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La révolution numérique et la fin du capitalisme selon Jeremy Rifkin

Référence de l'article : IL3815
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La révolution numérique et la fin du capitalisme selon Jeremy Rifkin
écrit par Aurélien DUTHOIT,XERFI

Le système capitaliste disparaitra d’ici 2050, nous ne travaillerons pour ainsi dire plus, et tout ou presque va devenir gratuit. Voici venue le temps de la révolution des biens communs collaboratifs ou du partage collaboratif, les collaborative commons en anglais. C’est le message central de The Zero Marginal Cost Society, le dernier ouvrage de l’influent essayiste et prospectiviste américain Jeremy Rifkin.

Au cœur du raisonnement de l’auteur, on trouve l’idée que, portés par les innovations dans les technologies de l’information, la robotisation et les énergies renouvelables, les gains de productivité sont exponentiels et quasi-illimités. Poussant plus loin les raisonnements déjà développés dans son précédent ouvrage, la Troisième Révolution Industrielle, le prospectiviste voit se développer un système productif où les coûts variables sont quasi nuls, ce qui entraine une baisse fantastique des coûts marginaux qui deviennent négligeables. Voilà l’idée pivot sur lequel l’auteur va bâtir un raisonnement qui prédit la déchéance du capitalisme. Dans cette économie du futur,

les robots ont remplacé la main d’œuvre humaine, les imprimantes 3D sont partout, l’énergie est propre et inépuisable, et les intelligences et les objets sont connectés au sein d’un réseau mondial qui permet la production collaborative à grande échelle. Mais il y a plus, car la consommation elle-même devient connectée et collaborative grâce à la mise en commun des biens et services via des plateformes de partage sur internet. Dès lors, l’essentiel de ce qui constitue aujourd’hui la sphère marchande bascule dans la quasi-gratuité. Le capitalisme se dirige vers sa propre destruction, le prophète Jeremy Rifkin retrouvant les pas de Karl Marx avec un raisonnement mis au goût du jour technologique. The Collaborative Commons pourrait alors aussi bien se traduire par le « communisme collaboratif ».

Jeremy Rifkin généralise ainsi à l’ensemble des activités économiques une tendance déjà bien à l’œuvre dans les secteurs les plus atteints par la transition numérique, notamment les industries de l’information et du divertissement.

La gratuité permise par ce coût marginal quasi-nul gagne aussi le transport via les plateformes de co-voiturage, le logement et le tourisme via les sites de location de gré-à-gré, ou encore la production via la démocratisation de l’impression 3D. Il ne s’agirait, selon Rifkin, que de signes avant-coureurs d’une transition à venir plus complète dont il brosse le portrait.

Avec des propos prophétiques, Rifkin pousse à l’extrême sa logique d’une économie en réseau, robotisée et fondée sur le partage. Cette logique débouche sur une société composée d’individus libérés du travail et des contingences matérielles, où le système capitaliste n’opère plus qu’en marge. Dans ce monde-là, les individus ont tout le temps de s’adonner à ce qui compte vraiment pour eux, à savoir la valeur sociale qui se manifeste dans les activités de soin, d’éducation, de sport, de religion, de loisirs et de culture, en un mot ce qui constitue le nouvel indicateur de la richesse, le capital social.

La première partie du livre à un intérêt certain : Jeremy Rifkin a tout lu et compilé sur les progrès exponentiels des technologies qui conduisent à une nouvelle révolution industrielle, sur les nouveaux modèles économiques générés par l’effondrement du coût marginal dans un nombre croissant d’activités, l’émergence de nouveaux usages et de nouveaux comportements de consommateurs. La seconde partie apparait toutefois plus contestable, et l’on passe de l’exercice de prospective à la divination optimiste voire à la naïveté prophétique.

L’auteur fait l’impasse sur les logiques de pouvoir, sur les logiques financières et la capacité des grandes entreprises à protéger des logiques de rentabilité. Il sous-estime également la capacité d’innovation des entreprises pour élaborer de nouveaux modèles d’affaires et compenser les espaces de gratuité par d’autres espaces dominés par le consentement à payer dans une logique capitaliste du profit.

Par ailleurs, rien ne dit que cette société utopique de l’hyperabondance promise par l’auteur ne soit aussi matérialiste que notre propre société. La société du partage collaboratif et des biens communs pourrait être tout aussi inégalitaire que son ancêtre pré-capitaliste que Jeremy Rifkin idéalise dans une sorte de flash-back. Certains développement sont également faibles, notamment ceux sur l’impact de cette société hyper-automatisée sur l’emploi, les revenus, les équilibres sociaux et la concentration des richesses, des aspects trop rapidement éludés. Emporté par sa verve prédicatrice, Rifkin en oublie que le progrès technologique peut déboucher sur le meilleur comme sur le pire.

Nota : cet article est également disponible en version video :
http://www.xerfi-precepta-strategiques-tv.com/emission/Aurelien-Duthoit-La-revolution-numerique-et-la-fin-du-capitalisme-selon-Jeremy-Rifkin_1706.html

(Mis en ligne le 11 Juillet 2014)
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