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Une synthèse des discussions Eurofi à Bucarest

Référence de l'article : IR7484
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écrit par Frédéric BOMPAIRE,(10 Avril 2019)


La réunion traditionnelle d’un millier de représentants des activités financières organisée par Eurofi dans la capitale de l’Etat en charge de la Présidence du conseil a eu lieu début avril à Bucarest. Cette session était l’occasion de tirer un bilan de la législature qui s’achève et de discuter de l’agenda de la prochaine. Voici quelques idées et sentiments recueillis sur place.

Tout le monde s’accorde à féliciter la Présidence Roumaine pour sa capacité à finaliser un nombre impressionnant de trilogues au cours des deux derniers mois : la révision des ESAs, le statut des entreprises d’investissement, ou la finance durable, cristallisaient en particulier les oppositions. Cela laisse craindre, cependant, des difficultés futures à interpréter les textes arrêtés dans la précipitation. Certes, les trilogues techniques doivent affiner les textes et les rendre opérationnels. Mais certains officiels ne se privent pas d’émettre, par exemple, des réserves sur le succès futur du PEPP tel que finalisé. Ce qui frappe chacun, c’est la pression politique ressentie par les co-législateurs qui craignent que le nouveau Parlement Européen ne soit incapable de construire des majorités de gouvernement. En effet, on ne peut pas être assuré que les Chrétiens démocrates et les Socialistes s’ils s’allient, aient la majorité au Parlement face à la croissance attendue des Libéraux (renforcés par les Macronistes français), les Verts et surtout les partis eurosceptiques à tendance populiste.

Unanimité aussi sur le sujet du Brexit. C’est la consternation, et les professionnels ne formulent plus de recommandations sachant qu’il est impossible d’anticiper quoi que ce soit et que l’on est sorti de toute rationalité. Laissons les parlementaires jouer à Westminster comme des écoliers dans la cour de l’école en attendant la fin de la récréation et la possibilité d’une voie de sortie de l’impasse actuelle. Les Britanniques ne sont pas les derniers à avouer leur incompréhension et critiquer leur personnel politique. Cependant l’enjeu est primordial pour tous et grande est la crainte que des points soient encore dans l’ombre et deviennent bloquants lors du divorce : obligation de traiter les titres sur les marchés de l’UE les titres anglais listés en Europe, statut des dérivés traités sur les marchés anglais dès que le RU devient un pays tiers…

Le premier pilier de la restauration de la finance européenne, c’est la réforme des banques. L’essentiel a été accompli avec le mécanisme unique de résolution et la supervision directe des banques principales. Mais à côté du système de garantie des dépôts commun, il manque, aux yeux de certains, un étage de mutualisation des risques. Le problème plus général est celui de la compétitivité des banques européennes, des taux d’intérêts négatifs, de l’endettement massif des entreprises et de la surcapacité bancaire sur le continent. Les restructurations s’annoncent à la fois nécessaires et difficiles.

Le second volet de la solidité financière dans l’UE, c’est la CMU, Capital Market Union. Sur ce point, les critiques sont assez nombreuses, malgré les protestations de la Commission qui rappelle qu’elle a proposé les textes demandés et juge que les co-législateurs les ont trop souvent déformés. En particulier, le constat d’échec de la titrisation, même STS, en Europe est patent et les banques se plaignent de ne pas pouvoir alléger leur bilan pour travailler avec un volume limité de fonds propres.

De même, le financement des entreprises de petite ou moyenne taille, les SMEs, n’a pas cru comme souhaité et l’attractivité de la cotation en bourse a fortement baissé si l’on considère le nombre des nouvelles introductions. L’échec en matière de développement du financement à long terme est à mettre sur les exigences mal calibrées de Solvabilité 2.

Enfin, l’accès du public aux marchés financiers a été rendu beaucoup plus difficile avec les diligences imposées aux intermédiaires par MIF2 et PRIIPs. Certains parlementaires n’hésitent pas à dénoncer l’effet négatif de ces règlementations, ainsi que du RGPD. Il ne reste plus qu’à souhaiter une révision en profondeur et rapide. Finalement, on parle plus d’une fragmentation d’origine réglementaire que d’une Union et le flou règne sur l’intérêt de renforcer une union autour de l’Euro ou de maintenir post Brexit une approche multidevises.

L’investissement durable et responsable confirme sa place de pilier de la finance européenne. Les bases ont été jetées et c’est bien au cours de la prochaine législature que se construira l’édifice. Par précaution, le Parlement Européen a finalisé sa position sur la taxonomie par un vote en session plénière, espérant qu’ainsi le dossier ne sera pas ré-ouvert après les élections. Nombreux sont ceux qui craignent que l’Europe, en s’affirmant comme pionnier en la matière, ne réduise sa compétitivité en s’imposant des règles très largement plus contraignantes que les autres marchés financiers. Les travaux confiés aux experts devront être soumis à un test de pragmatisme opérationnel et à une mesure d’impact concurrentiel attentive.

Parmi les sujets de nature plus technique abordés, il est intéressant de souligne la maturité nouvelle en matière de blockchain. La table ronde qui y était consacrée a permis d’échanger sur des expériences mises en place de façon limitée et très sécurisée. On est loin du big bang annoncé comme imminent et la liste des difficultés d’ordre juridique (preuve de la propriété, date du transfert…), de transparence vis-à-vis des contrôleurs, de sécurité, de capacité à faire face à des traitements de masse… a été dressée. Au cœur du sujet, on trouve, dès que l’on parle de transactions, le lien à établir avec les transferts de cash, une prérogative que les banques centrales ne peuvent pas totalement abandonner.

(Mis en ligne le 10 Avril 2019)

 

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