Se connecterS'abonner en ligne

Big data en matière financière : les Autorités de Bruxelles vous interrogent jusqu'à ce soir

Référence de l'article : IR5964
ImprimerEnvoyer par mailLinkedInTwitterFacebook
écrit par Frédéric BOMPAIRE,(17 Mars 2017)

Le comité rassemblant les autorités de surveillance européennes (Joint Committee) s’adresse à l’ensemble de la finance pour recueillir des avis sur le développement du Big Data. Le Discussion Paper (DP) mis en consultation jusqu’au 17 Mars liste les enjeux, évoque le cadre réglementaire susceptible de s’appliquer et analyse les risques et les bénéfices attendus du Big data.

1. Définition et enjeux 

Le big data est défini comme l’association de 3 V : le volume des données, leur variété et leur vélocité, ainsi que celle de leur traitement. Le DP n’aborde pas la recherche des données (data mining), ni les informations fournies par le client, mais recouvre les 3 aspects descriptif, prédictif et prescriptif du Big data. Tous les segments de la finance (banque, assurance, asset management, brokers, analyse financière…) sont concernés sous de multiples aspects et l’apparition des Fintech accélère le processus. La course aux informations devient primordiale et chacun vise à valoriser celles qu’il détient en interne quitte à les vendre en externe sous forme agrégée ou anonymisée.

2. Cadre réglementaire existant 

La réglementation actuelle contient des dispositions applicables au Big data. D’abord, sous l’angle de la protection des données (consentement à l’utilisation, droit d’accès et de rectification, droit à l’oubli…) Ces dispositions se trouvent dans divers textes comme la directive de 1995 sur la protection des données personnelles, la  General Data Protection Regulation de 2016, la directive sur le traitement des données de façon à protéger leur caractère privé de 2002, la directive de 2016 sur la cybersécurité.

Mais les réglementations assurant la protection des consommateurs sont aussi applicables et notamment celles sur la vente à distance des services financiers (2002) ou sur les mauvaises pratiques commerciales de 2005. Enfin, le secteur de la finance s’est édifié sur un certain nombre de principes qui vont aussi impacter le Big data : honnêteté, professionnalisme, intérêt du client, information claire exhaustive et non trompeuse, adéquation aux besoins et capacités du client…

3. Avantages et risques 

Au titre des bénéfices attendus du Big data, les ESAs évoquent en premier la capacité à mieux cerner le profil des clients et ainsi leur proposer des produits mieux ciblés ou leur offrir des tarifs d’assurance finement ajustés à leur profil. Mais on peut en arriver à exclure certains clients de certains services (assurance d’un client à risque) ou à manipuler le choix du client par une trop grande personnalisation de l’offre qui risque d’être interprétée comme un conseil. Sans mentionner les capacités étendues à faire des offres jumelées de façon très agressive.

En deuxième lieu les ESAs attendent du Big data une amélioration des process et services offerts aux clients. L’interaction avec le client, la capacité à apporter des compléments d’information utiles, à élargir la connaissance du client, à mieux détecter les fraudes ou se conformer aux procédures  sont autant d’avantages potentiels. Ils sont contrebalancés par les risques liés à une mauvaise qualité des données et la difficulté à faire des corrections, mais aussi par le risque de modèle, si l’on peut dire, résultant d’un algorithme défectueux. Pour le modèle d’affaires des financiers, il va falloir déterminer l’équilibre entre d’une part le coût d’un investissement en IT, en expertise métier et en données, et d’autre part le gain d’efficacité dans les traitements opérationnels, le développement et la fidélisation de la clientèle, ainsi que sur la capacité à monétiser les stocks de données détenues.

Mais l’environnement général du Big data est lourd de risques légaux, de responsabilité même en cas de délégation, de cybersécurité… Les progressistes mettront également dans la balance l’impact socialement très positif de l’amélioration des comportements humains pour mieux correspondre au portrait du client parfait qui bénéficiera des meilleurs offres… au risque de marginaliser les profils atypiques.

4. Perspectives 

Pour ne pas terminer sur ces interrogations philosophiques, le DP conclut sur les perspectives du marché : un nouveau marché où Fintech, réseaux sociaux et financiers traditionnels vont s’affronter. Les fournisseurs de données et les prestataires spécialisés seront aussi de la partie.
Ce DP mélange un peu les sujets pour donner une vision du futur : big data, robot advising, internet marketing…L’analyse du big data gagnerait à être plus centrée sur ses effets directs sur le ciblage marketing, sur le machine learning et ses déclinaisons en matière de conseil…

(Mis en ligne le 17 Mars 2017)

 
 
 
 
Articles similaires
Mise à jour des recommandations de l’OICV sur la...Evaluer la compétence et la connaissance du...Révision d’EMIR : les professionnels ont été en...Il serait temps de mieux évaluer l’impact des...Le répertoire des représentants d’intérêts se met...Parlons français : « incitations » doit être...L'essentiel sur le "Step in risk"...Pour le FSB aussi, il existe le "Discours de...3 propositions pour renforcer la solidité des ETF...Suspension d'OPCVM immobiliers anglais : la...Ce que l’AMF retient de sa consultation sur le...Comment financer la supervision des registres...Le FSB montre qu’il a compris la spécificité de...L’OICV débusque des pratiques contraires à la...Bientôt 5 amendements à la directive actuelle «...Jurisprudence de la Commission des sanctions : 5...Voici les 10 RTS préparés par l’ESMA pour le...Aimez-vous les FROGS (French (Routes and...Procès et sanctions : la composition...Comment faire face à une crise grave d’une...La fin de vie des fonds: les bonnes pratiques...Analyse financière: avenir et modes de...La Commission veut relancer les EuVECA et EuSEFL'ESMA prête à reporter l'obligation de...Comment organiser l'éducation financière à...Fin de la classification AMF des OPCVM ? ...PRIIPS (3) : scénarios de performance et...PRIIPS (deuxième partie) : présentation des...PRIIPS niveau 2 : commentaire global sur un...Quelques surprises, bonnes ou mauvaises, dans le...Les sondages de marché : commentaires sur le...Indices de référence (BMR) : le règlement en...L’ESMA soupçonne que des fonds passivement gérés...Le Fichier FIBEN, géré par la Banque de France,...Et si les banques soutenaient le shadow banking à...Vers l’Europe digitale des services financiers :...Le casse-tête juridique du versement des «...Que répondre à la consultation des ESAs sur...La norme IFRS 9 = danger de MORT pour la gestion...La FCA lance une « Asset management market study...Consultation AMF sur l’octroi de prêts par des...Taxe sur les transactions financières (TTF) :...Rapport de l’OICV sur la réglementation des fonds...Vers un nouveau LIBOR, remanié de fond en combleEMIR : abondance de textes cet été !Combien devrait coûter un fonds ? Vous avez...Etat d’avancement des textes européens concernant...EMIR : une V2 pour le collatéral sur opérations...ESMA / Emir : nouveaux élus à la compensation...L’AFG a un nouveau PrésidentTouchez pas au grisbiLe nouveau reporting sur les Securities Financing...