Se connecterS'abonner en ligne

L’expatriation « coûterait » près de 10 milliards € par an à l’État

Référence de l'article : IP3116
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Alexis VINTRAY,

Selon une nouvelle étude réalisée par Jean-Paul Gourévitch pour Contribuables Associés, l’exil des Français hors de France est un phénomène en croissance rapide, qui coûte indirectement chaque année 9,6 milliards € à l’État, soit quasiment le quart du rendement de l’impôt sur le revenu.

En cause, des départs de plus en plus nombreux : le nombre de Français installés à l’étranger croît ainsi chaque année de 3%. Ce sont 80 000 Français qui quittent la France, rejoignant les 2,5 millions de Français déjà partis. Les horizons sont de plus en plus lointains : les continents qui ont le plus progressé dans le classement des destinations sont l’Asie-Océanie (de loin première) et le Proche et Moyen-Orient. En nombre d’expatriés, ce sont la Suisse, le Royaume-Uni et les États-Unis qui occupent le podium.

Si l’ampleur du phénomène surprend peu, le profil des expatriés est lui plus inattendu. Alors que les médias ne parlent que de l’exil fiscal, certes en hausse très forte, ce sont aussi les personnes gagnant le moins qui quittent le plus la France, en quête de nouvelles opportunités qu’un pays bloqué ne leur offre plus. Ainsi, la part des personnes déclarant gagner moins de 30 000€ explose parmi les expatriés, de 25% en 2003 à 31% en 2013. De même, concernant l’exil fiscal, ceux gagnant plus de 76 000€ passent de 22% à 27%.

Ces expatriés sont surtout des actifs (l’émigration de main d’œuvre et entrepreneuriale pèse 59% des expatriés). Ces talents que la France fait fuir ont à 58% un diplôme de master ou de doctorat (contre 16% dans la population française.). Autrement dit, ce sont de ses forces vives que la France se prive. De façon plus inattendue, les expatriés sont aussi souvent des retraités (25%, en forte hausse). Mais pour les actifs comme les inactifs, la probabilité du retour en France descend de plus en plus : la part des expatriés restant plus de 5 ans hors de France est passé en 10 ans de 47% à 62%.

Ces départs de plus en plus nombreux et longs représentent un très lourd manque à gagner pour l’État et, plus généralement, pour la France. Selon les calculs de Jean-Paul Gourévitch, le déficit annuel pour l’État français s’élève ainsi à près de 9,6 milliards d’euros. L’émigration fiscale n’y pèse « que » pour 614 millions €, nettement moins que l’émigration entrepreneuriale et salariale (1,2 milliards €). Dans les deux cas, ce sont essentiellement des pertes fiscales, des recettes non réalisées.

Mais, selon l’auteur, le principal coût est à chercher ailleurs, dans les investissements éducatifs qui profitent au final aux pays dans lesquels les Français s’expatrient ; les coûts de formation de ces Français qui ont étudié dans les meilleures écoles nationales et iront faire fructifier leurs talents ailleurs. Ces seuls coûts de formation représentent ainsi pour le contribuable 7 milliards € chaque année. Un argument supplémentaire pour une hausse des frais de scolarité, afin que chacun paie au moins en partie pour les coûts de l’éducation dont il bénéficie.

Face à ce tableau noir, que faire ? Il est difficile de ne pas constater que ce sont les pays plus libéraux que la moyenne qui sont les premières destinations des émigrés français (Suisse, Royaume-Uni, États-Unis), et qu’une réforme de la fiscalité et de la bureaucratie française est indispensable pour inverser la tendance. Mais c’est surtout à une révolution des mentalités que la France va devoir s’atteler, pour cesser de diaboliser le succès. Et, au vu de la Une de Libération fin 2012 « casse-toi riche con », c’est encore loin d’être gagné…

(Cet article, paru le 5 décembre 2013 sur le Site Contrepoints.org est reproduit ici avec les autorisations de l’auteur et de l’éditeur. Voici le lien avec la version originelle :

http://www.contrepoints.org/2013/12/04/147826-lexpatriation-couterait-pres-de-10-milliards-e-par-an-a-letat

 (Mis en ligne le 6 Décembre 2013)

Articles similaires
La révision de la réglementation des ESAs...Coup de froid sur les Anglais à Tallinn, où un...Remettre la fiscalité de l’épargne à...L’ESMA demande aux autorités nationales d’être...Mise à jour des recommandations de l’OICV sur la...Evaluer la compétence et la connaissance du...Révision d’EMIR : les professionnels ont été en...Il serait temps de mieux évaluer l’impact des...Le répertoire des représentants d’intérêts se met...Parlons français : « incitations » doit être...L'essentiel sur le "Step in risk"...Pour le FSB aussi, il existe le "Discours de...3 propositions pour renforcer la solidité des ETF...Suspension d'OPCVM immobiliers anglais : la...Big data en matière financière : les Autorités de...Ce que l’AMF retient de sa consultation sur le...Comment financer la supervision des registres...Le FSB montre qu’il a compris la spécificité de...L’OICV débusque des pratiques contraires à la...Bientôt 5 amendements à la directive actuelle «...Jurisprudence de la Commission des sanctions : 5...Voici les 10 RTS préparés par l’ESMA pour le...Aimez-vous les FROGS (French (Routes and...Procès et sanctions : la composition...Comment faire face à une crise grave d’une...La fin de vie des fonds: les bonnes pratiques...Analyse financière: avenir et modes de...La Commission veut relancer les EuVECA et EuSEFL'ESMA prête à reporter l'obligation de...Comment organiser l'éducation financière à...Fin de la classification AMF des OPCVM ? ...PRIIPS (3) : scénarios de performance et...PRIIPS (deuxième partie) : présentation des...PRIIPS niveau 2 : commentaire global sur un...Quelques surprises, bonnes ou mauvaises, dans le...Les sondages de marché : commentaires sur le...Indices de référence (BMR) : le règlement en...L’ESMA soupçonne que des fonds passivement gérés...Le Fichier FIBEN, géré par la Banque de France,...Et si les banques soutenaient le shadow banking à...Vers l’Europe digitale des services financiers :...Le casse-tête juridique du versement des «...Que répondre à la consultation des ESAs sur...La norme IFRS 9 = danger de MORT pour la gestion...La FCA lance une « Asset management market study...Consultation AMF sur l’octroi de prêts par des...Taxe sur les transactions financières (TTF) :...Rapport de l’OICV sur la réglementation des fonds...Vers un nouveau LIBOR, remanié de fond en combleEMIR : abondance de textes cet été !Combien devrait coûter un fonds ? Vous avez...Etat d’avancement des textes européens concernant...