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Planète vivante 2010

Référence de l'article : IL362
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écrit par Agnès LABORIE,

Cette huitième version du rapport, édité tous les deux ans par le WWF depuis 1998, se veut réaliste sans être inutilement alarmiste. Nous avons mondialement dépassé, depuis 2007, la biocapacité de la planète, mais les solutions pour y revenir existent, si nous acceptons de les mettre en œuvre tant qu’en existe la possibilité. Certains chiffres sautent aux yeux : depuis les années 60, les besoins humains ont doublé, tandis que les autres espèces vertébrées diminuaient de 30%. Or, « les animaux, plantes et organismes forment des réseaux interconnectés d’écosystèmes qui fournissent à leur tour de nombreux services écologiques, dont dépend toute forme de vie ».

Les plus grands risques pour la biodiversité recensés par le WWF, et dans une grande mesure dus à l’Homme, sont :

-  La disparition ou transformation de l’habitat des espèces
-  La surexploitation d’espèces
-  La pollution (pesticides, fragmentation hydraulique,…)
-  Le changement climatique (du fait des émissions de gaz à effet de serre, disparition des forêts,…)
-  Les espèces invasives (introduites d’une partie du monde à l’autre sans adaptation)

Définitions et explications

Il ne semble pas inutile de rappeler quelques définitions fondamentales du développement durable, et particulièrement les principaux indices de mesure internationaux:

  1.  l’Indice Planète Vivante (IPV), indicateur de la richesse de la biodiversité dans le monde (l’un des plus anciens indicateurs de l’évolution de la biodiversité mondiale), calculé à partir de tendances dans les populations d’espèces individuelles. Il faut noter que nous ne disposons des premières mesures effectuées grâce à cet indice que depuis 1970 ; à cette date, l’IPV de tous les pays a donc été enregistré à 1.
  2. L’Empreinte écologique : « indice qui évalue la surface de terre et le volume d’eau requis (y compris espace pour les infrastructures et la végétation qui absorbe émissions de CO2) pour produire ressources renouvelables utilisées par la population ». En 2007, cet indice excède de 50% de la biocapacité de la Terre. L’empreinte écologique est un cadre comptable qui compare les demandes de l’Homme par rapport à la capacité de régénération de la planète. La mesure en est exprimée en unités appelées « hectares globaux » (hag). L’Empreinte carbone représente désormais 50% de l’Empreinte écologique.
  3. L’Empreinte eau est un autre indicateur de l’exploitation par l’humanité des ressources renouvelables. Cette Empreinte eau de production mesure la quantité d’eau utilisée dans les différents pays. Elle représente le volume d’eau verte et d’eau bleue (consommé principalement par la production de biens agricoles), ainsi que le volume d’eau grise (généré principalement par l’agriculture et l’utilisation domestique et industrielle). La juste msure doit inclure l’eau virtuelle (une tasse de café noir a une empreinte eau de 140 litres si l’on inclut dans le calcul l’eau nécessaire à la plantation du café, à sa torréfaction,…). Eau bleue : sources utilisées sans être reconstituées. Eau verte : pluie. Eau grise : eau polluée.
  4. IDH (Indice du développement humain) : mis en œuvre par les Nations Unies, il est l’outil de mesure majeur du développement. Son seuil minimum a été fixé à 0,8.
  5. Développement soutenable : répondre aux besoins actuels sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins.
  6. La biocapacité d’un pays est déterminée par la surface des terres cultivées et pâturages, les surfaces de pêche et de forêt, ainsi que par la productivité de ces étendues de terre et d’eau.


Constats

Les prévisions de croissance de la population à l’horizon 2050 varient entre 7,8 et 10,9 milliards d’humains. Le scénario « business as usual », c’est-à-dire celui qui se dessine si nous ne modifions rien à nos comportements actuels, est sombre : il prévoit l’utilisation de deux planètes par an d’ici 2030, et un peu plus de 2,8 planètes en 2050. Le WWF considère qu’il est encore faisable de stabiliser les températures 2°C au-dessus des niveaux préindustriels tout en fournissant mondialement une énergie propre, issue à 95% de sources renouvelables. Pour réduire l’Empreinte écologique, notamment en matière d’énergie et d’alimentation, on commencera par réduire sa plus importante composante, l’Empreinte carbone, en améliorant l’efficacité énergétique, en préférant l’électricité comme source énergétique, et grâce aux biocarburants. Les évolutions du comportement alimentaire sont plus complexes à mettre en place du fait des disparités très importantes d’une région à l’autre. Il faut revoir les alimentations pour se rapprocher d’un modèle malais (moins de calories consommées, mais aussi baisse des quantités de viande et produits laitiers consommées) et s’éloigner du modèle italien, trop coûteux.

