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Remaniement: un Vert, ça va, trois Verts, bonjour les dégâts!

Référence de l'article : IP5148
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écrit par Eric VERHAEGHE,(13 Février 2016)

Quatre ans après son arrivée au pouvoir, François Hollande apparaît bel et bien comme un maniaque du remaniement. Sous Ayrault, déjà, il avait fait le coup, contraint par les événements, notamment par la brillante affaire Cahuzac qui s’était terminée par une remarquable mise en examen après plusieurs mois de stratégie de l’autruche sur un dossier que tout le monde connaissait.

Encore une fois, sous le coup des événements, François Hollande remanie dans des conditions qui ont laissé perplexe l’ensemble des observateurs. Après avoir annoncé que, cette fois, il ne s’agirait pas d’un replâtrage, le Président a définitivement gagné son surnom de « Mr Bricolage » tant la lisibilité politique de la mesure est faible.

Le copinage, maladie congénitale du hollandisme

À la lecture de la nouvelle composition gouvernementale, ce qui a sauté aux yeux, bien entendu, c’est la puissance du copinage dans la décision publique. La nouvelle ministre de la Culture en est la caricature. Sans aucun mandat électif, l’intéressée est sortie du chapeau élyséen pour aller dire dans les concerts et les représentations du soir: « C’est vachement bien ce que vous faites », ou la mondanité comme doctrine politique.

On peut en tout cas être sûr que sa proximité avec l’Elysée lui évitera de laisser passer des bourdes comme une convention d’assurance-chômage qui mènerait la vie trop dure aux intermittents du spectacle, si bien défendus par les moitiés officielles de Matignon et du palais. En revanche, elle aura le bon goût de ne pas condamner un texte (sur le chômage) qui, dans le même temps, introduirait une dégressivité pour tous ceux qui sont loin du pouvoir ou qui n’ont pas le privilège de partager la couche royale.

Avec cette nomination, François Hollande n’a même pas atteint le degré zéro de la politique culturelle, sujet sur lequel la gauche aime à s’inventer une supériorité. En matière de culture, François Hollande a tellement creusé le sol qu’il devrait bientôt trouver du gaz de schiste sous la Comédie Française.

Les Verts sont dans le fruit

Au-delà de ces nominations anecdotiques pour des « filles bien » qu’on a envie de récompenser, c’est évidemment l’entrée des Verts qui fait jaser. Et, sur ce chapitre, Hollande n’y est pas allé de main morte.

On aurait pu imaginer qu’il se contentât de réserver un fauteuil, pour des motifs purement partisans, à la gourou Emmanuelle Cosse, histoire de bien tailler des croupières à Cécile Duflot, dans l’hypothèse où elle s’imaginerait se présenter aux présidentielles. L’ex-ministre de l’Ecologie n’aura bientôt plus que ses yeux pour pleurer et prendre des postures au gré des humeurs et des vents: le parti qu’Emmanuelle Cosse laisse derrière elle est plus proche du Berlin 1945 que de la formation faite pour gagner.

Cosse, oui, mais Placé? Mais Pompili?  Ces deux-là, qui ont quitté le parti et se contentent désormais d’un strapontin en récompense de leurs services au Sénat et à l’Assemblée, quelle doctrine vont-ils porter?

Le remaniement aurait pu avoir une signification politique. Il aurait pu envoyer un « message » idéologique dans la perspective de 2017. Dans l’esprit de François Hollande, c’est sans doute le cas, mais le pays et lui ne mettent pas, sous le mot idéologie, le même sens. Pour les Français, un message idéologique porte sur l’orientation politique du gouvernement, et surtout de François Hollande après 2017. Pour François Hollande, l’idéologie est simplement faite de « coups » et de manœuvres tactiques destinées à promouvoir des intérêts immédiats.

Ainsi, une promesse de referendum local à Nantes sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes règle définitivement le problème de l’orientation écologique du gouvernement.

Les Verts entament une longue traversée du désert

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que d’avoir mené dans le même trimestre la COP 21 et la mise en déroute du parti écologiste en France. L’écologie sera d’Etat ou ne sera pas. François Hollande vient de prouver qu’en matière d’environnement, il n’est pas d’ambition qui ne soit portée par les pouvoirs publics. Tout parti qui s’imaginerait s’occuper de ses affaires est voué à la marginalisation et au phagocytage.

Voilà bien la leçon que nous retirerons du remaniement: Hollande vient de passer une partie de la gauche de la gauche au napalm. Il faudra 10 ans à Cécile Duflot pour relever les ruines de son parti. Décidément, en matière de bricolage politique, François Hollande est imbattable.

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Article publié à l'origine sur le Site de l'auteur:
http://www.eric-verhaeghe.fr/remaniement-un-vert-ca-va-trois-verts-bonjour-les-degats/

(Mis en ligne le 13 Février 2016)
 

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