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Inégalités Homme-Femme : pourquoi ne pas évoquer les vraies raisons ?

Référence de l'article : MPF7431
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,(16 Mars 2019)


Les femmes reçoivent un salaire net moyen inférieur de 23,7% à celui des hommes dans le privé. Un chiffre pris comme étendard des discriminations salariales entre hommes et femmes, mais un chiffre idiot qui fait abstraction de toutes les autres variables qui modèlent le marché du travail. Ce n’est pas tant le salaire qui est en cause que l’accession des femmes aux postes les plus rémunérateurs.



Différences de formations, de choix de carrières, de choix de vie qu’ils soient imposés par les normes sociales ou, question taboue, par le particularisme entre masculin et féminin, sont au cœur des écarts de rémunérations et engagent un enchevêtrement de conditionnements, de discriminations qui vont bien au-delà du seul périmètre de l’entreprise.

En premier, il y a la formation. C’est l’une des clés pour accéder aux professions les mieux rémunérées. Les jeunes filles réussissent mieux que les garçons à l’école, mais n’ont pas le même parcours scolaire. A l’issue du collège, les filles s’orientent davantage au lycée vers l’enseignement général et technologique où elles représentent 54% des effectifs. Mais le diable se cache dans les détails.

  • Les filles se dirigent majoritairement vers les séries générales littéraires et les sections technologiques tertiaires.
  • Même en terminale S, la voie royale en France, des différenciations genrées très marquées persistent dans le choix de l’enseignement de spécialité :


 
50% des filles se retrouvent, par exemple, en SVT, les sciences de la vie et de la terre et seules 5% optent pour l’informatique et les sciences numériques et 3% pour les sciences de l’ingénieur. Côté garçons, seuls 26% se dirigent vers les SVT. En revanche 10% optent pour l’informatique et les sciences numériques et 18% pour les sciences de l’ingénieur. Une sacrée différence qui traduit bien la persistance de stéréotypes intériorisés sur les domaines de compétence respectifs entre garçon et fille et qui se renforcent dans le supérieur. Excepté dans le médical, les femmes restent minoritaires dans les cursus à la fois scientifiques et sélectifs :



elles représentent ainsi 42% des inscrits dans les classes préparatoires aux grandes écoles, 27% dans les écoles d’ingénieurs, 21% dans les DUT du domaine de la production (y compris informatique) qui débouchent sur les professions les mieux payées. En revanche, elles représentent 85% des effectifs des formations paramédicales et sociales. La première discrimination est donc bien là et ce ne sont pas les entreprises qui la portent, mais l’Education Nationale.
 
Une fois sur le marché du travail, l’éventail des salaires homme-femme s’explique en partie par les secteurs d’activité, les hommes travaillant, toutes choses égales par ailleurs, dans les secteurs d’activité qui rémunèrent le plus, mais aussi par la taille des entreprises, les femmes travaillant, toutes choses égales par ailleurs, dans les entreprises de plus petite taille qui rémunèrent moins… mais ce sont des facteurs de second rang.
 
La vraie cassure homme/femme est liée à la maternité, dont les effets en cascade sont quasi-uniquement supportés par les femmes : il y a bien plus d’écart salarial entre père et mère qu’entre non-parent. L’évolution du temps partiel, selon le nombre d’enfants, en donne une parfaite illustration :



pour les femmes, la propension au temps partiel augmente avec le nombre d’enfants à charge et ce d’autant plus que s’ils sont jeunes. La part de temps partiel passe ainsi de 26,5% pour les femmes sans enfant à plus de 50% pour les femmes avec 3 enfants, dont le plus jeune à moins de 3 ans. Ces facteurs n’ont quasiment aucune influence sur le temps partiel masculin. Les tendances sont exactement les mêmes en termes de taux d’emploi. Et même si les données n’existent pas, il est probable que les demandes de changements de postes, bien compris comme une demande de moindres responsabilités, compte tenu de la charge familiale, se multiplient elles aussi.
 
Bref, les retraits temporaires d’activité ou le temps partiel liés aux enfants, c’est pour les femmes. Cette vocation « parentale » des femmes, qu’elle soit choisie ou liée là aussi à des stéréotypes intériorisés, a des conséquences directes sur les rémunérations. A l’instant t, mais aussi tout au long de la carrière.


 
L’expérience accumulée est ainsi beaucoup plus rapide du côté des hommes, or c’est l’un des éléments déterminant pour devenir cadre encadrant ou dirigeant, c’est-à-dire là où se situent les plus hautes rémunérations. Mais ce n’est pas tout. Après la naissance des enfants, les mères travaillent de plus en plus souvent à proximité de leur domicile, pour concilier vie familiale et vie professionnelle au prix, le plus souvent, d’une dégradation de leur rémunération. Fustiger les entreprises, c’est politiquement correct, mais c’est oublier de se poser les bonnes questions en amont, concernant notamment :
1/ la valeur des politique de parité si les femmes sont absentes de certaines formations et
2/ la persistance des stéréotypes sur la soi disante vocation parentale des femmes.

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Cet article est également disponible sous format Vidéo :
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Inegalites-hommes-femmes-les-causes-esquivees-du-debat_3746992.html 
 
(Mis en ligne le 16 Mars 2019)

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