IPV

La croissance économique augmente l’exploitation des ressources, qui sont importées d’autres pays lorsqu’elles ne sont pas disponibles au niveau national. De ce fait, l’IPV des régions tropicales et des pays les plus pauvres recule de 60% depuis 1970. Donc, les riches doivent consommer différemment et les pauvres produire plus responsable et nouveau modèle de croissance ;
Globalement, l’IPV des pays tempérés progresse et celui des tropicaux régresse, résultats à nuancer du fait de la date du premier enregistrement d’une part, mais aussi des différences de modèles d’évolution. L’IPV pour les pays à revenu élevé (Revenu National Brut – RNB – supérieur ou égal à 11 906$ par personne) montre une augmentation de 5% entre 1970 et 2007. L’IPV des pays à revenu moyen (RNB de 936 à 11 455$) a baissé de 25%, et de 58% pour les pays à faible revenu (RNB inférieur ou égal à 935$). A noter que les plus pauvres sont plus dépendants des ressources naturelles et subissent donc plus l’impact de la dégradation environnementale.

Empreinte écologique

La demande annuelle de la population mondiale a dépassé les capacités annuelles de la planète dans les années 1970. En 2007, nous avons consommé les ressources d’1,5 planète : 2,7 hag consommé par personne alors que la biocapacité de la Terre est de 11,9 milliards d’hag (soit 1,8 hag par personne, à date). En 2030, d’après le scénario « business as usual », nous consommerons les ressources de deux planètes. Non seulement l’Empreinte écologique des pays à revenu élevé a significativement augmenté, mais elle supplante la réunion des deux autres groupes. Puisque la consommation est plus élevée dans les pays à revenu élevé, on peut en déduire que la baisse de l’empreinte écologique des pays à moyen et faible revenus est, au moins en partie, due aux exportations vers des pays à revenu élevé. L’Empreinte carbone a augmenté de 35% depuis 1998 et représente aujourd’hui plus de 50% de l’Empreinte écologique globale. Celle de l’OCDE est la plus importante des quatre grandes régions du globe mais les trois autres (BRIC, ANASE et Union Africaine) ont également vu les leur augmenter.

Les principaux secteurs responsables de la perte de biodiversité sont l’agriculture, la foresterie, la pêche, l’exploitation minière, l’industrie, l’eau et l’énergie. La perte de biodiversité est mesurable par trois facteurs : le nombre de consommateurs, la quantité consommée par personne et l’efficacité de la transformation des ressources en biens et services. Si de nouvelles espèces sont encore découvertes, il n’en reste pas moins que les populations d’espèces tropicales ont chuté de 60% depuis 1970.

Si l’on veut atteindre un cadre soutenable, il faudra augmenter la biocapacité terrestre, ce qui ne parait faisable qu’en optimisant le rendement : réhabilitation des terres dégradées, augmentation de la productivité des terres, rétablissement des forêts,… Le changement climatique aura également des impacts sur cette biocapacité, notamment sur les cultures irriguées.

Empreinte eau

Bien qu’un milliard de personne n’ait pas un accès satisfaisant à l’eau douce, il semble y avoir suffisamment d’eau pour répondre aux besoins humains, même si 1% seulement de l’eau douce de la planète est directement accessible. En revanche, en 2010 71 pays sont en situation de stress face à leurs ressources en eau bleue, stress modéré à sévère pour 45 d’entre eux, ce qui impacte tant la santé des écosystèmes, que la production alimentaire et le bien-être humain. 1,8 milliards d’humains vivaient en 1995 dans des zones de stress hydrique sévère, et on estime que d’ici 2025, environ 5,5 milliards de personnes seront dans ce cas. La fragmentation des rivières (construction d’infrastructures telles que barrages ou réservoirs), le tarissement des fleuves (pompage excessif), la pollution de l’eau (chaque jour, 2 millions de tonnes d’eaux usées s’écoulent dans les eaux de la planète – rapport UNESCO-WWAP 2003), le réchauffement climatique,… autant de facteurs qui contribuent à amplifier ces situations de stress.

