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La FCA lance une « Asset management market study »

Référence de l'article : IR5017
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écrit par Frédéric BOMPAIRE,(11 décembre 2015)

L’autorité britannique, la FCA, souhaite conduire une étude sur la structure de l’industrie de la gestion d’actifs pour envisager ensuite des mesures visant à renforcer la concurrence au bénéfice des investisseurs. Pour en prendre connaissance :

https://www.fca.org.uk/news/asset-management-market-study

L’enquête portera sur les fonds gérés en Angleterre et sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie, y compris la contribution des délégataires et certains fournisseurs de services. En revanche, le private equity est hors champ, ainsi que les conseils en investissements financiers, mais les plates formes retail et les consultants appointés par les investisseurs institutionnels sont concernés.

Le document débute par une présentation du marché anglais de la gestion : 6,6 trillions £ dont 2,1 pour les fonds de pensions et seulement 1,2 pour le retail, soit environ 20% ; 1 787 sociétés de gestion ; 54% de mandats et fonds dédiés ; une tendance à la baisse des fonds actions qui représentent 42 % des encours mais à la hausse pour les fonds de taux (36%) et diversifiés (10%) ; 7 000 fonds commercialisés dont une majorité basés à Luxembourg et Dublin. La distinction entre gestion active des actions (avec des frais de 1,5%) et gestion passive indexée (avec des frais moyens de 0,50%) est notée dès cette introduction. Il est vrai que le sujet des frais comme critère de concurrence est un fil directeur de la FCA dans ce dossier. Notons au §3.12 que la FCA encourage les asset managers (AM) anglais à pratiquer le croisement des ordres de sens inverse entre portefeuilles pour réduire les frais supportés par l’investisseur : une activité interdite en France.

La FCA place délibérément son enquête sous le signe du libéralisme le plus pur et de la concurrence. Elle envisage de poser des questions autour des 4 thèmes suivants : concurrence entre AM, contrôle des coûts sur toute la chaîne de valeur, rôle des consultants auprès des investisseurs institutionnels et l’innovation comme facteur de concurrence.

Concurrence entre asset managers 

Pour mettre les AM en concurrence, les investisseurs doivent pouvoir accéder à une information qui leur permette d’évaluer la gestion avant de décider d’arbitrer. L’accent est immédiatement mis :

(i)  sur les frais, plus accessibles grâce à PRIIPS et via les plates-formes, et qui semblent à la FCA plus importants dans la prise de décision que les performances, et

(ii)  sur la complexité ressentie des fonds, car most retail investors find financial products complex and making financial decisions hard, unpleasant and time-consuming. (4.23).
 
Pas un mot sur la relation de confiance avec son conseiller.

Ensuite la FCA s’inquiète sur les impacts en termes de concurrence de la concentration possible sur certains segments malgré le nombre élevé de SGP, de la nécessité d’avoir un historique de performance pour pénétrer le marché et sur les risques d’intégration verticale avec des AM qui ont une filiale plate-forme de distribution de fonds.

Enfin seront également analysés la politique de pricing des AM et leur profitabilité qui semble a priori excessive à la FCA  (4.46) … ce qui laisse craindre une enquête à charge.

Contrôle des coûts

Pour vérifier que les AM surveillent (pour les réduire) les coûts supportés par les investisseurs tout au long de la chaîne de valeur de la gestion d’actifs, la FCA retient trois angles.
En premier lieu, elle va s’intéresser au contrôle effectué par les investisseurs eux-mêmes sur les frais globaux qui leur sont communiqués ; elle n’est pas sûre qu’ils aient les moyens d’établir un lien entre coût et qualité de service.
Ensuite, elle s’interroge sur l’apport et le coût des fournisseurs et sous-traitants de l’AM dont le but est de satisfaire l’AM qui les choisit ce qui n’est pas nécessairement aligné sur l’intérêt des investisseurs eux-mêmes.
Enfin, les AM peuvent être prisonniers de coûts qu’on leur impute sans qu’ils en aient la maitrise, soit en raison de la réglementation (§4.58), soit par absence de concurrence entre fournisseurs (4.59 est alors une référence pour renforcer notre position vis-à-vis des data providers).

Les consultants pour investisseurs institutionnels 

Cette section ne concerne que l’investissement institutionnel qui s’appuie très généralement sur des consultants qui vont procéder à un audit préalable de la société de gestion et des fonds proposés, mais peuvent également intervenir dans l’allocation et la sélection de fonds. L’intervention de ces consultants peut conduire à favoriser les firmes les mieux établies et donc à créer une barrière à l’entrée nuisible à la concurrence. C’est la première préoccupation de la FCA. La deuxième porte sur le contrôle que les consultants assurent eux-mêmes  sur la pertinence de leurs conseils par rapport aux besoins des clients et également sur le contrôle que peuvent effectuer les investisseurs eux-mêmes sur ce point. L’antienne selon laquelle la gestion institutionnelle est un cycle à 3 ans n’est pas évoquée. C’est une boutade en effet de dire que l’appel d’offres sélectionne le meilleur gérant au cours des années précédentes, que la première année est celle de la mise en place, la deuxième celle de la mise en cause des performances, et la troisième celle de sa mise à la porte parce qu’il y a toujours mieux ailleurs.

Innovation

 Le signe d’un marché dynamique et concurrentiel, c’est effectivement l’innovation technique ou non. La FCA mentionne la présentation des documents et rapports comme un domaine où l’innovation peut trouver un terrain d’application. En outre, elle rappelle qu’il faut juger l’innovation pas à partir des prouesses techniques sur lesquelles elle repose mais à l’étalon de l’intérêt pour l’investisseur. 4.77 dénonce les innovations permettant d’augmenter la facture sans grand gain pour le client.

La consultation est lancée, les réponses sur les orientations de l’enquête sont attendues pour le 18 décembre.Un premier rapport intermédiaire est promis pour l’été 2016 qui permettra de se concentrer sur les sujets les plus pertinents dans le cadre de l’étude qui se conclura par un rapport prévu publié début 2017. Pour renforcer la concurrence, la FCA n’a pas d’a priori et envisage de réglementer, d’exprimer des recommandations, de suggérer des évolutions dans le cadre de l’autoréglementation professionnelle. Elle pourrait également décider de ne rien faire mais en tout état de cause, elle assurera un suivi de la concurrence. Ce qui pourrait conduire à des sanctions face à certaines pratiques qui se révèleraient anti concurrentielles.

(Mis en ligne le 11 Décembre 2015)

 
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