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Vers un nouveau LIBOR, remanié de fond en comble

Référence de l'article : IP4868
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écrit par Frédéric BOMPAIRE,(25 Septembre 2015)

L’administrateur anglais du LIBOR, ICE Benchmark Administration, poursuit sa consultation des parties prenantes sur la rénovation du calcul des indices LIBOR. L’idée majeure est de s’appuyer le plus possible sur des transactions (Offered Rate perdra sa signification), en lieu et place des cotations affichées sur les taux d’intérêt des principales devises sur les principales échéances court terme. Le processus devrait se terminer en Décembre pour application en 2016, en espérant pouvoir intégrer tous les éléments de la réglementation européenne des benchmarks en cours de négociation. Pour l’instant, le cadre réglementaire est celui qui prévaut au Royaume Uni. Avant de s’interroger sur l’échantillon des banques consultées et sur les méthodes de calcul à retenir, le document mis en consultation jusqu’au 16 Octobre 2015 se focalise sur les données qui servent de base au calcul.

Les données 

1.       Les transactions effectuées 

Bien entendu si le principe est simple, les détails sont diaboliques. Il est proposé dans la consultation :

  • D’élargir le champ des contreparties des banques (Inter Bank perdra sa signification) à toutes les contreparties autres que la clientèle de détail, banques, banques centrales, fonds souverains, gouvernements, autres institutions financières et en particulier les fonds monétaires, organismes supra nationaux, agences quasi gouvernementales et sociétés commerciales clientes directes de la Trésorerie de la banque. Aucun ajustement ne se serait effectué pour tenir compte des différentes catégories de contrepartie ni du lieu de leur implantation, car il est envisagé de ne pas se limiter aux opérations traitées à Londres (le L de Libor perdra sa signification).
  • En conséquence, seraient retenus les taux consentis sur des dépôts, des CD ou des CP, éventuellement complétés par des FRN ou FRCD à moins de 2 ans « vanille ». Seules les transactions excédant un minimum de 10 ou 25 millions seraient retenues. Les soumissions devront résulter de la moyenne pondérée de la taille (VWAP) d’au moins deux transactions significatives pour être enregistrées. Elles seront affectées à l’échéance la plus proche selon une table préétablie.
  • Les transactions devraient être effectuées durant une période donnée, en effet il n’est pas possible d’utiliser une heure fixe, 11 heures, comme pour le Libor actuel, qui repose sur des prix affichés mais non traités. 4 possibilités sont décrites : (i) prendre les transactions réalisées entre 11 heures la veille et 11 heures le jour de calcul pour maintenir la publication du Libor à 11 h 45, (ii) publier le matin le taux moyen de toutes les transactions faites la veille afin d’éviter les décalages de date de valeur (un peu comme pour l’EONIA qui est cependant connu le soir), (iii) décaler la publication vers 14h 15 en retenant les opérations du matin entre 6 et 13 heures pour réduire le risque de changement de conditions de marché, (iv) déclarer le taux à 11 heures en s’appuyant sur les transactions significatives (jugement personnel) enregistrées au cours des dernières 24 heures.

2.       Les données de substitution issues des marchés

Sur certaines échéances et certaines devises (se pose la question non abordée de la légitimité d’un Libor en € face à l’Euribor), certains contributeurs n’auront pas suffisamment de données à fournir. Il est alors prévu de retenir dans l’ordre de préférence : (i) les données historiques de moins de 3, 5, 10 ou 15 jours, (ii) le résultat d’une interpolation et (iii) celui d’une extrapolation qui puisse intégrer un déplacement parallèle des données utilisées. Ces approches sont, mise à part l’interpolation qui semble bénigne, très contestables.

3.       Le jugement expert des contributeurs 

Le jugement personnel du contributeur sera sollicité pour éviter d’adresser des taux qui sont devenus inadaptés à la nouvelle situation du marché. Il est prévu que chaque cas de « retouche » des données doit être signalé et expliqué à l’administrateur.  Il est recommandé d’appuyer la décision sur un algorithme intégrant des données de marché et, à défaut, le processus de jugement personnel doit être bien encadré. Dans ce cadre, des taux calculés à partir de Repos de forwards ou de swaps de change sont utilisables comme référence.

Panel de contributeurs 

L’élargissement de l’échantillon de banques contributrices est un objectif clair pour réduire les risques de manipulation, diversifier les sources et mieux couvrir le marché. Mais il y a aussi un argument d’équité visant à mieux répartir le coût et les contraintes de la participation au panel. Pour passer de 20 à 50 banques, l’administrateur envisage de créer deux niveaux de participation, d’une part,  les contributeurs systématiques qui sont obligés de fournir quotidiennement des données, y compris par exercice d’un jugement personnel, et d’autre part ceux de niveau 2 qui ne transmettent que des prix résultant, soit de transactions, soit de données de marché. On peut craindre que ce soit une fausse bonne idée.

Méthode de calcul et publication

On ne peut qu’approuver l’idée de fournir une brève définition du Libor dont l’acronyme sera désormais trompeur. Le processus actuel d’élimination des deux quarts extrêmes pour ne retenir que la moitié centrale des soumissions est également revisité. Faut-il garder les trois-quarts des soumissions en éliminant les 1/8 extrêmes ? Ou ne rien éliminer puisque l’on s’appuie sur des transactions réelles ?  Ou faut-il retenir la médiane plutôt que la moyenne (non pondérée) des soumissions ? La proposition d’indiquer chaque jour le nombre de soumissions s’appuyant sur des transactions ou d’autres données de marché ou sur le jugement du contributeur est excellente. Mais l’idée d’ajouter au report de 3 mois la publication des soumissions individuelles et l’anonymat de ces soumissions est excessive : anonymes, elles devraient pouvoir être publiées immédiatement…

(Mis en ligne le 25 Septembre 2015)           

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