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La pauvreté s'étend en France

Référence de l'article : MPF7094
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (30 Septembre 2018)

« Faire plus pour ceux qui ont moins », c’est avec ce slogan qu’Emmanuel Macron a présenté son plan anti-pauvreté. Mais que signifie précisément « être pauvre » en France aujourd’hui ? Quel est le niveau de  pauvreté, son intensité ? Pour mesurer le phénomène de pauvreté, il faut d’abord cerner le problème.



L’INSEE s’est calé depuis 2008 sur la définition européenne de la pauvreté monétaire en situant son commencement à 60% du revenu médian, le revenu qui sépare la population en deux. C’est une définition plus large de celle retenue jusqu’alors en France où le seuil arrêté était de 50%. Aucun seuil n’est plus objectif que l’autre, il s’agit d’une convention statistique. Mais ce choix n’est pas neutre,



car ce saut change tout. Dans un cas, pour une personne seule, être pauvre s’est disposé de 1 026 euros de revenu mensuel. Selon la composition du foyer, le seuil de pauvreté varie ensuite et passe pour les familles monoparentales avec un enfant de moins de 14 ans à 1 334 euros, puis jusqu’à 2 155 euros pour un couple avec deux enfants. Cela concerne près de 9 millions de personnes en France métropolitaine, soit plus de 14% de la population.

Toutefois, à ces niveaux de vie, on perçoit environ le double du RSA, on est donc très loin de la pauvreté ou du public contraint d’avoir recours aux associations caritatives comme les Restos du Cœur. Il y a donc là un amalgame entre population pauvre et catégories modestes. En resserrant la définition au seuil de 50%,



les balises monétaires passent de 855 euros pour une personne seule à 1 796 euros pour un couple avec deux enfants. Cela concerne quand même 5 millions de personnes, soit 8% de la population. En tout état de cause, en conservant la même définition dans la durée, cela permet de détecter les évolutions et les points d’inflexion.



La tendance ne souffre d’aucune contestation. Avec la grande récession, la pauvreté a augmenté : au premier seuil de 50% de 628 000 personnes, au second de 60% de 824 000. La situation actuelle montre, ô combien, nous sommes en rupture avec la tendance historique. Bien entendu, il y a une composante démographique, car la population française augmente. Il faut donc passer au taux de pauvreté pour mieux appréhender la tendance, c’est dire rapporter le nombre de personnes pauvres à la population totale.



La pauvreté a fortement reculé des années 70 jusqu’au début des années 90. La crise du début des années 90 qui commence avec la guerre du Golfe, et dont l’épicentre se situe en 1993 en France, marque une première rupture.

Mais le mouvement reprend sa trajectoire naturelle et le taux de pauvreté descend à son plancher historique en 2002 (6,9%) et reste très bas jusqu’en 2004. Une seconde rupture intervient alors en 2005 et se consolide par la suite avec une nette accélération à partir de 2009. Nous sommes bien là à un tournant de l’histoire sociale de la France. Augmentation de la pauvreté mais pas seulement. L'intensité de la pauvreté, qui permet d'apprécier à quel point le niveau de vie médian de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté a eu tendance à s’élever depuis le début des années 2000 :



la moitié des personnes pauvres subit un niveau de vie inférieur à 707 euros, soit un écart de 17,3% au seuil de pauvreté. En 2002, date où le taux de pauvreté touche son plus bas, l’intensité de la pauvreté était de 14,4%. Une pauvreté qui touche plutôt les jeunes :



parmi les 5 millions de pauvres, plus de 30% ont moins de 18 ans. Leur pauvreté est d’abord celle de leurs parents. C’est une caractéristique forte, la pauvreté se vit en famille : trois-quarts des pauvres vivent en famille avec ou sans enfants.Les femmes sont également plus frappées par la pauvreté, mais l’écart reste limité avec les hommes compte tenu de leurs poids dans l’ensemble de la population.

Parmi les facteurs discriminants l’emploi : 68% des pauvres de plus de 18 ans sont soit inactifs soit chômeurs. Enfin, en prenant les 25% des départements où le taux de pauvreté est le plus élevé, une fracture très nette apparait : une partie se concentre au Nord, une autre en Ile de France (dont Paris) ce qui montre l’étendue des inégalités au sein de la capitale et de la région parisienne, et dans le Sud-Est. Dans un pays comme la France dont la richesse s’élève à nouveau avec la reprise, la pauvreté ne cède aucun terrain, signe s’il en fallait de la montée des inégalités.

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Cet article est également disponible sous format Video 
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Alexandre-Mirlicourtois-La-remontee-de-la-pauvrete-en-France_3746327.html
 
(Mis en ligne le 30 Septembre 2018)

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