Se connecterS'abonner en ligne

Le Brexit vu depuis Sofia: les Anglais ont oublié l’adage “Hope for the best and prepare for the worst”

Référence de l'article : IR6858
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Frédéric BOMPAIRE,(19 Mai 2018)

La dernière session d’Eurofi à  Sofia a été l’occasion de prendre, comme d’habitude, le pouls de l’industrie financière en Europe. Chaque semestre, Eurofi rassemble en effet banquiers, assureurs et sociétés de gestion, ainsi que leurs autorités de supervision et les auteurs de la législation et des réglementations qui encadrent leurs activités.

Première constatation : elle concerne les participants. On a vu une forte augmentation de l’implication des Américains, non seulement des banques dont certaines sponsorisent l’événement depuis déjà quelque temps, mais aussi les autorités qui ont accepté de prendre la parole dans diverses tables rondes.

A côté d’un représentant du Trésor américain et d’un commissaire de la CFTC, il y avait également un dirigeant de la SEC, sans mentionner le secrétaire général de l’OICV qui est lui-même un ancien de la SEC. C’est d’abord une reconnaissance de la qualité de la conférence qui a été identifiée comme un lieu de lobbying efficace en Europe.

C’est peut être aussi en  préparation du post Brexit que les Américains souhaitent intervenir directement là où ils pensaient que leurs positions étaient suffisamment relayées via les implantations londoniennes de leurs assujettis. A moins que ce ne soit simplement le reflet de la doctrine Trump de leadership américain.

Deuxième remarque à propos du Brexit : on avait constaté l’an dernier le changement d’attitude de nos amis Anglais qui commençaient à percevoir les risques réels du Brexit. Le thème antérieur de plainte des pauvres Européens qui allaient être désarmés sans la puissance financière de Londres a en effet disparu. Mais les illusions sont toujours là. Elles se sont déplacées sur les perspectives de continuité qu’offrirait la période de transition courant jusqu’à fin 2020. Mais quand Michel Barnier réaffirme qu’il n’y a aura pas de période de transition s’il n’y a pas de traité qui la prévoie, la salle semble découvrir une évidence et s’offusque de la dureté de la position européenne. Le fameux  adage « Hope for the best and prepare for the worst »  qui sert de mot d’ordre à la Commission en a étonné plus d’un, surtout du côté anglais.

Troisième évidence sur l’avancée de la mandature actuelle : la Commission est consciente de la tenue des élections au printemps prochain et de son propre renouvellement à l’automne 2019. Aussi a-t-elle annoncé qu’il n’y aurait pas de nouvelle initiative d’importance à attendre à partir de ce mois de Mai. Elle a insisté sur la responsabilité des co-législateurs à achever leurs travaux dans le prochains mois afin que, tant du côté du Parlement que du Conseil, des positions définitives soient arrêtées et votées. Elles pourront alors servir de base à un trilogue.

PEPP, révision des ESAs, CCPs ont particulièrement été ciblés. En cas d’interruption du processus parlementaire avant les élections, les travaux reprennent avec la nouvelle assemblée qui désigne les nouveaux membres de la commission ECON, sachant que si le rapporteur initial n’en est plus membre, ce sera un nouveau parlementaire qui démarrera d’une feuille blanche sur le sujet. Certains parlementaires, comme Kay Swinburne, ont fait leurs adieux à la communauté financière européenne, sachant qu’ils ne seront plus (c’est une évidence pour les britanniques) dans la prochaine assemblée. Elle en a profité pour souligner le manque d’appétit de ses collègues à se pencher sur les sujets de back office et d’infrastructures pourtant si importants pour la création d’un marché financier unifié.

Enfin, en ce qui concerne les sujets traités, on a également perçu que l’on faisait avancer les dossiers antérieurs. Le plan d’action de la Commission pour le développement d’un investissement responsable et respectueux  de critères non financiers a rencontré un bon accueil tant que l’on en reste au niveau des grands principes pas trop contraignants.

Côté nouvelles technologies, alors que la blockchain était de toutes les conversations lors des sessions passées on est maintenant préoccupé par la cybercriminalité et passionné par les possibilités de l’intelligence artificielle dans nos métiers.

On mentionnera également en clin d’œil la propension à l’emballement de la machine à produire des textes mal calibrés que la Commission s’est elle-même inquiétée des conséquences possibles que la nouvelle réglementation sur la protection des données personnelles pourrait avoir sur les reportings financiers. Il a été évoqué une dérogation à RGPD pour la communication des données dans le cadre d’activités de contrôle par les autorités.

Le souhait d’une accalmie dans la conception et la publication de nouvelles réglementations semble bien un rêve inaccessible. Et pourtant, l’accent mériterait vraiment d’être désormais mis sur l’application harmonisée des règles dans tous les Etat membres.

(Mis en ligne le 19 Mai 2018)
 

Articles similaires
Réglementation des indices environnementaux :...Directives MIF et IDD : développer...Covered bonds et titrisations STS : comment mieux...Comment booster le marché des petites valeurs en...Arrivée prochaine des European Covered Bonds !Un passeport européen en préparation pour le...Les fonds monétaires au zénith, malgré la menace...Nouvelle réglementation prudentielle des EI : il...P.A.C.T.E : comment corriger la mauvaise...L’EBA est bienvenue à Paris : voici pourquoi, et...La BCE prépare un successeur à l’EONIA : quelle...BMR : comment appliquer le règlement sur les...Steven Maijoor a présenté 3 thèmes importants...Faut-il réglementer les ICOs ?La révision de la réglementation des ESAs...Coup de froid sur les Anglais à Tallinn, où un...Remettre la fiscalité de l’épargne à...L’ESMA demande aux autorités nationales d’être...Mise à jour des recommandations de l’OICV sur la...Evaluer la compétence et la connaissance du...Révision d’EMIR : les professionnels ont été en...Il serait temps de mieux évaluer l’impact des...Le répertoire des représentants d’intérêts se met...Parlons français : « incitations » doit être...L'essentiel sur le "Step in risk"...Pour le FSB aussi, il existe le "Discours de...3 propositions pour renforcer la solidité des ETF...Suspension d'OPCVM immobiliers anglais : la...Big data en matière financière : les Autorités de...Ce que l’AMF retient de sa consultation sur le...Comment financer la supervision des registres...Le FSB montre qu’il a compris la spécificité de...L’OICV débusque des pratiques contraires à la...Bientôt 5 amendements à la directive actuelle «...Jurisprudence de la Commission des sanctions : 5...Voici les 10 RTS préparés par l’ESMA pour le...Aimez-vous les FROGS (French (Routes and...Procès et sanctions : la composition...Comment faire face à une crise grave d’une...La fin de vie des fonds: les bonnes pratiques...Analyse financière: avenir et modes de...La Commission veut relancer les EuVECA et EuSEFL'ESMA prête à reporter l'obligation de...Comment organiser l'éducation financière à...Fin de la classification AMF des OPCVM ? ...PRIIPS (3) : scénarios de performance et...PRIIPS (deuxième partie) : présentation des...PRIIPS niveau 2 : commentaire global sur un...Quelques surprises, bonnes ou mauvaises, dans le...Les sondages de marché : commentaires sur le...Indices de référence (BMR) : le règlement en...L’ESMA soupçonne que des fonds passivement gérés...