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Le départ de Virginie Calmels, parfaite illustration de « L’horreur politique », d'Olivier Babeau

Référence de l'article : MPF7395
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écrit par Johan RIVALLAND,Normale Sup Cachan,(2 Mars 2019)

 

L’un des essais les plus évocateurs et les plus marquants sur le fonctionnement politique est, selon moi, l’ouvrage d’Olivier Babeau sur L’horreur politique. Il montre, mieux que quiconque, les ressorts (corrompus) de la politique telle que nous la connaissons au moins en France (pas seulement, mais ici de manière particulièrement marquée). Des ressorts à même de décourager les meilleures volontés.
 
Je connais peu Virginie Calmels, mais ne puis que constater et admirer sa détermination et son sens de l’engagement, appuyés sur de fortes convictions. C’est avec ce sens de la conviction qu’elle s’est lancée, interrompant une carrière brillante, dans le bain de la politique. Une aventure un peu folle et risquée, mais s’appuyant sur un tempérament positif et un caractère bien trempé. Malheureusement, la machine à broyer laissait peu d’espoir à un tel profil. Et elle a su se retirer à temps, ce qui ne devait pourtant pas être une décision facile lorsqu’on sait qu’elle a failli plus d’une fois parvenir à jouer les tout premiers rôles…

DES CONVICTIONS PROFONDÉMENT LIBÉRALES

Virginie Calmels se retire donc de la vie politique, la tête haute, au terme de cinq années d’engagement de premier plan, d’abord à la mairie de Bordeaux, mais aussi dans les instances des Républicains, où elle a tenté de faire valoir sa ligne libérale et est presque parvenue à faire reconnaître, au moins partiellement, une représentation des idées libérales, avant de devoir renoncer et de nous faire constater que, décidément, il n’y a rien à espérer de ce côté-là devant l’inertie d’un parti engoncé dans un conservatisme de bon aloi bien éloigné des idées libérales.
 
Dans une interview accordée à Challenges ces derniers jours, elle signe ainsi son testament politique. Qui reflète bien l’idée selon laquelle, face à l’horreur politique, il est vain d’aspirer à changer les choses. La politique restera la politique et il n’y a pas grand-chose à espérer de positif en la matière. C’est pourquoi elle referme cette parenthèse dans sa vie professionnelle, pour retourner dans le privé, où elle aura certainement beaucoup plus de choses à apporter que là où on aurait pourtant pu souhaiter qu’elle puisse contribuer à assainir un peu les choses.
 
D’autres avant elle, peu nombreux (Alain Madelin, un petit peu François Fillon sur le tard lors de la dernière élection présidentielle) avaient tenté l’aventure politique et cherché à insuffler un vent de libéralisme dans la politique française, mais en vain. À chaque fois, les tirs de barrage sont apparus rapidement (particulièrement violents dans le cas de François Fillon, la droite française n’ayant pas peu contribué à sa chute aussitôt sa victoire surprise aux primaires accomplie). Il ne pouvait en être autrement, même avec un tempérament féminin hors pair mais un peu trop original et isolé dans cette vie politique française incompatible avec un tel état d’esprit.

UN MONDE POLITIQUE VIOLENT, GANGRENÉ PAR LES ABSURDITÉS

Virginie Calmels pouvait pourtant représenter un espoir. Un profil ouvert, peu déformé par la politique pure comme la plupart des politiques, qui doivent avaler leur lot de couleuvres et accepter les pires compromissions avant d’espérer parvenir, après de nombreuses années, au premier plan. Un profil assez exceptionnel comme on peut – rarement – en trouver en politique. Issu de la société civile, qui plus est du monde de l’entreprise. Mais, et c’est là que le bât blesse, il aurait fallu quasiment un petit miracle pour que cela fonctionne. Car, comme elle le dit de manière parfaitement éloquente :

« Ce sont deux mondes totalement différents. Dans une entreprise, il y a une vision collective, des objectifs partagés à atteindre au service des salariés, des clients et des actionnaires. Tout le monde tire dans la même direction. La politique répond, elle, à une logique beaucoup plus individualiste. La lutte pour le pouvoir prend le pas sur tout. Il faut à tout prix éliminer les autres pour être la dernière quille debout. Dans le privé, la situation est simple : vos concurrents sont à l’extérieur et il faut parvenir à faire mieux qu’eux. En politique, vos ennemis sont à côté de vous, dans le même parti, parfois le même exécutif. Dans une entreprise, si vous tirez contre votre propre camp, il s’agit d’une faute lourde, vous vous exposez à une sanction voire à un licenciement selon la gravité des faits. C’est tout l’inverse en politique, la déloyauté contre son propre camp n’est pas sanctionnée ».
 
On comprend donc quelle dose de courage il lui a fallu pour parvenir à s’imposer et faire reconnaître ses qualités jusqu’arriver au premier plan. Mais les forces d’inertie de la politique sont telles que ses chances de réussite demeuraient bien maigres. Surtout lorsqu’on a le courage de défendre jusqu’au bout ce qui constitue, de l’avis d’une forte majorité des gens en France, une véritable monstruosité : le libéralisme.
 
Elle raconte ainsi comment elle est parvenue à des résultats parfois significatifs dans son action locale à Bordeaux, mais à quel point les incohérences de la politique sont ravageuses, faisant fi des réelles compétences des personnes pour préférer toujours les petites combines et combinaisons du moment. Triste politique.

Et c’est le constat d’un monde politique violent qu’elle nous renvoie, injuste et cruel, « qui échappe à toute forme de rationalité ». Fait de mensonges et de mauvaise foi, de dénigrement et de diffamation… avec la part non négligeable jouée par les médias.

DES POLITIQUES FRANÇAIS DROGUÉS À LA DÉPENSE PUBLIQUE

Finalement, elle ne fait que décrire de l’intérieur ce qu’il nous semblait bien avoir constaté :

« Quand l’objectif premier d’un chef d’entreprise est de parvenir à faire baisser ses coûts tout en garantissant la qualité du produit, en négociant mieux ou en rognant sur les dépenses inutiles notamment, un politique sait qu’il pourra toujours avoir recours à l’impôt au lieu de chercher à baisser les coûts. Il y a un code des marchés publics qui conduit à un surcoût des marchés sans de réelles négociations. Pire, il y a même une incitation à la dépense, les élus sont jugés sur leur capacité à construire de nouveaux complexes, engager des travaux… La capacité à bien gérer, à se désendetter, moins visible, est rarement mise en valeur ».
 
Et c’est dans ce contexte qu’elle a donc pris la décision de quitter la vie politique, son diagnostic essentiel consistant à remarquer que tant que les profils engagés resteront aussi monolithiques (ceux de la haute fonction publique), il n’y aura rien à espérer. Ce qui lui fait conclure :
 
« Moi, j’aspirais au nouveau monde. Or, la politique menée est centralisatrice, étatiste, jacobine, sans aucune baisse de la dépense publique, et technocratique à l’instar des 80 km/h, ce qui en fait l’incarnation de l’ancien monde. Pourtant avec 2 200 milliards d’euros de dettes, et le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé, le seuil d’alerte est atteint. La France a perdu toute marge de manœuvre économique. Baisser la dépense publique est le préalable indispensable à toute décision politique, mais pour cela il faut sortir du logiciel étatiste éculé ».

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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
https://www.contrepoints.org/2019/02/26/338143-le-depart-de-virginie-calmels-reflet-parfait-de-lhorreur-politique 
 
(Mis en ligne le 2 mars  2019)

 

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