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Enfin la transparence sur le Traité Atlantique Nord (TAFTA)

Référence de l'article : IP4023
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écrit par Eric VERHAEGHE ( 12 octobre 2014),

La publication en fin de semaine du mandat de négociation du traité TAFTA a permis à la Commission Européenne de faire œuvre de transparence. Pendant ce temps, un débat fait rage pour savoir quelle doit être l’intervention de la BCE pour aider à la reprise économique.

Le mandat de négociation TAFTA publié

TAFTA – mandat de négociation de l’Union Européenne

Les lecteurs un peu attentifs noteront que le mandat a repris de façon assez scrupuleuse les attentes spécifiques à l’Europe. Non seulement, il prévoit explicitement la préservation de l’exception culturelle française, mais il stipule de façon explicite que l’Europe doit pouvoir maintenir des politiques publiques dans des secteurs visés par le traité.

En revanche, sur la question désormais fameuse de l’ISDS, c’est-à-dire du recours à un arbitrage privé obligeant un Etat sur la question des investissements, le mandat en prévoyait ouvertement la possibilité. Chacun se souvient que ce sujet suscite beaucoup d’opposition en Allemagne.

(NDLR : Nos lecteurs peuvent avoir accès à l’intégralité du traité en cliquant sur le lien figurant au bas de cet article. Vous avez le choix entre la version en langue française ou la version en langue anglaise, en sachant que sur le Site de l’UE, vous le trouverez également dans de nombreuses autres langues).

L’intervention de la BCE au centre des débats

Le rôle de la Banque Centrale Européenne (BCE) dans la reprise économique a fait l’objet de débats extrêmement animés tout au long de la semaine. Pour sortir la zone euro de la stagnation, qui s’annonce longue, la BCE doit-elle ou non intervenir sur les marchés, racheter des dettes souveraines et des actifs de mauvaise qualité? Cette politique dite de « Quantative Easing », ou « assouplissement quantitatif », empruntée à la Réserve Fédérale américaine, permet de maintenir des taux d’intérêt peu élevés pour les emprunts souverains, et évite des faillites en cascade dans les pays qui en bénéficient.

En évitant le pire et en faisant tourner de fait la planche à billets, la BCE favorise une dépréciation de l’euro par rapport au dollar. Ce mouvement est favorable à la compétitivité des entreprises européennes (spécialement pour les entreprises qui ont besoin de baisser leurs prix pour vendre sur les marchés internationaux) et à la reprise de l’inflation (puisque les produits importés coûtent plus cher). Il est donc vertueux pour la conjoncture générale.

En même temps, comme il diminue l’acuité de la crise et permet aux Etats d’emprunter à taux bas, il désincite au rééquilibrage des dépenses publiques. C’est par exemple le cas en France où la faiblesse des taux d’intérêt auxquels la France emprunte rend l’endettement plus supportable. Pour le gouvernement français, le retour à l’équilibre des comptes publics est donc moins urgent.

L’Allemagne met en garde la BCE contre des prises de risque excessifs

Le programme de rachat d’Asset Back Securities (ABS) par la BCE participe de cette politique de soutien aux marchés. Elle consiste, pour la BCE, à racheter des « véhicules de titrisation » comme au bon temps des années 2000, qui ont conduit à la grande crise de 2008. Cette politique, qui donne de l’oxygène à court terme aux économies de la zone euro, agace beaucoup l’Allemagne. Le gouverneur de la Banque Centrale allemande, la Bundesbank, Jens Weidmann, ne se cache pas pour la dénoncer:

« Les risques de crédit pris par les banques privées vont être transférés à la banque centrale et donc au contribuable sans qu’ils n’aient rien en retour », déplore le banquier central allemand (membre du conseil des gouverneurs de la BCE) dans les colonnes du magazine Focus.

« Cela va à l’encontre du principe de responsabilité qui est fondamental dans l’économie de marché : celui qui tire un bénéfice de quelque chose doit en assumer la perte s’il y a un développement négatif. »

La crise financière mondiale a montré combien il était dangereux d’abandonner de principe, ajoute Jens Weidmann.

Il a d’ailleurs réitéré ces accusations en fin de semaine, à un moment où divers indicateurs annonçaient un ralentissement de l’économie allemande.

L’Allemagne veut que l’euro reste sa monnaie impériale

Beaucoup de décideurs allemands considèrent (à juste titre…) que cette politique, qui transforme peu à peu la Banque Centrale Européenne en « bad bank », est une façon détournée de redistribuer les richesses allemandes aux autres pays européens, puisque le contribuable allemand sera tôt ou tard appelé à payer pour les pertes des autres. Ce lent glissement vers une solidarité européenne qui ne dit pas son nom a le don d’exacerber les passions germaniques.

Ainsi, Jürgen Starck, ancien chef économiste de la BCE, a déclaré:

Le fait que la BCE cède à Paris et Rome sur l’affaiblissement de l’euro « montre à quel point elle se fourvoie », dit Jürgen Stark en ajoutant : « Il n’y a plus de tabous maintenant. »

La BCE, accuse-t-il encore, prendrait d’« incalculables risques » pour son bilan avec le plan de rachat d’ABS et les contribuables de la zone euro seraient redevables en cas de pertes.

