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Financer les retraites ne suffira pas : il faut surtout revoir l’âge du départ

Référence de l'article : MPF6925
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écrit par Yves MONTENAY,(23 Juin 2018)


 

Le gouvernement a lancé une grande consultation en ligne pour préparer la prochaine réforme des retraites en 2019. Je viens ici apporter ma contribution au débat en cours dans les médias.
 
Je remarque qu’on ne parle que des différents moyens de financer les retraites, laissant de côté un élément fondamental : les hommes et les femmes qui quittent la vie active ne seront pas remplacés, leurs successeurs potentiels n’existent physiquement pas. Or, à quoi sert l’argent des retraites si l’on ne peut s’en servir pour acheter ce dont on a besoin pour vivre ?

En effet, l’augmentation de l’espérance de vie multiplie le nombre de seniors, tandis que la baisse du nombre d’enfants depuis les années 1970 diminue le nombre de gens pouvant faire tourner l’économie. À âge de retraite constant, les compétences nécessaires seront chez les jeunes retraités, et non plus sur le marché du travail.

Le gouvernement a bien précisé que son projet de réforme ne prévoit pas d’augmentation de l’âge de départ. Il a un autre objectif : atténuer la complication et les injustices des divers régimes actuels en instituant « une retraite égale à cotisations égales », ce que l’opinion considère comme équitable. Mais cela augmentera-t-il le nombre des actifs ? Théoriquement oui, si tout le monde partait effectivement, disons à 62 ans. Mais ce sera politiquement difficile à mettre en œuvre, donc n’y comptons pas trop !
Une partie des spécialistes disent avoir la solution : des fonds de pension et autres mesures financières. Ce n’est pas mon avis.

LA « SOLUTION » DES FONDS DE PENSION POUR LES RETRAITES

Les milieux financiers font campagne pour le transfert de tout ou partie de la retraite par répartition (le système actuel de mutualisation en France) vers la retraite par capitalisation (épargne individuelle confiée à des fonds de pension à l’anglo-saxonne) et proposent divers dispositifs garantissant les revenus dans l’avenir.

À l’occasion de la consultation gouvernementale, les médias regorgent d’analyses  expliquant qu’en plaçant une partie de son salaire dans un fonds apportant 5 % par an, on s’assure individuellement, 45 ans plus tard, de pouvoir disposer d’une retraite égale à l’actuelle, mais pour des cotisations bien moindres. Cette retraite par capitalisation serait un moyen d’économiser des milliers de milliards pour regagner en compétitivité et réduire la dette nationale.

Pour commencer, ce calcul est bien optimiste, car il repose sur un rendement de 5 % intégrant une hausse massive du cours des actions et obligations et des taux d’intérêt moins faibles qu’aujourd’hui, ce qui est contradictoire, la hausse des taux faisant baisser les obligations. Mais c’est son moindre défaut, car c’est le principe même de remplacer la pyramide des âges par la possession de titres qui est très discutable.

LE PROBLÈME DES RETRAITES N’EST PAS (QUE) FINANCIER

S’il est évident que l’évolution de la pyramide des âges mine le système par répartition, c’est également vrai pour la capitalisation, même si ce n’est pas aussi directement évident. Car le problème est le même : pour que les titres gardent leur valeur et leur rendement, il faut que les entreprises aient suffisamment d’employés et de clients, or le vieillissement et la diminution du nombre d’actifs est général dans le monde, sauf en Afrique subsaharienne qui n’est pas pour l’instant un réservoir de personnel qualifié ou de clients argentés.
 
J’expose cette question depuis des décennies, et rappelle ici mes derniers articles :

 
En résumé : un retraité a besoin, notamment, d’un boulanger, d’une infirmière et d’un réparateur d’ascenseurs. On semble croire que l’argent lui permettra de les trouver. Pour les plus riches, oui, mais au détriment de tous les autres.

Prenons le cas des infirmières. Elles prenaient autrefois leur retraite à 55 ans et devenaient introuvables. La solution a été de repousser leur date de départ à la retraite à 57, 60 ou 62 ans suivant leur catégorie, moyennant une amélioration de leur situation financière. Une infirmière de 56 ans reste en pleine possession de ses moyens, et beaucoup ont anticipé cette évolution en passant du public au privé à leur retraite.
Le plus simple serait donc de généraliser cet exemple.

AUGMENTER LA PRODUCTIVITÉ ? OUI, MAIS…

Les allergiques à l’augmentation de l’âge de départ appellent au secours l’augmentation de la productivité. Mathématiquement ils ont raison : s’il y a moins d’hommes, il faut les rendre plus productifs.

