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La France n'est pas si malade que cela

Référence de l'article : MPF3137
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écrit par Olivier PASSET,Directeur des synthèses économiques,XERFI

La France nouvel homme malade de l’Europe. Marotte médiatique ou réalité ? L’idée est dans tous les cas sérieusement ancrée les esprits, en France, en Allemagne et dans maints médias européens. A tel

point que la France ne serait pas seulement le nouveau grand malade au sein de l’UE, ou même malade de l’Europe, de sa déflation larvée, de son change surévalué. Bien plus que cela, l’Europe serait en passe de devenir malade de la France. La France maillon faible en quelque sorte. Mais on le sait aussi, les économies ont la vie plus dure que le prophétisent les cassandres obsessionnelles. Depuis le temps que l’économie française est condamnée, on peut aussi s’étonner de la vitalité du mourant.  Je ne veux pas être dans la dénégation des problèmes du patient français… Nous les soulignons jour après jour sur Xerfi canal. Mais le discours vire tellement à la caricature aujourd’hui que l’on atteint l’overdose avec ce qui ressemble de plus en plus à un pur marketing intellectuel.

De quoi souffre au juste la France ? D’un déficit de compétitivité. Peu le contestent aujourd’hui.  Mais le déficit de compétitivité n’est pas une maladie incurable.

La France a su à d’autres moments de son histoire corriger le tir. Chacun se souvient encore du tournant de la rigueur de 1982, et de la politique de désindexation des salaires. D’autres pays en Europe également, l’Allemagne ou la Suède notamment. Sans renoncer à leurs fondamentaux sociaux.

Il y a surtout sur la base de ce constat beaucoup d’exagération.

Le décrochage des parts de marché françaises est réel et inquiétant. Mais avant d’incriminer sur un mode obsessionnel le déclassement de notre modèle de préférence pour le loisir et la consommation, ou encore l’euro,  il faut aussi  expliquer pourquoi le  décrochage est de même ampleur au Royaume Uni ou aux États-Unis. Et l’on constatera vite que les pays dominés par de grandes multinationales et spécialisées sur les services valorisent mal les flux immatériels à l’intérieur des groupes. En dépit de cela,

la France est une des pays internationalisé qui a le plus faible déficit courant en % de son PIB.

Pour beaucoup, notre modèle social périmé doit être cloué au pilori de la mondialisation. Il y a là encore dans ce domaine trop d’exagération. Les régimes sociaux doivent certes être gérés de façon équilibrée et avec rigueur. Mais corriger certaines dérives, ne signifie pas que notre système assurantiel universel et collectif soit une tare. La France est un des pays européen qui tient le mieux, contrairement à ce qui est dit, son équation des retraites, sous la surveillance du Conseil d’orientation des retraites, et ce au prix de psychodrames récurrents de réformes successives.

Au final nos besoins de financement à long terme sont estimés à 0,5 % du PIB par la commission européenne (dans son rapport annuel sur la soutenabilité financière), quand ils sont de 2,6 % en Allemagne, 1,5 % au Royaume-Uni ou 3,6 % en Espagne. Notre durée de cotisation nous conduira de fait à un âge de retraite effectif voisin de celui de nos voisins pour une équation de dépendance bien moins dégradée. Au total la France est aujourd’hui l’un des pays qui tient le mieux l’équation à long terme du financement de ses retraites.

Au prix d’une dérive insupportable de ses coûts unitaires diront certains. Là encore, si les évolutions des coûts unitaires dénotent avec l’Allemagne, la France reste un pays en position médiane en Europe.

Que dire de notre propension à l’endettement ?

Là encore beaucoup d’exagération autour d’un pays qui reste en bas de l’échelle lorsque l’on agrège l’endettement de tous.  L’état s’endette certes mais au bénéfice des agents privés.

Bref, sans être dans la dénégation de nos problèmes, il faut quand même prendre conscience que les lacunes françaises demeurent  dans la mesure du réformable. Toutes les dimensions évoquées doivent être des terrains de réforme, mais à force de condamner le malade et de lui promettre l’issue fatale, ou oublie parfois que le mental est important dans les chances de guérison.

(Mis en ligne le 13 décembre 2013)

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