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La Guerre de 14 et son environnement économique

Référence de l'article : IP3102
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La Guerre de 14 et son environnement économique
écrit par Alain GIRARDEAU-MONTAUT,

Nous entrons dans une période de célébrations relatives à cet événement très important : la grande Guerre de 1914-1948.Les discours et les reportages vont se succéder et il nous a paru intéressant d’aborder le sujet sous l’angle de l’économie, car comme nous essaierons de le montrer, 1914 est une rupture dans l’évolution économique de la planète qui n’est pas sans rappeler ce que nous risquons de vivre un siècle plus tard.

Nous commencerons par une description des variables économétriques qui caractérisent la période de « la belle époque », ces quinze années qui ont précédé les hostilités.

Ensuite, nous examinerons ce que la guerre a entraîné comme changements de trajectoires et ce que nous pourrions éventuellement revivre.

La « belle époque »

Cette période se caractérise par un développement de la Mondialisation des échanges commerciaux grâce à la domination de l’empire britannique. Un citoyen britannique aisé peut faire son marché sur toute la planète. Des nouvelles technologies comme l’électricité, la voiture automobile, le télégraphe, la chimie et la production en série, se sont développées, et avec elles, des gains importants de productivité. Ce sont les débuts de l’aviation et de la  Radio. Il y a un formidable optimisme dans le progrès technique source de bien-être.

 Alors qu'en 1907, la France et les États-Unis produisaient environ 25 000 voitures, la Grande-Bretagne seulement 2 500 et que les deux-tiers des voitures exportées étaient françaises, le travail à la chaîne démultiplie la production. En 1914, 485 000 voitures dont 250 000 Ford T sont produites aux États-Unis contre 45 000 en France, 34 000 en Grande-Bretagne et 23 000 en Allemagne. L’inflation est très faible en raison d’un système monétaire basé sur l’étalon-Or, la force de la Banque d’Angleterre et de la place financière de Londres. Les taux de croissance sont d’environ 1%-2%.

Néanmoins le tableau de la situation est contrasté.

En France, l’espérance de vie est de 50 ans en moyenne en 1910 (+4 ans pour les femmes à 52 ans).

13 % des Français ont plus de 60 ans en 1914. La baisse de la mortalité était plus lente que celle de la natalité.

 Les maladies infectieuses font des ravages (variole, typhoïde, tuberculose, syphilis et surtout alcoolisme (consommation moyenne de 162 l par an contre 71 litres en 1990). Les débits de boisson sont des lieux de sociabilité importants pour les hommes sans radio, ni télévision. Il y avait un demi-million de débits de boissons en 1911 (rôle de l’absinthe, alcool fort). Toute une mythologie positive est associée à la consommation d’alcool.

La démographie était déclinante en raison d’un malthusianisme pratique. Il y avait peu d’immigration, essentiellement de pays proches (Belgique, Italie, Allemagne, Espagne) et rare en provenance de l’Empire colonial. C’était surtout une immigration économique. Les premières mesures de contrôle apparaissent en 1899.

L’Allemagne avait une population de 62 millions d’habitants en 1907 contre 39 pour la France. Ce déclin démographique était un thème  du débat politique de l’époque, mais il n’y eut aucune politique démographique sérieuse.

La population active passa de 14,2 millions (40% de la population totale) en 1856 à 20,9 millions (53% du total) en 1914.

Le taux de féminisation des emplois était en 1911 de 37% Mais les femmes occupaient surtout des emplois subalternes (salaires inférieurs de moitié à ceux des hommes en moyenne). Les femmes étaient des mineures légales et devaient obéissance à leur mari.

Les campagnes rassemblaient 56% de la population en 1911. La société est encore rurale (agriculteurs 41%), mais l’urbanisation se développe massivement en Allemagne et Angleterre. Débuts des tramways des ascenseurs, des omnibus hippomobiles, et du métro à partir de 1900.

La notion de chômage (travailleur cherchant un travail) fut créé en 1906. Le taux  était de 5%.

Le secteur tertiaire représentait 30% en 1906, contre 30% pour le secteur secondaire.

En 1913, le rôle de l’Etat dans l’économie est très réduit (dépenses gouvernementales/GDP) :

France 9%, Etats-Unis 8%, Allemagne 18%, Grande-Bretagne 13% (Source : Maddison OECD Dec 1999).

La domesticité représentait 5% des actifs et 2,5% de la population en 1911. Il y avait 550 000 rentiers. Les emprunts d’Etat rapportaient 5%. Ils n’étaient pas sans risque (emprunts russes). Les professions libérales (500 000) et fonctionnaires (675 000) étaient peu nombreuses.

Paris était surtout la capitale mondiale des avant-gardes artistiques.

La pratique des sports se développa en provenance d’Angleterre (cyclisme, tennis, aviron, football, rugby), avec les premiers jeux olympiques en 1896.

La grande Guerre

Celle-ci a produit :
  • l’arrêt du commerce et de la collaboration internationale, la concrétisation des nationalismes,
  • une perte énorme de moyens en orientant les ressources vers le matériel de guerre,
  • la destruction très importante du patrimoine et des investissements productifs,
  • la mort de plusieurs millions de travailleurs, et ensuite un trou dans la génération suivante (années 1935-40) pour les belligérants. La guerre fera accéder les femmes à de nouvelles responsabilités.
  • l’émergence des Etats-Unis comme première puissance, le recul définitif de la GB, de la France, et de l’Allemagne, cette dernière ayant cependant fortement rebondi ces dernières années.
  • l’inflation généralisée en Europe, la ruine des rentiers, et la fin du système monétaire précédent,
  • les germes de la seconde guerre mondiale par un traité de paix mal conçu.

La  sphère financière

Avant 1914 le système financier international était régi par l’étalon-or. Toutes les devises nationales étaient référencées en fonction de leur valeur en or, et les taux de change étaient fixes.

Une crise financière majeure eu lieu en 1907. A la suite de celle-ci, les Etats ont réfléchi alors à utiliser leur puissance financière comme complément à leur ambition géostratégique. Ainsi la Grande-Bretagne s’est interrogée sur les moyens qu’elle pouvait utiliser, via la place de Londres qui dominait le commerce international, pour lutter contre la puissance émergente de l’Allemagne.

De leur côté, les frères Warburg poussaient l’Allemagne à négocier des accords avec les banques des USA pour lutter contre le monopole des banques anglaises.

L’interdépendance des économies de l’époque pouvait laisser croire que la guerre était impossible. (Thèse de N.  Angell de 1910). A contrario, la fragilité des équilibres économiques pouvait faciliter la victoire militaire d’une grande puissance économique.

La crise financière de 2008 a montré la faiblesse des banques européennes face à leur besoin en  USD pour assurer leurs engagements dans le commerce international.

Le retour de thèses nationalistes, au sein même de l’Union Européenne, et la remise en cause de la mondialisation peuvent faire penser à la situation d’avant 1914. Alors que le commerce s’est développé et que les interdépendances semblaient incontournables, de multiples courants expriment maintenant le refus de la concurrence, le refus de l’étranger, la perte de repères.

L’analyse de la période 1900-1920 nous montre :

  • Une montée des taux pendant la guerre due aux besoins de financement de la France et de l’Angleterre , puis une baisse.

A la fin de la guerre, ces deux pays devront aux banques US respectivement  4 et 4.5 Milliards de USD de l’époque.

  • stabilité des cours du S&P pendant la guerre, suivie d’une remontée ensuite jusqu’au krach de 1929.
  • la hausse du prix des matières premières pendant la guerre, suivie d’une baisse ensuite.

(Mis en ligne le 29 Novembre 2013)

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