents de par le monde (Usa, Niger…) m'incite à cibler des dépenses qui pour le même périmètre atteindront au moins ce chiffre et la maille du demi-milliard me parait plus prudente.

Il est bien connu que c'est dans les périodes troublées, délicates, que germent et se préparent les réussites futures. Les temps actuels sont sans contestation possible un de ces tournants de l'histoire économique où la France soit décrochera irrémédiablement du peloton de tête des pays occidentaux pour n'avoir pas fait les bons choix industriels, soit  remontera la pente à la faveur de quelques choix judicieux permettant une création de valeur qui soit autre chose qu'un feu de paille conjoncturel.

Affirmer que le redémarrage de l'activité minière en France métropolitaine est l'un de ces choix est osé mais un pari moins risqué qu'il n'y parait: il a en tout état de cause la vertu de créer une dynamique nationale sur le sujet sensible de la dépendance française aux métaux stratégiques dépendant de cycles longs. Comme pour les terres rares, l'équilibre offre-demande et plus encore le risque de pénurie sciemment organisée est impactant pour le principal métal que l'on compte extraire de notre sous-sol: le cuivre. Rien que pour ce seul métal, rappelons que la demande mondiale a connu une consommation augmentant chaque année de 10.1% entre 1980 et 2010 ! Les utilisations de ce métal laissent supposer que la tendance va se poursuivre, même si à un chiffre un peu plus bas sur une aussi longue période.

S'il voit le jour après les études en cours, le projet minier de Variscan Mines (dont les fonds sont 100% australiens) aura de grandes chances d'être rentable, fonction du mix et surtout de la teneur du minerai en cuivre malgré le fait que le projet ne soit a priori pas en mine à ciel ouvert. Les premières diagraphies précises du sous-sol seront primordiales lorsqu’on se rappelle que le dernier inventaire du sous-sol français par le Bureau de recherche Géologiques et Minières (BRGM) date de 1992 !

Le cuivre est certainement plus connu et plus visible du grand public que les terres rares, et sa possible exploitation en métropole donnera peut-être un coup de fouet au projet d'exploitation des fonds marins au large de la Polynésie où l'on sait pouvoir trouver des gisements prometteurs de métaux. Le projet français REMIMA (Ressources Minérales Marines), débuté avant l’arrivée d’Arnaud Montebourg au Ministère du Redressement Productif,  est encore dans sa phase d'évaluation mais à l'horizon de 8 ou 10 ans, le début d'une campagne d'exploitation préliminaire est parfaitement envisageable.

Elément déclencheur, de la Sarthe à la Polynésie, la volonté politique de s’inscrire dans le long terme semble là et il reste à espérer que l’alternance politique de demain ou après-demain ne remettra pas en cause cette volonté. C’est là une chance historique du patriotisme minier français : face à des marchés demandeurs de métaux précieux et rares sur le long terme, une vision colbertiste qui viserait non pas à être verticale de l’offre à la demande mais affirmerait haut et fort que l’Etat entend créer les conditions d’un écosystème favorable marquerait les esprits. Deux éléments fondamentaux manquent à ce jour : tout d’abord, le financement d’activités d’amorçage, gourmandes en capitaux. Sur ce point, des solutions hybrides peuvent être mises en œuvre : partenariat public-privé, concession avec redevance, etc… la seule limite est l’imagination. Enfin, un cadre juridique pérenne et actualisé, le Code Minier actuel étant tout à la fois un patchwork très restrictif voire coercitif (pas de gaz de schiste) et une véritable usine à gaz ….  

Pour accomplir cette vision, il faudra passer de nombreux obstacles, essentiellement d’ordre psychologique car si un code minier se réforme en quelques mois, si l’argent se trouve en quelques trimestres, les mentalités ne changent pas vite. Mais ne faisons pas la fine bouche, audace et volontarisme sont la base d’un changement, et il parait que pour celui-ci… c’est maintenant.

david.weber@bearingpoint.com

(Rédigé le 22 Septembre 2013)
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