Se connecterS'abonner en ligne

Faudra-t-il finalement augmenter la TVA ?

Référence de l'article : MPF3920
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Olivier PASSET,XERFI

J’ai évoqué lors de ma précédente vidéo le caractère redoutable de l’équation budgétaire pour 2015. Et j’avais souligné à quel point les stratégies qui s’offraient au gouvernement étaient difficiles à trancher :

  1. Celle de faire le dos rond en ne réagissant pas à la conjoncture, en misant sur l’efficacité de la nouvelle politique de la BCE, option qu’il semble privilégier aujourd’hui.
  2. Parier sur une déflation durable et prendre acte du fait que la priorité était celle de la solvabilité : ce qui implique un tour de vis budgétaire supplémentaire dont le coût serait élevé sur la croissance et l’emploi.
  3. Donner la priorité à la lutte contre la déflation, et prendre part à une relance coordonnée de l’investissement en Europe ; option improbable vu la divergence des intérêts en Europe

Les paris 1 et 2 ne sont néanmoins pas tout à fait antinomiques.

Le wait and see peut en cours d’année dériver vers le plan 2 si la croissance zéro et les tendances déflationnistes devaient se confirmer. Il a dans ce cas en poche l’arme d’une hausse de la TVA,

arme fiscale qui a l’avantage

  1. de jouer instantanément.
  2. qui a la réputation d’être relativement indolore,
  3. qui est assis sur une base large, relativement stable et moins sujette que d’autre au jeu de l’optimisation,
  4. qui pénalise de la même manière les produits nationaux ou importés.

Le gouvernement en a rejeté pour l’heure l’éventualité. Mais la messe n’est pas forcément dite. La France demeure en position médiane

concernant son taux de TVA. Elle dispose donc de marges de manœuvre vis-à-vis du nord et du sud de l’Europe notamment : 2 à 3 points de hausse du taux normal et intermédiaire seraient alors envisageables en cas de détresse financière, ce qui pourrait rapporter jusqu’à 20 milliards aux caisses de l’Etat, soit 1 point de PIB. Il faut être en effet conscient que le gouvernement projette un déficit de 4,3 % du PIB en 2015 sur une hypothèse de 1,9 % de croissance nominale. Mais si la croissance demeure là où elle est aujourd’hui, autrement dit 0,9 %,

le déficit se rapprocherait des 5%, 2 point au-dessus du maximum autorisé et 4 points au-dessus du niveau qui stabilise la dette.

Les plaidoyers en faveur de cette solution sont de plus en plus nombreux. Avec quelques arguments de poids.

Une hausse de TVA serait une solution du moindre mal en termes de conjoncture dans le contexte de déflation que nous vivons. La concurrence est suffisamment aigue pour que cette hausse ne soit pas répercutée dans le prix de vente. Eventuellement la hausse de TVA pourrait être une arme anti-déflation en évitant que les prix plongent davantage et tuent toute boucle prix-salaire. Et comme dans ce contexte d’inflation zéro le gel du point de la fonction public ou de certaines prestations ne procure aucune économie à l’Etat, la seule véritable marge de manœuvre serait là.

Pourquoi alors ne pas se hâter alors une telle solution ? La prudence affichée pour l’heure par le gouvernement me paraît justifiée :

  1. Parce que si la hausse de TVA devait être entièrement reportée sur les entreprises, elle pèserait sur les marges des entreprises. Ce qui signifie que le gouvernement reprendrait d’une main les 20 milliards de baisse de charge qu’il a consenti avec le CICE.
  2. Parce que les entreprises qui sont les mieux à même d’éviter la compression de leurs marges sont précisément celles du secteur les moins exposés qui ont fait le plein du CICE. A contrario, le secteur plus exposé subira une double peine. Perdantes relatives du CICE, elles seront à nouveau perdantes d’une hausse de TVA.

Si céder à l’urgence consiste à renoncer à la cohérence, alors il est urgent d’attendre. Cette arme du dernier recours existe, mais il faut être conscient qu’elle constitue un renoncement au moins partiel au cap de l’offre que s’est fixé jusqu’ici le gouvernement.

Nota : cet article est également disponible en version video :
http://www.xerficanal-economie.com/emission/Olivier-Passet-Faudra-t-il-finalement-augmenter-la-TVA-_1830.html

(Mis en ligne le 19 Septembre 2014)

Articles similaires
Budget de l'Etat : zéro progrès, la Cour des...Que penser du bilan 2017 de la Commission...Consignes données aux CRS le 1er mai : « S’il y a...La France, qui n'est plus une nation...Les PME et l’emploi : pourquoi tout reste à...Fake news de Tolbiac : l'hallucinante...Mai 68 : quel était le contexte économique à...La France est bien un pays socialiste : la preuve...Pour une réforme du droit de grève : la Loi doit...Réforme du lycée : pourquoi ce que propose...France : il faudrait mieux défendre la...Blocages des facs : l’ultra-gauche et LFI tentés...La cagnotte n'existe pas : les pertes sont...France : pourquoi l’économie est elle en panne ?...Ce que révèle la réforme de la SNCF sur les...Innovation : le principe de précaution inhibeFrance : dégradation brutale du solde des...La volonté de réforme de Macron peut-elle...Sur les 5,8 millions de salariés des groupes...Génération « J’ai le droit », de Barbara...Une France fortement pénalisée par son...Dans une économie qui marche, qui crée de...Transferts sociaux excessifs et compétitivitéLa baisse du chômage sera forcément très faible...Le naufrage de la balance française des services...Vouloir appliquer le modèle scandinave en France...Déplacement de Macron en Corse : oui, mais....Revue des 4 secteurs économiques eu-pho-ri-ques...Notre-Dame des Landes : défaite de l’État ou...Modernisation sociale : mieux en qualité, moins...Comment les ménages ont modifié leur consommation...Baisse des dépenses de l'Etat: pourquoi la...France en 2018 : et si la croissance atteignait...L’étude choc : mais que font les députés En...Hausses de salaires : + 2,3% prévu en 2018Corse : à élections confuses, interprétations des...Flexisécurité française : de la montagne promise...France : où dégraisser un Etat devenu obèse ?12.000 millionnaires ont quitté la France en...Pourquoi l'industrie n'arrive plus à...Les oubliées du Budget 2018 : les TPE et les PMEAPL, HLM : pourquoi cela tourne au vinaigre entre...Le Général Vincent Desportes réagit à la...Pompiers : quand un urgentiste CGT justifie leur...Curieux: l'étonnante progression des...C'est quoi, être riche, pour...L’honneur d’un préfet de la RépubliqueQue va donner le match « Macron » contre « La...Retour sur la démission "forcée" du...La méthode Mélenchon, ou la classique Révolution...Evolution des marges industrielles en France de...Quand la grève se transforme en outil...