« Cela pourrait avoir des effets redistributifs considérables entre États membres. La BCE n’a aucune légitimité démocratique pour cela », affirme-t-il.

Le ministre bavarois des Finances, Markus Söder, a pour sa part déclaré:

« nous craignons de plus en plus que la BCE devienne ainsi une ‘bad bank' ». Pour ce responsable conservateur, qui s’exprime dans le quotidien régional ‘Münchner Merkur’ paru ce matin, l’automne « sera chaud ». Il demande au gouvernement d’Angela Merkel de s’opposer aux projets de la BCE…

La BCE évite le krach à l’Espagne et à l’Italie

Malgré ces oppositions allemandes qui accusent la BCE de retarder les ajustements structurels, un tir nourri a eu lieu cette semaine pour justifier la politique monétaire.

Plusieurs banquiers centraux sont par exemple intervenus publiquement pour dire tout le bien qu’ils pensaient d’une intervention de la BCE. Il s’est même trouvé un banquier central slovènepour encourager la BCE à dépasser son mandat afin de compenser l’inactivité des gouvernements nationaux.

Ces analyses sont à l’unisson des attentes exprimées par un marché aux abois, qui parie sur la BCE comme ultime roue de secours, pendant que l’économie allemande est supposée obliger Angela Merkel à changer son fusil d’épaule.

Dans cette espèce de fièvre, il est à peu près convenu que la BCE doit mener à bien son programme de rachat d’actifs, sans, à ce stade, déployer d’outils nouveaux. L’Allemagne semblerait prête à se rallier à ce scénario.

Dans la pratique, les économies italiennes et espagnoles ont déjà un besoin vital des interventions de la BCE pour échapper au krach massif.

Tout ceci devrait déboucher sur une phase d’intervention longue, comme l’a affirmé le vice-président de la BCE Vitor Constancio. Les esprits malins noteront que le ministre britannique des Finances encourage cette politique, ce qui en dit long sur les risques qu’à terme l’euro encourt avec elle.

Juncker n’a toujours pas achevé sa Commission

Pendant que le feu s’empare de la zone euro, dans l’inconscience globale des médias et des opinions publiques, Jean-Claude Juncker peine à faire avaliser sa commission par le parlement européen. Juncker a donc entamé un cycle de réunions secrètes avec le président du Parlement pour arrondir les angles et faire passer des commissaires controversés.

La France s’est une nouvelle fois illustrée avec un Pierre Moscovici pour qui le groupe socialiste au Parlement a dû jouer son va-tout, en menaçant de faire tomber toute la commission s’il ne passait pas. Mais d’autres commissaires n’ont pas obtenu le même traitement de faveur. En particulier, la commissaire slovène a dû abandonner son poste avant même d’être nommée, provoquant une crise politique interne.

Le commissaire hongrois soulève également de nombreuses critiques. Jugé ambigu sur les Droits de l’Homme, le futur commissaire à l’Education a dû faire publiquement contrition en prenant ses distances écrites avec le Premier Ministre Orban. Valdis Dombrovskis, commissaire à l’euro, a dû, pour sa part, soutenir qu’il se préoccuperait de l’emploi durant son mandat, contrairement à la politique qu’il a menée dans son pays lorsqu’il en était le Premier Ministre.

« Je souscris totalement à l’engagement du président Juncker pour qu’à l’avenir, tout programme » d’aide en faveur d’un pays en difficulté « ne passe pas seulement par une évaluation de la solidité budgétaire, mais aussi de l’impact social et en termes d’emplois », a-t-il déclaré lors de son audition par le Parlement européen. « Il faut veiller à ce que les deux volets aillent de pair », a-t-il assuré face aux questions insistantes des eurodéputés de gauche. Mais il a éludé les questions plus précises sur la façon d’utiliser la « flexibilité » autorisée par le pacte de stabilité, carcan budgétaire européen.

La France dans le déni de réalité

Ce petit intermède politique permet à la France de continuer à planer. Alors que le projet de loi de finances pour 2015 prévoit un déficit budgétaire de 4,4%, très supérieur aux engagements pris l’an dernier, Michel Sapin continue à soutenir que tout cela ne pose pas problème et que la Commission Barroso sortante acceptera ce projet sans barguigner. Pour ce faire, Sapin a d’ailleurs déployé un savoir-faire de Jésuite, en expliquant que la France ne demandait pas une dérogation aux règles, mais une adaptation des règles.

On prend les paris pour les jours à venir.

L’Europe, incarnation du nazisme?

Enfin, je clos ce billet hebdomadaire en signalant l’étrange article publié sur JSS News, accusant l’Europe de détester les Juifs.

Les pays européens, au cours des dernières années, font plus en plus entendre leur opposition au fait que les juifs peuvent vivrent où ils veulent sur la planète. A l’image des nazis qui voulaient une Allemagne purifiée de ses juifs, ils veulent que les régions historiques liées au Judaïsme, la Judée-Samarie, berçeau de cette religion, soient Judenrein. Pour l’UE, seuls des arabes devraient avoir le droit d’y vivre. On appelle cela de l’apartheid…

Article publié et reproduit ici avec l’autorisation de l’éditeur :
http://www.eric-verhaeghe.fr

(Mis en ligne le 17 octobre 2014)

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