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France-Japon : similitudes et différences

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France-Japon : similitudes et différences
écrit par Alain GIRARDEAU-MONTAUT,

Ces derniers temps, dans la classe politique française, des voix se sont élevées pour souhaiter d’appliquer à la France la politique macro-économique inspirée de l’Abenomics qui semble, vue de loin, faire merveille au Japon :

  • hausse de la masse monétaire par la Banque Centrale par rachat d’obligations d’Etat et baisse des taux longs,
  • baisse de la devise, affichée comme objectif,
  • affichage d’objectifs d’inflation supérieure,
  • relance des dépenses de l’Etat, et réductions d’impôts,

comme si la situation de la France était identique à celle du Japon.

La devise JPY a effectivement baissée contre USD et EUR ; la bourse de Tokyo a repris des couleurs (même si elle recule depuis le 22 mai), et la consommation semble reprendre : signes de confiance dans la politique menée.

Nous allons nous demander si les similitudes entre les deux pays suffisent à considérer que les réponses doivent être les mêmes.

Comparons les deux pays (et l’Allemagne) :

Ils doivent faire face à un vieillissement de leurs populations, mais le Japon n’apporte pas les mêmes solutions :

  • le Japon refuse l’immigration, ce qui n’a pas été le cas de la France (ni de l’Allemagne) depuis 30 ans,
  • le Japon refuse le travail des femmes (comme l’Allemagne) contrairement à la France,
  • le Japon fait travailler plus longtemps ses anciens (comme l’Allemagne) contrairement à la France,
  • la France dispose d’une forte natalité contrairement au Japon (et à l’Allemagne),
  • le Japon a investi massivement (comme l’Allemagne) dans la recherche et l’automatisation pour monter en gamme et réduire ses coûts de production, contrairement à la France,
  • le Japon avait jusqu’à Fukushima une balance commerciale excédentaire (comme l’Allemagne),   et d’importantes réserves de change (en USD), contrairement à la France. Il refuse la concurrence internationale dans de multiples secteurs. Aujourd’hui les deux pays ont un  déficit croissant (lié à l’énergie),
  • le Japon, comme la France, hésitent sur leur avenir nucléaire  (l’Allemagne semble avoir choisi),
  • le Japon a connu depuis 15 ans une déflation et un ajustement par la baisse des salaires et des coûts (pas en France), accompagné d’un énorme déficit budgétaire ; heureusement il est souscrit par l’épargne nationale (moins  en France).
  • la France fait partie de la zone Euro et ne dispose pas de l’indépendance monétaire. La BCE a devancé d’une certaine manière la BOJ en relâchant la politique monétaire ; les taux réels étaient encore positifs au Japon (taux très bas, mais déflation).
  • le niveau de l’EUR ne dépend pas du Gouvernement français, mais des partenaires et des marchés. Ceux-ci pour l’instant sont satisfaits de l’équilibre global de la balance commerciale en zone EURO. La faiblesse de l’EUR était plus politique qu’économique.

La reprise de la croissance est débutante au Japon, il n’est pas assuré qu’elle suffira pour entreprendre les réformes structurelles nécessaires.

Les réformes sont difficiles à mettre en œuvre au Japon comme en France :

  • peine de certains secteurs  à accepter la concurrence (agriculture,  services,…),
  • peine des politiques à baisser les dépenses de l’Etat et des régimes sociaux,
  • animosité latentes des populations  vis-à-vis des étrangers.

On voit bien que les deux pays ont certains problèmes  et une absence de solutions en commun, mais cela ne suffit pas à faire une politique commune de résolution des crises.

Le Japon dispose, par ses gigantesques réserves de change, de marges de manœuvre que n’a pas la France.

A contrario, on peut se demander s’il peut persévérer dans son isolement face à la Chine en particulier, et s’il ne sera pas contraint par son problème démographique à adapter son modèle actuel.

(Rédigé le 12 Juin 2013)
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