IDH

Il a été prouvé qu’au-delà d’un certain seuil, augmenter la consommation n’accroit plus le développement. Pour parvenir à un développement soutenable, il faut donc combiner un IDH minimum de 0,8 avec une Empreinte écologique individuelle inférieure à 1,8 hag. En 2007, seul le Pérou y est parvenu. N’oublions pas que l’Empreinte écologique individuelle diminue avec l’accroissement de la population humaine, ce cadre de soutenabilité est donc, de fait, évolutif.

Il faut mettre en place les actions qui permettront, à terme, de ramener l’Empreinte écologique à une seule planète, parallèlement à un IDH mondial admissible. Dans son rapport de 2009, la FAO1 soutient qu’il n’y aura pas de problème de disponibilité des terres dans le futur ; mais ce rapport ne prend pas en compte le nombre de terres nécessaires à la production de biomatériaux et biocarburants. Le WWF pense donc que l’arbitrage sur l’utilisation des terres, le stockage du carbone et la conservation de la biodiversité seront les grands défis de l’avenir.

 
Le WWF met en exergue certains points d’attention majeurs pour établir une économie verte mondiale :

Les voies de développement

Nos mesures de prospérité sont basées sur le PIB, indice qui n’est plus d’actualité car au-delà d’un certain niveau de revenu, l’augmentation de la consommation n’augmente pas le bien-être humain ; par ailleurs, ce bien-être inclut des composantes sociales et personnelles qui doivent être pris en compte en sus du revenu.

Investir dans notre capital naturel

Dans plusieurs domaines :

- Création de zones protégées représentatives de la planète. La CDB (Convention sur la Diversité Biologique) demandant une protection de 10% de chaque région n’a été respectée que dans 55% des écorégions mondiales. En 2009, seulement 12,9% des terres, 6,3% des eaux territoriales et 0,5% des eaux extraterritoriales ( !) étaient protégées. Pour le WWF, l’objectif doit passer à 15% de la surface totale.
-  Spécificités des trois grands biomes forêts, eau douce, océans :

  •  objectif zéro déforestation d’ici 2020 impératif,
  • meilleur équilibre entre les écosystèmes d’eau douce et les besoins humains,
  • diminution de la capacité des flottes de pêche,
  • augmenter la biocapacité et « transformer les marchés pour que la durabilité environnementale soit une valeur intégrée à chaque produit disponible pour le consommateur »
  • majorer les services écologiques (intégrer dans le coût des produits celui des externalités telles que l’eau, le stockage du carbone ou le rétablissement des écosystèmes dégradés, par exemple en mettant au point des systèmes de certification volontaires)

 
Energie et alimentation

Les scénarios du WWF ont mis ces deux thèmes en exergue. Il est notamment urgent d’investir dans l’efficacité énergétique des bâtiments et dans des transports moins gourmands en énergie. Une source d’énergie principalement électrique favorisera l’approvisionnement en énergie renouvelable, en supprimant au maximum les énergies fossiles (ce qui provoquera une impressionnante des émissions de carbone en créant des emplois verts). Par ailleurs, un accès équitable à l’alimentation mondiale doit absolument être atteint.
 
Partage des ressources limitées : inégalités

On voit bien dans les conflits actuels opposant les différents gouvernements sur l’accès à l’eau, aux terres, au pétrole et aux minéraux que le consensus ne sera pas facile à trouver (échec de la conférence de Copenhague en 2009). L’idée d’utiliser les budgets nationaux comme ressources clés (exemple : le budget carbone national pour permettre à chaque pays de décider comment maintenir ses émissions de gaz à effet de serre) pourrait être déclinée pour d’autres ressources.

Conserver la biodiversité et atteindre un développement durable sont des objectifs difficiles à atteindre même s’ils sont désormais mondialement reconnus comme indispensables. Du fait d’une défaillance des institutions, des gouvernements et des marchés, les efforts nationaux ne peuvent être suffisants. Le développement d’outils internationaux pour garantir la coordination des solutions locales, mais aussi de mécanismes de financement internationaux, semble impératif. Les individus représentent également un levier d’action important, en décidant par exemple d’acheter plus de bien produits de façon soutenable, de voyager moins, de consommer différemment (moins de viande), ou de faire attention à la consommation artificielle provenant en grande partie de la surcapacité industrielle.

1Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
2Ensemble d'écosystèmes caractéristique d'une aire biogéographique et nommé à partir de la végétation et des espèces animales qui y prédominent et y sont adaptées

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