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Evolution du pouvoir d'achat : quel rôle peuvent jouer les entreprises, et quels correctifs peut apporter l'Etat?

Référence de l'article : MPF7303
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écrit par Alexandre MIRLICOURTOIS,Directeur de la conjoncture et de la prévision,XERFI (12 Janv.19)

C’est l’une des singularités du mouvement des gilets jaunes : pour obtenir une hausse de leur pouvoir d’achat, ils ont choisi de cibler l’Etat et les taxes, plutôt que les patrons et les salaires. Quant au gouvernement, il a pris très soin de ne pas bouger le Smic stricto sensu, concentrant l’effort sur la prime d’activité, ainsi que le « complément public de la rémunération privée » en invitant les entreprises, qui le peuvent, à octroyer une prime exceptionnelle défiscalisée et sans charges sociales. N’y-a-t-il donc aucune marge de manœuvre du côté des entreprises pour augmenter les salaires ? Pour le déterminer, il faut revenir au cœur même de la machine à créer du pouvoir d’achat salarial en d’autres termes :



les gains de productivité, c’est-à-dire le surplus entre la valeur d’une production au regard des moyens mis en œuvre pour l’obtenir (qu’ils soient humains, énergétiques ou matériels) et le partage des fruits de la croissance entre salaires et profits. Passage obligé de l’augmentation du pouvoir d’achat,



la croissance de productivité plafonne depuis la fin de la grande récession autour de 1%, alors qu’elle était encore supérieure à 1,6% pendant les deux décennies précédentes et de près de 4% durant l’âge d’or des années 70 jusqu’en 1985. Les gains de productivité augmentent peu et il est difficile d’envisager qu’il en soit autrement à court terme. Les moyens d’actions pour inverser la tendance s’inscrivent, en effet, dans un temps long et c’est quasiment mission impossible de rapidement



améliorer les compétences de la population active, de moderniser le capital des entreprises et de réindustrialiser le pays. Autre levier pour améliorer les conditions des salariés, rééquilibrer le partage des richesses au sein des entreprises en augmentant la part de la rémunération du travail. Le partage de la valeur ajoutée fait l’objet d’une abondante littérature et le diagnostic global dépend pour beaucoup du champ plus ou moins agrégé sur lequel l’indicateur est construit. Le plus simple et le plus robuste consiste à suivre les variations de la part des rémunérations dans la valeur ajoutée brute dégagées par les sociétés non-financières, c’est-à-dire la part des salaires y compris les contributions sociales et les impôts dont l’assiette est la masse salariale. Ce champ, qui exclut les sociétés financières et les entrepreneurs individuels, couvre environ 50% du PIB.



De 2000 à 2007, la part du travail fluctue autour d’un niveau relativement stable à 62,5%. Elle augmente de près de 4 points avec la crise, signe que les entreprises n’ont pas pu parfaitement s’ajuster et qu’elles ont aussi fait le dos rond pour conserver les compétences en attendant la reprise. La part des rémunérations baisse ensuite de 2,5 points environ entre 2013 et 2015 pour se stabiliser autour de 63%, soit un niveau légèrement supérieur à celui d’avant crise et cela malgré les larges transferts, comme le CICE ou le « pacte de responsabilité », qui ont été déployés dans l’intervalle en faveur des entreprises. L’idée d’un partage inéquitable des fruits de la croissance est ainsi démentie par les faits. Le coût d’un salarié a, en moyenne, progressé plus vite que la productivité. Cela ne veut pas pour autant dire que les chefs d’entreprise ne peuvent pas agir, car si l’enveloppe globale de la hausse des salaires est sous forte contrainte, sa répartition entre salariés montre une déformation inquiétante :



entre 2012 et 2015, dernière année disponible, la hausse des salaires nets a été nettement plus rapide en haut de l’échelle qu’en bas. Elle s’étend de 2,5% pour le 1er décile jusqu’à 5,5% pour les deux plus hauts déciles en passant par 3,9% pour le salaire net médian. En valeurs absolues, c’est encore plus impressionnant avec une augmentation de 29 euros pour les plus mal lotis jusqu’à 191 euros pour les 10% les plus favorisés, soit un rapport de 1 à 6,5 fois. Et encore en allant plus loin et en se concentrant seulement sur le 1%, la hausse atteint 369 euros, un rapport de 1 à 12,5. C’est une réalité, le socle de la situation financière des sociétés non financière s’est dégradé par rapport à l’avant-crise et les entreprises ne peuvent pas distribuer plus à leurs salariés au risque de mettre en péril leur pérennité et l’on comprend mieux pourquoi certains demandent à l’Etat de prendre le relais, d’une manière ou d’une autre. En revanche, son fardeau serait considérablement allégé si une meilleure redistribution entre les salariés était effectuée au sein des entreprises, et cela reste bien l’angle mort des revendications actuelles.

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Cet article est également disponible sous format Video :
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Pouvoir-d-achat-l-Etat-plutot-que-les-entreprises-_3746738.html

(Mis en ligne le 12 Janvier 2019)
 

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