Mais cela pose plusieurs problèmes : l’augmentation de la productivité vient des entreprises, qui commencent par attribuer au personnel des augmentations, aux actionnaires et surtout aux clients par des baisses de prix ou de moindre hausse sur les produits nouveaux. Les pouvoirs publics en annulent une autre partie en édictant des normes sans cesse plus sévères. En restera-t-il pour les retraités ? Je suis sceptique. L’exemple qui va suivre montre qu’il faudrait l’augmenter de 100 % en Allemagne d’ici 2050, au bénéfice exclusif des retraités…

Alors, puisque l’augmentation de la productivité ne suffit pas, et que l’ « on » ne veut pas relever l’âge de départ, certains appellent des migrants au secours.

FAIRE VENIR DES MIGRANTS ? OUI MAIS…

Puisque nous manquons d’actifs, faisons les venir de l’étranger. Mais cela pose deux problèmes : la qualification et l’intégration.
Les qualifications qui manquent en France manquent également à l’étranger. Il y a donc concurrence entre tous les pays du monde pour attirer certains profils. Les informaticiens certes, mais aussi le personnel médical, particulièrement nécessaire aux retraités.

De plus, attirer des gens qualifiés « pille » les ressources humaines des pays de départ, ce qui pose d’autres problèmes à long terme pour leur développement et leur stabilité politique.
Enfin, l’exemple allemand ci-après montre qu’il faudrait des dizaines de millions d’immigrants par pays. Je vois mal un gouvernement se risquer à cela !
Bref, l’immigration peut satisfaire certains besoins, mais n’est pas à l’échelle du problème et ne serait pas acceptée si elle devenait massive.

UN EXEMPLE INSTRUCTIF : LE CAS ALLEMAND

L’Allemagne : un exemple instructif par son vieillissement accéléré, et l’importance de l’immigration.
Le vieillissement d’abord : une étude de 2013 montre qu’il y avait 44 millions de personnes d’âge actif pour 22 millions de retraités sur un total de 80 millions d’habitants. Cette étude donnait 29 millions d’actifs pour 29 millions de retraités en 2050, à âge de départ en retraite constant. Partant de cette étude, et y ajoutant les autres personnes à charge, chômeurs, femmes au foyer et enfants, on voit qu’une personne au travail aurait en 2050 2 à 3 personnes à charge, toujours à âge de retraite constant.

Autrement dit il faudrait que la production d’un actif (production médicale, alimentaire, technique…) soit répartie entre environ quatre personnes (l’actif lui-même, et les inactifs), au lieu de moins de deux en 2013, soit une diminution de moitié du  niveau de vie.
Le gouvernement allemand en a tiré les conclusions en remontant l’âge de départ à la retraite, qui va passer progressivement à 67 ans, et en ouvrant le pays à une immigration de plus de 2 millions de personnes depuis 2013.

Il est trop tôt pour savoir si cette immigration a été une réussite. Elle comprend un bon nombre d’Italiens (ce qui aggrave le problème de l’Italie), d’originaires des Balkans, et de Syriens. Une partie de la population – associations, églises, entreprises… – s’échine à faire progresser l’intégration culturelle et professionnelle (un quart des migrants seraient au travail, il y aurait des conversions de l’islam vers le protestantisme…). Mais une autre partie de la population exprime son mécontentement en votant pour l’extrême droite, ce qui a amené le gouvernement à freiner les entrées. Pourtant accueillir 2 millions d’immigrés reste mathématiquement très insuffisant : compte tenu de leur pyramide des âges, c’est  30 millions d’actifs supplémentaires qu’il faudrait accueillir et intégrer professionnellement d’ici 2050 ! Il était donc effectivement plus sage d’augmenter l’âge de départ à la retraite.

CONCLUSION : TRANSFORMONS NOS VIEUX EN JEUNES !

L’âge de départ en retraite est une donnée fondamentale, non seulement de l’économie, mais de la vie tout court. Si la réforme en cours va dans le sens de l’équité, elle ne résout pas la question démographique.

La plus simple est de « transformer les vieux en jeunes » en les conservant en poste plus longtemps ou en les reconvertissant vers un nouveau travail, donc en retardant  le début de leur inactivité. Et ceux qui craignent l’immigration devraient donc en être de chauds partisans !

Enfin, seules les mesures démographiques peuvent répondre aux problèmes concrets de baisse de la population active : la Suède a ainsi adopté un régime qui module la valeur du point de retraite en fonction de la pyramide des âges annuelle, et a, depuis longtemps, poussé les études et les incitations pour rendre le travail de moins en moins pénible pour les sexagénaires.
 
Ces questions sont importantes et politiquement délicates… on est très loin de la solution simpliste des fonds de pension !

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Article reproduit avec l'autorisation de l'éditeur :
https://www.contrepoints.org/2018/06/15/318216-financer-les-retraites-ne-suffira-pas-il-faut-revoir-lage-du-depart
 
(Mis en ligne le 23 Juin 2018)

 

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