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Crise en France : quelques éléments de réflexion sur l'évolution récente des salaires réels

Référence de l'article : MPF7237
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écrit par Véronique RICHES-FLORES,Présidente,RICHES-FLORES RESEARCH (6 décembre 2018)



Les gouvernements tombés sous le coup de mécontentements liés à la fiscalité ne se comptent plus, même M. Thatcher en avait fait les frais en son temps après avoir instauré une « poll tax » en 1990.
La crise que traverse la France ne peut être minimisée. Elle fragilise grandement le gouvernement et l’économie française et aura, sans aucun doute, des retentissements profonds en Europe.

L’expression d’une crise profonde

Les raisons du mécontentement sont assez claires ; la faiblesse des gains de pouvoir d’achat depuis plusieurs années rend insupportable la hausse de l’inflation. L’envolée des cours du pétrole depuis le début de l’année 2018 a, en cela, une lourde part de responsabilité dans le ressenti des populations. Cette dernière a, dans tous les pays européens, effacé une large partie des bénéfices offerts par l’éclaircie du marché de l’emploi de ces derniers trimestres.

S’y sont ajoutées, dans le cas spécifique de la France, la hausse de la CSG en début d’année, venue amputer le pouvoir d’achat, puis, plus récemment, les augmentations de la fiscalité énergétique et des tarifs du gaz et de l’électricité, promises à répétition, dans un contexte, sans doute également fragilisé par l’inquiétude relative aux effets de l’imposition à la source à partir du mois de janvier 2019.

Mi-2018, les maigres gains de pouvoir d’achat des salaires horaires de l’année dernière avaient intégralement disparu tandis que l’inflation, dopée par les prix de l’énergie, avait accéléré de plus d’un point, à 2,3 % en moyenne au deuxième trimestre.



Sans doute faut-il approcher les distorsions et écarts de situations qui affectent les différentes catégories de la population pour comprendre le désarroi exprimé ces dernières semaines. L’appareil statistique n’est malheureusement que peu fourni en la matière et il nous faudra longtemps avant de pouvoir examiner les situations selon les différentes catégories socio-professionnelles.

Une lecture des tendances par secteur offre néanmoins un aperçu utile de la situation française. Nous avons à cette fin rapproché les données de croissance des salaires réels de l’emploi et des niveaux de rémunérations pour tenter d’en tirer quelques enseignements. Il ressort plusieurs constats et suggestions de cet exercice.

1-      On observe que l’érosion des salaires réels est un phénomène généralisé, à une seule exception, l’immobilier.
 


Plusieurs secteurs enregistrent néanmoins des pertes absolues : il s’agit du secteur agricole, de l’industrie, de la construction et des activités de l’information et de la communication.

2- Les pertes sont particulièrement marquées dans l’industrie et significatives dans l’agriculture, secteurs, par ailleurs, frappés de très faibles opportunités d’emplois et d’un degré réduit de mobilité professionnelle et géographique. On retrouve sans doute là l’origine de bon nombre des manifestants de ces dernières semaines.

3- Le caractère supportable de l’érosion du pouvoir d’achat ne peut pas être dissocié du niveau des rémunérations, ni du patrimoine duquel les ménages peuvent retirer des compléments de revenus. Nous ne pouvons renseigner ce dernier élément à ce stade, cependant la comparaison des salaires réels aux niveaux des rémunérations permet de se faire une idée des populations les plus exposées à la baisse de leur pouvoir d’achat.
On retrouve là les agriculteurs, mais également les salariés du secteur des arts et des loisirs et probablement une bonne partie des emplois du commerce, des transports, de l’hôtellerie et de la restauration, pour lesquels les niveaux de salaires sont notoirement inférieurs à la moyenne nationale.



Au total, la proportion de la population durement exposée à la détérioration de ses conditions de vie est très significative.
Face à une telle situation, le risque est important que la crise en présence perdure y compris, à ce stade, en cas de marche arrière du gouvernement sur la taxation de l’énergie. C’est donc une réponse d’ampleur qu’il faut envisager, sans savoir dire si le gouvernement en place saura la mener et, le cas échéant, si la Commission européenne saurait s’y résoudre.

La crise politique française : un puissant facteur de crise existentielle européenne

À l’évidence, la dégradation du climat politique en France est un élément de fragilité dont l’Europe n’avait pas besoin dans le contexte présent. Pour faire face à la crise, le gouvernement français n’aura in fine probablement pas d’autre choix que de se soustraire tôt ou tard à ses engagements budgétaires. Il y a là un risque de tensions que les marchés obligataires souverains ne tarderont sans doute à intégrer et qui pourrait se traduire par un creusement des écarts de taux d’intérêt avec l’Allemagne.

Au-delà, le Président Macron a incarné, depuis son élection, l’aspiration d’une renaissance européenne qui, bien que largement mise à mal par le manque d’adhésion hors de l’hexagone, continuait à susciter un certain espoir, récemment regonflé par l’ouverture de Mme Merkel à certaines propositions françaises. Avec la fragilité du gouvernement français au lendemain du chaos du week-end dernier disparaît cet espoir et probablement celui de voir l’Europe évoluer vers une plus grande cohésion constructive.

De là à ce que la crise politique française se meuve en une crise existentielle de la zone euro, il n’y a qu’un pas que l’évolution du cours de l’euro devrait acter sans tarder, quoiqu’il en soit de la réaction à court terme des marchés qui semblent, pour l’instant, donner la priorité à la nouvelle d’une trêve au terme du G20 de ce week-end dans le conflit que se livrent les Etats-Unis et la Chine (article rédigé le 3 décembre).

contact@richesflores.com

(
Mis en ligne le 6 décembre 2018)

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