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OPA sur la République : un héros de notre temps

Référence de l'article : IL5860
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écrit par Christian MEGRELIS,(3 Février 2017)

Supplément à la « Vie des hommes illustres » de Plutarque

La scène de la comédie humaine de 2017 est pleine. Ouverte par Donald Trump, la pièce se poursuit par l’entrée réelle dans le Brexit, puis interviendra  le changement de majorité en France et la énième candidature de la Chancelière à la Chancellerie. Rien n’est écrit : le « Parliament » votera-t-il la Solitaire de Grande-Bretagne ? Les Allemands désireront-ils toujours « grand-mère » ? Donald sera-t-il encore président à la fin de l’année ? Et nous, aurons nous un nouvel Alcibiade?

La France reste la seule grande nation qui n’ait pas encore virée sa cuti gauchiste. Elle attire la curiosité amusée d’un public global qui l’observe avec détachement, mais qui serait désolé de la voir mal tourner. On avait un bon candidat, mais il avait trop de succès pour ne pas attirer l’attention de jaloux (ses)  à la recherche d’une vengeance bien chaude. L’attention se focalise donc actuellement sur le « second best », notre Alcibiade national.

Il n’en revient pas lui-même, mais fait bonne figure et répond avec assurance qu’il est prêt à bien faire. Financé sans retenue par des Mozart du business, généreusement  détaxés, pour le remercier des amabilités qu’il leur a réservées dans une grande banque d'affaires, puis au Ministère des finances, il va. Sans autre programme que son profil de gendre idéal et un diplôme comme on en distribue une petite centaine chaque année, il attire les foules.

Comme son illustre et lointain prédécesseur, il sait faire parler de lui. Les médias sont entre les mains de ses protecteurs. Les trompettes de la renommée l’escortent donc en permanence. Elles ont déjà écarté de sa route le seul socialiste qui aurait pu lui faire ombrage et elles sonnent l’hallali du héraut de la droite en attendant de faire retentir les airs d’Aïda.

Les malheureux ensorcelés qui le suivent dans ses réunions provinciales, là où il est la seule curiosité de la soirée, ne connaissent pas le mal que son illustre prédécesseur a fait à la Grèce voici 2440 ans. Parvenu au seuil du pouvoir grâce à son adoption par Périclès, élevé par Socrate dont (suivez mon regard) il n’a retenu que les sophismes, coqueluche d’Athènes qu’il amusait par ses extravagances de golden boy,  il a su se faire prendre pour le sauveur de la patrie contre les Spartiates. Après quelques exploits bien orchestrés par des communicants de haut vol et financés par des sacs d’or qui allaient de l’un à l’autre (triple médaille aux Jeux Olympiques, victoires achetées contre quelques villes faciles), il décide que la grandeur définitive d’Athènes se forgerait en Sicile et en Libye. Il en convainc le peuple et les assemblées, puis organise l’expédition de Sicile qui marquera le début de la fin de la grandeur d’Athènes.

OPA sur la République

La suite est à ne pas mettre entre toutes les mains. L’aventure se termine à 45 ans, en fuite, sous les flèches des Bithyniens. L’histoire portera un jugement sévère sur les trahisons du personnage. Il avait illustré à merveille le risque que prend une démocratie à donner le pouvoir à un golden boy. Fénelon le fait revivre en Enfer dans son « Dialogue des morts ». Il y retrouve son père adoptif (et oncle) Périclès. En voici un court extrait jubilatoire :

Périclès « ….On devrait bien me pardonner une faute qui m’a coûté la vie, même si c’est toi qui me l’as fait faire ».
Alcibiade : « Il est vrai que je te conseillais d’engager la guerre …N’est ce pas ainsi que l’on fait toujours quand on gouverne un Etat ? On commence par soi, par sa commodité, sa réputation, son intérêt. Le public va comme il peut. Autrement, qui serait le sot qui se donnerait la peine de gouverner, et de veiller nuit et jour, pour faire bien dormir les autres ? ».

Nous, Français, avec toute les mauvaises expériences de ces quarante dernières années, nous laisserons nous séduire par un jeune homme  qui commence sa carrière politique en trahissant son Mentor,  sans expérience, sans programme,  accompagnés des trompettes de médias à la solde de ses commanditaires, et dont le seul talent est d’exploiter à merveille  les rumeurs malveillantes et les bêtises des partis en place ? Bonaparte, au moins, avait gagné des batailles ! Personne ne semble se poser la question de l’origine des fonds. Comment peut-on, à 39 ans, après avoir gagné quelques millions chez Rothschild, s’engager dans une campagne, qui en coutera vraisemblablement plusieurs dizaines, sans aucune structure d’appui ?

Ségolène Royal, bien modeste par rapport à ce jeune homme, avait dû se contenter des « largesses » de Pierre Bergé, qui d’ailleurs l’avait laissé tomber à la veille de son échec. Lui, il lui en faudra beaucoup plus. OVNI présidentiable, il dispose d’un carburant inépuisable. Avec ce butin, la chasse aux gogos peut continuer. L’OPA sur la République est en bonne voie.
A moins que…


(Mis en ligne le 3 Février 2017)