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L’étude de l’Histoire pourrait-elle nous apprendre à devenir de meilleurs gestionnaires de risques ?

Référence de l'article : IP4050
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écrit par Alain GIRARDEAU-MONTAUT,

Dans nos entreprises privées, la Gestion des risques est devenue une méthode de Management. Nous effectuons dans ce cadre des RETEX (Retour d’Expérience) pour nous améliorer (process et comportements humains). L’étude de l’Histoire est-elle faite avec les mêmes principes éducatifs ? Nous pensons que d’énormes progrès restent à faire pour sortir de l’hagiographie, voire de la démagogie ou de l’idéologie.

Nous célébrons cette année le centième anniversaire de la Grande Guerre, et en Novembre de chaque année, celui de son Armistice.

A cette occasion, nous avons découvert que des tractations secrètes avaient été engagées en 1917 par Charles Ier, Empereur d’Autriche-Hongrie, qui souhaitait mettre un terme à cette désastreuse aventure, en raison de ses convictions chrétiennes. Nous allons essayer de chiffrer les conséquences qu’auraient pu avoir de telles négociations si elles avaient été menées à terme (exercice de RETEX).


Quelles étaient les propositions de la France (négociations secrètes):

-retour de l’Alsace-Lorraine à la France,
-rétablissement de la Belgique dans sa souveraineté intégrale,
-statu quo de la monarchie Austro-Hongroise,
-transfert de Constantinople à la Russie.

Charles Ier semblait d’accord avec ces points.

Mais l’Allemagne qui a eu connaissance du projet, refuse, car elle pense qu’alors elle ne pourra pas vaincre et même risque d’être battue, sans son allié. Le Ministre des Affaires étrangères autrichien, pro-Allemand, a mis en cause publiquement G. Clémenceau. Ce qui a poussé celui-ci à mettre en cause Charles Ier. Ce qui a amené l’Allemagne à considérer celui-ci comme un traître. Elle lance alors une campagne de dénigrement de Charles Ier qui aboutira au retrait de cette initiative.

Les militaires des deux camps pensaient toujours depuis le début de la guerre qu’ils pouvaient gagner.Ces propositions avaient plusieurs avantages par rapport au résultat final obtenu au Traité de Versailles :

-éviter l’humiliation et la faillite de l’Allemagne, qui seront les sources de la seconde guerre mondiale,
-éviter la dislocation de l’Autriche-Hongrie qui sera ensuite une proie consentante pour l’Allemagne hitlérienne,
-éviter deux années de guerre entrainant :
-l’hémorragie démographique de l’Europe,
-la faillite des Etats belligérants,
-la suprématie des USA à partir de 1917 dans les domaines économique et géopolitique,
-un pacifisme latent en France pendant les vingt années suivantes conduisant à une stratégie militaire axée sur la ligne Maginot, le refus de la guerre de mouvement, de l’arme blindée,  de l’aviation, et des sous-marins qui sera la cause de la déroute française de 1940.

On voit avec cet exemple de manière évidente que la diplomatie intelligente eut été bien meilleure pour les peuples que la frénésie guerrière qui dominait l’esprit des dirigeants Français, Allemands et Anglais de l’époque. Les quelques dirigeants politiques clairvoyants n’ont pas su convaincre leurs chefs militaires.

Les dirigeants ont à chaque étape sous-estimé les risques d’enlisement du conflit, et ont surestimé leurs capacités de victoire rapide, comme le font hélas, souvent les gestionnaires de risques.

L’enseignement de l’Histoire ne retient souvent que les hauts faits et la gloire des dirigeants sans évaluer les fautes de jugement et les alternatives possibles dans une approche statistique des occurrences des scénarii et des gains et pertes associées.

La première guerre mondiale est à l’origine de la décadence de l’Europe. Il est intéressant à cet égard de regarder les courbes publiées dans le livre de Tomas Piketty sur l’évolution du Capitalisme depuis le XIXème siècle :
-          La production européenne chute en part du Pib mondial,
-          La valeur du capital chute pour connaitre un point bas en 1920,
-          Les revenus du capital régressent,
-        L’inégalité patrimoniale chute, mais elle est en partie le reflet de la chute globale de la production, même s’il faut reconnaître aussi l’effet de la Révolution bolchevique dans les esprits.
 
Les méthodes modernes de gestion des Risques n’ont pas encore fait leur apparition dans les cercles d’historiens, ou de la littérature de biographies. Est-ce une absence d’esprit critique, ou une difficulté à retrouver les erreurs de jugements souvent dissimulées ?Avec l’anniversaire du roi Saint Louis, aura-t-on le courage d’examiner pourquoi il s’est fourvoyé dans les deux croisades ? Et les conséquences dramatiques de ces choix seront-elles expliquées ? On pourrait suivre ce type d’exemple à l’infini…
 
(Mis en ligne le 31 octobre 2014)

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